Débordant des lieux qui lui sont dédiés de manière permanente – le musée des Arts décoratifs (MAD), le musée Galliera, le musée Yves Saint Laurent Paris (lequel prépare sa métamorphose de 2027, sous la houlette de l’architecte Annabelle Selldorf), la Fondation Azzedine Alaïa, la Galerie Dior… –, la mode était, en 2025, également présente au Grand Palais (« Du cœur à la main : Dolce&Gabbana », « Virgil Abloh : The Codes »), au Petit Palais (« Worth, inventer la haute couture »), jusqu’au musée du Louvre, avec le mémorable « Louvre couture ». Sans oublier l’efflorescence d’initiatives éphémères en marge des semaines de la mode, où expositions et vernissages fournissent aux marques un contrepoint valorisant sur le plan de la légitimité culturelle autant que sur celui de la visibilité mondaine.
COMMENT BIEN EXPOSER LA MODE
Ce foisonnement de propositions recouvre une grande diversité de niveaux de qualité. Avoir pu en voir autant en si peu de temps permet d’avancer quelques critères d’évaluation de la réussite – ou non – d’une exposition de mode. Premier critère, l’existence d’un propos. Plus il est, au départ, défini, précis, serré – par exemple dédié à une seule collection, comme celle de 1971, dite « du scandale », à la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent en 2015, ou celle de 2003 (« De silence sculpté ») à la Fondation Azzedine Alaïa en 2025, toutes deux conçues par Olivier Saillard; ou encore à une seule année, comme « 1997 Fashion Big Bang », organisée au musée Galliera par Alexandre Samson en 2023 –, plus il se révèle riche, clair et fertile. Citons pour contre-exemple la récente exposition « Paul Poiret, la mode est une fête » au MAD*2, qui, en voulant trop embrasser – le créateur, sa vie, son œuvre, ses inspirations, sa famille, ses pas de côté, son héritage chez des couturiers d’importance inégale, de Christian Dior à Ágatha Ruiz de la Prada… –, risquait de noyer dans la confusion un contenu sublime.
Deuxième critère, l’affirmation d’un parti-pris formel – ce qui ne veut pas dire un effet de coquetterie scénographique, bien au contraire – qui permet de répondre de manière innovante à ces questions : comment exposer la mode ? Comment la rendre présente ? Comment la rendre vivante ? Au cœur des meilleures expositions de mode, il y a souvent une approche critique, voire une prise de risque – mesurée, bien sûr –, à l’égard des contraintes de la muséographie et de la conservation. Laquelle approche peut conduire à effacer les vitrines – en les surdimensionnant, comme pour « Worth » au Petit Palais, ou en les abolissant, comme c’est toujours le cas à la Fondation Azzedine Alaïa, ou comme cela fut fait pour la rétrospective, en 2025, au siège de Kering, des années de création de Demna chez Balenciaga; à faire jouer la lumière – contraste entre l’obscurité et le plein jour pour l’exposition « Rick Owens. Temple of Love » au musée Galliera, en 2025; à remédier à l’impression de « tassement » des silhouettes, inévitable lorsqu’elles sont présentées dans des vitrines trop basses, par des effets de contre-plongée, modérés chez Alaïa ou dramatisés pour « Rick Owens ».
Troisième critère, la capacité de renouveler la question de la relation de la mode avec l’art. Le sujet est rebattu jusqu’au cliché, mais il est consubstantiel à la présence même du vêtement au musée. L’exposition « Rick Owens » lui apportait une résolution magistrale, formelle autant que conceptuelle, en prenant le parti non pas de juxtaposer ou placer sur le même plan œuvres d’art et pièces de mode - trop littéral, tautologique –, mais de les inscrire dans une scénographie qui les mettait en perspective : les œuvres de Gustave Moreau, Joseph Beuys ou Steven Parrino devenaient, au sens littéral du terme, le point de fuite des créations de Rick Owens, leur horizon. Ce fut l’un des très beaux moments de mode de 2025.
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*1 En 2025-2026, citons : à Milan, « Giorgio Armani. Milano, per amore » à la Pinacoteca di Brera (jusqu’au 3 mai 2026); à Londres, « Marie-Antoinette Style » au Victoria and Albert Museum (jusqu’au 22 mars 2026) et « Leigh Bowery! » à la Tate Modern; à New York, « Superfine : Tayloring Black Style » au Costume Institute du Metropolitan museum of Art; à Anvers, la rétrospective très attendue « The Anvers Six » au MoMu, à partir du 28 mars 2026.
*2 Jusqu’au 12 janvier 2026.




