PARIS. Une Foire pensée à l’échelle de la Ville Lumière. C’est ce qui distingue Art Basel Paris des autres foires du groupe Art Basel, selon son nouveau directeur, Karim Crippa. « Elle est plus petite, plus intime, plus concentrée, et dans un bâtiment exceptionnel à la lumière si particulière », résume celui qui succède à Clément Delépine, parti diriger Lafayette Anticipations. Son ambition : en faire « le rendez-vous incontournable de la saison ». Parmi les autres signes distinctifs de la Foire d’art moderne et contemporain figurent un secteur spécifique, Premise, « l’une des signatures d’Art Basel Paris », dédié à des perspectives historiques, mais aussi des dialogues nourris entre Paris et les autres scènes mondiales, grâce à l’extraordinaire vitalité artistique de longue date dans la capitale.
ENTRE PARIS ET LE MONDE
Plusieurs présentations témoignent de cette volonté de mettre en relation la scène parisienne avec des pratiques internationales. Mendes Wood DM (São Paulo, Bruxelles, New York, Paris) propose notamment des œuvres de Pol Taburet et Julien Creuzet, tandis que la galerie Anne Barrault (Paris) réunit Neïla Czermak Ichti, Marie Losier, Ibrahim Meïté Sikely et Euridice Zaituna Kala. Semiose (Paris) présente de nouvelles pièces d’Amélie Bertrand, Françoise Pétrovitch, Stefan Rinck, Moffat Takadiwa et Xie Lei. D’autres stands associent des artistes de France et d’ailleurs, comme ceux de Galleria Continua, Esther Schipper, White Cube ou encore Hauser & Wirth qui disposent d’espaces à travers le globe. Les références à l’histoire artistique de Paris sont ainsi nombreuses. Crèvecœur (Paris) construit sa présentation autour de photographies de Brassaï, tan- dis qu’Applicat-Prazan (Paris) réunit des œuvres de Pierre Soulages, Hans Hartung, Jean Paul Riopelle et Gérard Schneider, quatre figures de l’abstraction d’après-guerre. La Galerie Karsten Greve (Cologne, Paris, Saint-Moritz) met en avant des œuvres de Joseph Cornell, Pierre Soulages et Lucio Fontana. Larkin Erdmann (Zurich), nouvelle participante, montre quant à elle des œuvres de Man Ray, Marcel Duchamp et On Kawara.
Avec 211 exposants issus de 41 pays et régions, dont 64 disposent d’un espace en France, l’édition 2026 met en avant la diversité de la scène parisienne tout en conservant une forte dimension internationale. La Foire s’organise à nouveau autour de 3 secteurs. Galeries rassemble 183 stands consacrés à l’art moderne, d’après-guerre et contemporain. Emergence accueille 16 présentations individuelles de pratiques émergentes, installées sur les balcons de la nef centrale du Grand Palais. Premise, dévolu donc à des recherches et perspectives plus historiques, abrite 12 projets dans le Salon Seine, un espace de 900 m² plus vaste que celui utilisé précédemment. Cette section entend notamment revisiter certains récits établis de l’histoire de l’art.
Cette édition entend aussi renforcer son inscription dans la capitale française à travers des propositions déployées dans les musées, les institutions et l’espace public
L’édition se caractérise en outre par un renouvellement du nombre de participants. Quelque 32 galeries se joignent pour la première fois à Art Basel Paris, tandis que 6 passent du secteur Emergence à Galeries. Parmi les nouvelles venues figurent Isabella Ritter à Paris, Empty Gallery à Hong Kong, Croy Nielsen à Vienne, Kraupa-Tuskany Zeidler à Berlin et Munich, ou encore Reena Spaulings Fine Art à New York. Le secteur principal reçoit également des marchands ayant déjà participé à Emergence, tels que le Parisien Petrine et le Stambouliote The Pill. Autre évolution notable : 12 stands communs associent 24 galeries, un record pour la Foire parisienne. Ces collaborations allient des programmes et des générations d’artistes multiples autour de thèmes tels que le corps, l’identité, la technologie, la matérialité ou encore la mémoire. Le Berlinois Lars Friedrich et Petrine, par exemple, disposent ensemble des œuvres consacrées aux questions d’histoire, de propriété et de représentation. Tina Kim Gallery (New York) et Take Ninagawa (Tokyo) regroupent de leur côté des artistes issus de différentes générations d’Asie et de ses diasporas, avec une attention particulière portée aux pratiques textiles, au collage, à la peinture et à la sculpture.
Si la Foire se veut de plus en plus internationale – une direction clairement perceptible quand on examine la liste des nouveaux exposants –, la présence d’enseignes établies à Paris ou disposant d’un ancrage dans la capitale reste centrale. Les galeries Templon, Chantal Crousel, Lelong, Perrotin, Almine Rech, Art : Concept, Mennour, Nathalie Obadia, Crèvecœur ou encore mor charpentier figurent parmi les acteurs français représentés. Des enseignes internationales de premier plan, fortement implantées dans la capitale, telles que Gagosian, Hauser & Wirth, Pace, David Zwirner, White Cube ou Thaddaeus Ropac participent également à cette 5e édition.
RENOUVELLEMENT ET VARIÉTÉ
Le secteur Emergence accorde une place importante aux installations et aux pratiques transdisciplinaires ; 12 de ses 16 participants viennent pour la première fois. KIN (Bruxelles) apporte des pièces d’Angharad Williams, tandis que P21 (Séoul) donne à découvrir un projet de Haneyl Choi autour du corps et de la métamorphose. La Galerie Oskar Weiss consacre son stand à Lorenza Longhi, dont l’œuvre interroge notamment les relations entre culture populaire et art contemporain. D’autres présentations venues de Paris, Dubaï, Séoul, Berlin, Los Angeles ou Varsovie explorent les questions de l’urbanisation, la mémoire post-coloniale, la surveillance, le travail ou encore les modifications de l’image.
L’initiative Oh La La! fait également son retour. Durant les journées de vendredi et samedi, les participants sont invités à transformer leur stand en accrochant de nouvelles œuvres. La direction artistique de cette édition est assurée par l’actrice française Philippine Leroy-Beaulieu, vedette de la série Emily in Paris (2020-2025), autour du thème « Myths and Legends ». Les propositions pourront aborder les mythologies personnelles et collectives, les rêves, les métamorphoses, les rapports entre humains et nature, les récits fondateurs ou encore les dimensions symboliques et cosmiques de l’existence.
Enfin, Conversations s’installe pour la première fois dans l’auditorium du Grand Palais. Le programme convie artistes, responsables de musée, commissaires, collectionneurs et autres acteurs du monde culturel. Parmi les participants annoncés, citons le président-directeur du Louvre Christophe Leribault, la journaliste Claire Chazal ou la critique Linda Yablonsky. Des rencontres indivi duelles sont par ailleurs prévues avec des artistes comme Zanele Muholi et Ibrahim Mahama. Le tout est gratuit et ouvert à tous.
Art Basel Paris ne se limite toutefois pas aux espaces du Grand Palais. Cette 5e édition entend aussi renforcer son inscription dans la capitale à travers un ensemble de propositions déployées dans les musées, les institutions et l’espace public. Son Programme public retrouve le Petit Palais, le palais d’Iéna, la Cité de l’architecture et du patrimoine, les Beaux-Arts de Paris, mais également pour la première fois le parvis des Droits-de-l’Homme, avec des sculptures de Tracey Emin présentée par White Cube. L’ancrage aux abords du Grand Palais est conforté cette année. Une décision « plus pertinente en termes de coûts et moins chronophage pour les galeries », selon Karim Crippa, comparé aux jardins des Tuileries abandonnés depuis l’an dernier. Des interventions sont donc prévues avenue Winston-Churchill, square Jean-Perrin, place Clemenceau et au jardin de la Nouvelle-France : de nouvelles perspectives.



