Qu’est-ce qui rend Art Basel Paris différente par rapport aux autres foires du groupe MCH ?
Ce qui la rend unique, c’est son caractère parisien, le fait qu’elle reflète la réalité de la capitale, mais aussi une part de sa fantaisie. C’est une foire jeune, élégante, audacieuse, dans une ville qui garde sa part de mystère. Au-delà de ces considérations métaphysiques, 64 exposants participant à la foire sont établis en France. C’est un chiffre important, qui contribue à définir son identité parisienne. Par ailleurs, les galeries, françaises comme internationales, ont compris l’importance de tisser des liens avec le contexte artistique et culturel parisien pour intéresser leur public. D’où les nombreuses références à cette histoire, de la galerie Applicat Prazan à celle d’Isabella Bortolozzi. Le récit d’ensemble est donc propre à Art Basel Paris. Enfin, la foire se distingue des autres manifestations du groupe par son échelle: nos stands sont plus petits. Sans parler du cadre exceptionnel du Grand Palais, qui éveille chez nos visiteurs d’autres images et souvenirs.
Quels sont les contours géographiques de cette édition, la première sous votre direction ?
Art Basel Paris est une foire jeune, qui peut s’offrir le luxe de continuer à changer. Nous accueillons, sous la houlette du comité de sélection, 32 nouveaux exposants, de Almeida & Dale, au Brésil, à Laveronica arte contemporanea, basée en Sicile, dont 12 participent au secteur Emergence. C’est conséquent. Je me réjouis de l’arrivée de nouvelles galeries installées à Paris, mais aussi d’exposants venus d’autres régions. Certains pays étaient déjà représentés, tandis que d’autres, comme le Nigeria, n’avaient encore jamais eu de galerie à la foire. Cette ouverture est importante pour susciter la curiosité du public. Elle nous permet aussi de toucher de nouveaux collectionneurs, notamment dans des régions d’où provenaient jusqu’à présent peu de visiteurs, voire aucun, et dont nous espérons accueillir davantage cette année.
Quelle place faites-vous aux artistes établis en France ?
La France continue d’attirer les artistes, notamment étrangers. Par exemple, une artiste slovaque que j’adore, Stanislava Kovalčíková, a choisi de s’installer à Paris. Elle participera à notre programme de Conversations. Au-delà de la présence des galeries françaises, ce qui m’intéresse aussi, ce sont les pratiques artistiques qui se développent dans les territoires. Un exemple ? L’artiste franco-japonaise Natsuko Uchino, qui travaille dans le sud-ouest de la France. Elle fait un travail formidable et est représentée par une galerie parisienne, la Galerie Allen. Ces démarches me fascinent également, et j’espère qu’au fil des années, elles seront de plus en plus présentes à la foire.

Art Basel Paris. Courtesy Art Basel
Sans y consacrer un focus comme dans d’autres foires cet automne, vous accordez une place plus importante aux artistes queer à Art Basel Paris...
Paris est certainement un cadre idéal pour cela. L’histoire des artistes queer français, mais aussi celle des artistes queer internationaux qui ont un lien avec la France, est longue et riche. Je citerais notamment Beauford Delaney, un artiste américain homosexuel venu en France pour développer son travail, mais aussi pour échapper aux discriminations dont il était victime. On peut également penser à David Wojnarowicz, qui a réalisé cette incroyable série de photographies autour de Rimbaud. Je pense qu’il existe un véritable dialogue entre la scène culturelle française et les artistes queer, du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Je ferais toutefois une distinction entre les artistes qui sont queer et font de l’art, et ceux qui choisissent d’aborder cette question dans leur travail. Par exemple, Robert Indiana, qui était un artiste queer, sera présent place Clemenceau avec son LOVE Wall, une œuvre si iconique qu’elle n’est plus spécifiquement codée. En revanche, la présentation consacrée à Robert Indiana et Ellsworth Kelly dans le secteur Premise mettra en lumière cet aspect de leur pratique. Sur le plan du marché, il existe des collections centrées sur cette thématique, comme celle de la Sunpride Foundation, à Hong Kong. Mais j’hésiterais à enfermer les artistes queers dans une sorte de bulle qui constituerait leur seul moyen d’accéder au marché. Je pense qu’ils y sont présents bien au-delà de cette seule dimension de leur identité, et c’est très bien ainsi.
Cette année, une grande partie du programme Hors les murs se concentre autour du Grand Palais…
J’aime l’idée d’une foire qui soit au cœur d’une sorte de campus artistique, avec des œuvres partout, des zones piétonnisées, des accès variés… Avec onze œuvres autour de la foire, sans compter celles présentées au Petit Palais, la concentration des propositions cette année va dans ce sens. Pour les galeries, l’installation de ces œuvres dans l’espace public représente un effort supplémentaire. Il est donc important qu’elles puissent être vues par le plus grand nombre, notamment par les collectionneurs. Le parcours s’étend par ailleurs à d’autres quartiers. Nous proposons ainsi, entre autres, un projet ambitieux sur le parvis des Droitsde-l’Homme, au Trocadéro, en collaboration avec la Cité de l’architecture et du patrimoine: trois œuvres de Tracey Emin, présentées par la galerie White Cube.
Pourquoi avoir choisi l’actrice Philippine Leroy-Beaulieu comme directrice artistique d’Oh La La! ?
Oh La La! a été conçu comme une initiative un peu décalée, d’où son titre, mais aussi pour rythmer la foire et lui donner un second souffle à partir du vendredi, en proposant au public de découvrir de nouveaux accrochages en exclusivité sur les stands. C’est Philippine Leroy-Beaulieu [qui a joué dans la série de Netflix Emily in Paris, ndlr] elle-même qui a choisi le thème de cette année, « Mythes et légendes ». Elle incarne aussi, à l’international, une certaine idée de la France, ou du moins du caractère et de l’élégance à la française. Mais c’est également une personnalité qui bouscule ces clichés, très intéressée par la culture et par l’art, tout en restant accessible. Son choix est bien sûr une façon de s’adresser à d’autres publics et de rappeler qu’Art Basel Paris n’est pas un événement privé, réservé aux seuls collectionneurs ou experts du milieu.
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Art Basel Paris, du 23 au 25 octobre 2026, Grand Palais, 75008 Paris.




