Les expositions de mode ont le vent en poupe. À Paris, en 2025, « Louvre couture », au musée du Louvre, a accueilli plus de 1 million de visiteurs, « Paul Poiret, la mode est une fête », au musée des Arts décoratifs, 200 000, et « Worth. Inventer la haute couture », au Petit Palais, 180 000. Les créateurs contemporains ne sont pas en reste : « Rick Owens. Temple of Love », présenté au palais Galliera – musée de la Mode, a attiré près de 140 000 personnes. Au printemps 2026, ce même palais Galliera s’associera au musée Cognacq-Jay pour une double exposition1 qui révélera, enfin, tous les aspects de la mode au XVIIIe siècle, avec, en point d’orgue, l’exceptionnel corset de la reine Marie-Antoinette.
Le vêtement n'est pas neutre
L’ouvrage de Denis Bruna, Petites Histoires de nos vêtements, publié par les éditions Textuel, apporte à point nommé quelques repères factuels, esthétiques et sociaux qui permettront d’appréhender avec plus de clairvoyance les futures expositions de mode. Mais surtout d’avoir, au moment où le détaillant de mode chinois Shein envahit un étage complet du BHV – grand magasin du 4e arrondissement de Paris –, une attitude plus conscientisée de nos rapports à nos habits, de la petite robe noire à la doudoune, du costume trois pièces au vêtement taillé dans du wax, des bottes aux sneakers...
« On achète des vêtements, on s’habille, on se déshabille ; on lave, nettoie et repasse ses vêtements, on les range, on s’en sépare, etc. Ils sont si présents dans notre environnement quotidien qu’on finirait presque par les oublier, analyse Denis Bruna. Oublier notamment qu’ils ne sont pas neutres, car chacun d’entre eux est le fruit d’une histoire, longue souvent, mouvementée parfois : le vêtement n’est pas seulement une couverture nous protégeant des aléas climatiques ou de la nudité, il est un élément complexe de la culture humaine et un moyen de communication subtil. » Et l’historien de souligner : « Tous obligés de nous habiller, nous revêtons des habits en fonction de notre identité, notre sexe, notre âge, notre milieu social, notre milieu professionnel, nos origines géographiques, nos goûts, etc. Le vêtement sert autant à partager l’identité de celle ou celui qui le porte avec les individus du même groupe qu’à créer une distance avec les autres. »
Prenant ainsi le contre-pied de la temporalité exceptionnelle des défilés de haute couture, ce livre est dédié non à la mode, mais aux habits portés quotidiennement en Occident. Dès lors, les incontournables de la panoplie vestimentaire sont étudiés à travers soixante-cinq notices – classées par ordre alphabétique – retraçant l’origine et l’évolution de la garde-robe : des vêtements les plus anciens, comme la fourrure, la chemise, la sandale, le bonnet, le bandana ou le châle, sans oublier le collant ou le slip à poche frontale présents dès le Moyen Âge, aux plus récents, tels les body, leggings et jogging. Ces derniers sont révélateurs, d’une part, de l’influence du sportwear dans le dressing contemporain, de l’autre, des notions de simplicité et de confort particulièrement recherchées de nos jours, soit deux formes complémentaires d’assouplissement des codes et des normes. Pour autant, « nous ne nous habillons pas pour nous-mêmes – qu’est-ce qui nous obligerait à nous vêtir si nous étions seul∙e au monde ? –, mais pour les autres et à travers le regard des autres », affirme Denis Bruna.
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Denis Bruna, Petites Histoires de nos vêtements, Paris, Textuel, 2024, 352 pages, 25 euros.



