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À Paris, le Centre culturel suisse a pignon sur rue

L’institution a rouvert le 26 mars 2026 après quatre ans de travaux. Dotée d’espaces plus lumineux, plus fluides et plus polyvalents, elle dispose désormais d’une entrée sur la rue des Francs-Bourgeois.

Emmanuel Grandjean
20 avril 2026
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La nouvelle entrée du Centre culturel suisse, à Paris. © Photo Nicolas Delaroche Studio/CCS

La nouvelle entrée du Centre culturel suisse, à Paris. © Photo Nicolas Delaroche Studio/CCS

L’impasse des Arbalétriers est une venelle médiévale percée dans la rue des Francs-Bourgeois, au cœur du Marais, dans le 3e arrondissement de Paris. Une plaque commémorative indique qu’y fut assassiné Louis d’Orléans en 1407 sur ordre de Jean sans Peur, plongeant Armagnacs et Bourguignons dans une brouille séculaire. C’est aussi là, tout au fond de cet étroit morceau d’histoire, que se trouvait l’entrée du Centre culturel suisse (CCS). Pour une institution qui se voulait l’ouverture parisienne sur la création helvétique, ne pas avoir d’accès visible représentait une véritable gageure dont les directions successives s’étaient accommodées depuis quarante ans. Il y a bien eu l’implantation de la librairie en 2010, au numéro 32 de la rue des Francs-Bourgeois, marquant ainsi sur sa devanture la présence du CCS, mais son entrée se situait à quelques pas de l’impasse, amplifiant la confusion chez les visiteurs.

« Utiliser tous les espaces, que ce soit pour le spectacle ou pour les expositions, est quelque chose que nous avions très envie de développer. »

Transformer sans surenchère

Depuis le 26 mars 2026, c’en est fini du labyrinthe des adresses. Après quatre années de travaux, on pénètre désormais dans le CCS par la librairie, laquelle fait aussi office d’accueil. On accède ensuite au centre proprement dit par une salle d’exposition qui ouvre le passage. « C’était un élément crucial du projet, explique Claire Hoffmann, responsable de la programmation des arts visuels, du design et de l’architecture au CCS depuis 2019, aux côtés du directeur Jean-Marc Diébold, lui-même chargé des arts vivants. La vitrine sur la rue crée un sentiment plus invitant. Métaphoriquement, cela abaisse le seuil d’intimidation pour entrer dans un tel espace d’art tout en permettant aux personnes à mobilité réduite d’avoir très facilement accès aux salles. » Auteurs de cette rénovation, le duo d’architectes franco-suisses ASBR, basé à Paris, et les Bâlois Truwant+Rodet+ ont prolongé ce principe d’ouverture un peu partout dans le bâtiment.

Achetés en 1982 par Pro Helvetia, le rez-de-chaussée de l’ancien hôtel particulier Poussepin et son entrepôt adjacent hébergèrent trois ans plus tard le CCS, lequel dut ainsi composer avec un édifice datant du XVIIe siècle. L’intervention des deux bureaux d’architecture repose sur un postulat essentiel : transformer sans surenchère, en privilégiant l’usage et les circulations. Le CCS se reconfigure comme une vaste plateforme continue, où les espaces peuvent être modulés les uns dans les autres sans renoncer à leur identité propre. « L’ouverture accrue entre rue, cour et salles, les dispositifs mobiles ainsi que la mise en valeur des morphologies existantes favorisent une typologie fluide, capable d’accueillir une grande variété de scénarios artistiques, sans figer les lieux dans des pratiques spécifiques », détaillent les architectes.

Les larges fenêtres qui bordent la cour s’ouvrent intégralement pour donner davantage d’envergure à cet agréable espace, désormais agrémenté d’une buvette. Une fois déployées, elles amènent également plus de lumière naturelle et plus de fluidité à la salle de spectacle située sur le même niveau – de quoi imaginer des mises en scène qui partiraient de l’intérieur pour se prolonger vers l’extérieur. « Un important travail a été fait sur cette salle, poursuit Claire Hoffmann. Auparavant, c’était une boîte noire avec une bonne acoustique, mais qui offrait peu de possibilités de flexibilité en raison des gradins en béton. À présent, c’est une boîte grise pouvant recevoir aussi bien du spectacle vivant que des concerts ou des installations, et où le public pourra se tenir aussi bien assis que debout. » Puis de reprendre : « Utiliser tous les espaces, que ce soit pour les spectacles ou pour les expositions, est quelque chose que Jean-Marc Diébold et moi-même avions très envie de développer. Cette nouvelle configuration nous offre un formidable terrain de jeu collaboratif, notamment pour ce qui concerne la performance, qu’elle vienne des arts visuels, de la danse, de la musique ou du théâtre. Nous avons des projets de programmes communs, de festivals… C’est un outil qui nous inspire énormément et inspirera sans doute aussi beaucoup les artistes. »

L’autre nouveauté réside en l’ajout d’un escalier en colimaçon en métal galvanisé qui assure la transition vers la salle d’exposition principale au premier étage. Située sous les toits, et profitant d’un éclairage zénithal, celle-ci a peu changé. « Les différentes hauteurs de plafond ont été harmonisées, cela donne davantage de symétrie, précise Claire Hoffmann. L’espace est également équipé d’un ascenseur, ce qui facilite grandement notre travail de montage, tout en apportant un plus indéniable à notre public. »

Mai-Thu Perret, Diana III, 2026, céramique émaillée et bronze vert. © Mai-Thu Perret. Photo Mareike Tocha

Trois artistes femmes à l’honneur

Pour marquer la réouverture des lieux, la responsable des arts visuels, en collaboration avec le commissaire Tadeo Kohan, a choisi de présenter trois monographies : celles de trois artistes femmes, de générations, de cultures et de pratiques différentes. Ingeborg Lüscher et Mai-Thu Perret se partagent la salle de l’étage, tandis qu’Akosua Viktoria Adu-Sanyah expose dans celle du bas, que les visiteurs traversent depuis l’entrée principale. Ces trois solos shows témoignent de la vitalité de la scène suisse, mais servent aussi de mise au point.

« Ingeborg Lüscher a été programmée en 1976 par l’ARC au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, puis n’a plus été présentée par la suite, explique Claire Hoffmann. Mai-Thu Perret, dont la carrière est internationale, n’a jamais bénéficié d’exposition personnelle à Paris. Akosua Viktoria Adu-Sanyah a déjà montré son travail en galerie, mais c’est la première fois qu’une institution en France s’y intéresse. » Cadette de ce triple accrochage, l’artiste germano-ghanéenne, qui vit et travaille à Zurich, présente no flowers, une installation constituée de photographies du quotidien de son père et de bouquets de fleurs séchées recomposées par une intelligence artificielle. Il s’agit d’un hommage de la plasticienne à son père, décédé au Ghana pendant la pandémie due au Covid-19, et dont elle n’a pas pu assister aux obsèques.

À l’occasion de cette inauguration, Claire Hoffmann rappelle que la mission du centre est aussi de soutenir le dynamisme des scènes de l’architecture et du design helvétique. Ainsi a-t-elle invité trois designers à produire un objet-souvenir : la graphiste Florence Tétier propose des graines d’edelweiss, symbole poétique de la Suisse de carte postale ; Luisa Carmona, designer textile, des torchons de cuisine illustrés de dessins issus des archives du CCS ; et Gabriel Hafner, une truelle qui peut également servir de pelle à gâteau. Parce que la fin d’un chantier, c’est aussi une grande fête !

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« Ingeborg Lüscher. Flammes », « Mai-Thu Perret. Othermothers » et « Akosua Viktoria Adu-Sanyah. no flowers », 26 mars-26 juillet 2026, Centre culturel suisse, 32, rue des Francs-Bourgeois, 75003 Paris.

Musées et institutionsCentre Culturel suisseArt ContemporainParisClaire HoffmanJean-Marc DiéboldExpositions
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