Les ventes d’art ancien à New York ont enregistré cette semaine de bons résultats, avec de nouveaux records établis pour des artistes tels qu’Artemisia Gentileschi, Michel-Ange et Rembrandt, tout en réunissant des œuvres d’une importance historique. Certaines étaient nouvellement mises sur le marché, d’autres récemment restituées.
La vente de maîtres anciens organisée mercredi 4 février par Christie’s à New York a totalisé 54,3 millions de dollars, frais inclus (50 millions d’euros), soit le meilleur résultat dans cette catégorie à New York depuis plus de dix ans.
L’un des premiers autoportraits d’Artemisia Gentileschi a été adjugé 5,7 millions de dollars (5,2 millions d’euros) lors de sa première apparition aux enchères, établissant un nouveau record. Représentée en sainte Catherine d’Alexandrie, l’artiste s’est peinte tenant la palme du martyre, coiffée d’une couronne et vêtue d’une tenue royale, tandis qu’apparaît derrière elle la roue associée à son supplice. L’enchère finale a largement dépassé l’estimation de 2,5 à 3,5 millions de dollars (2,3 à 3,2 millions d’euros) et surpassé le précédent record pour une œuvre d’Artemisia Gentileschi aux enchères, établi à 4,8 millions d’euros lors d’une vente d’Artcurial à Paris en 2019.
Au cours de cette même vente, Venise, le Bucentaure au Môle le jour de l’Ascension (vers 1754) de Canaletto s’est vendu 30,5 millions de dollars, frais inclus (28 millions d’euros). Un autre tableau représentant la même vue de la lagune vénitienne avait battu le record de l’artiste aux enchères en juillet, en atteignant 31,9 millions de livres sterling (environ 37 millions d’euros) chez Christie’s à Londres.
Lors de la vente Old Master and British Drawings organisée jeudi 5 février par Christie’s, un dessin miniature représentant un pied, récemment attribué à Michel-Ange, a été adjugé 27,2 millions de dollars, frais inclus (25 millions d’euros), établissant un nouveau record. Cette sanguine d’environ 12,7 cm est considérée comme une étude pour la chapelle Sixtine et faisait sa première apparition sur le marché, un élément qui a probablement contribué à la faire s’envoler bien au-delà de son estimation haute, fixée à 2 millions de dollars (1,8 million d’euros). Le consignateur est basé dans le nord de la Californie, et le dessin se trouvait dans sa famille depuis la fin du XVIIIᵉ siècle. Le précédent record pour un dessin de Michel-Ange était de 23,2 millions d’euros, frais inclus, établi chez Christie’s à Paris en 2022.

Rembrandt, Jeune lion au repos. Courtesy Sotheby’s
L’un des lots les plus remarqués de la semaine a été Jeune lion au repos de Rembrandt, un petit dessin à la craie noire vendu mercredi 4 février chez Sotheby’s à New York pour 17,8 millions de dollars, frais inclus (16,4 millions d’euros). Le dessin a été adjugé 15 millions de dollars (13,8 millions d’euros), dans le bas de son estimation. Mais, il établit néanmoins le prix le plus élevé jamais atteint aux enchères pour un dessin de Rembrandt. L’œuvre était proposée par Thomas S. Kaplan et Daphne Recanati Kaplan. Le milliardaire et son épouse ont constitué la plus importante collection privée de Rembrandt au monde, et Jeune lion au repos fut la première œuvre de l’artiste qu’ils aient acquise. L’intégralité du produit de la vente sera reversée à Panthera, l’organisation caritative du couple dédiée à la protection des félins sauvages. Il s’agit de la dernière des six feuilles représentant des lions par Rembrandt encore en mains privées. Les autres sont conservées au musée du Louvre à Paris, au Rijksmuseum à Amsterdam, au Museum Boijmans Van Beuningen à Rotterdam, ainsi que deux au British Museum. Dans sa newsletter The Gray Market, Tim Schneider a indiqué que le dessin avait été acquis par le marchand néerlandais Salomon Lilian « pour le compte d’un grand collectionneur ».
Enfin, un rare manuscrit hébraïque enluminé, datant de la Vienne du XVe siècle, a été adjugé 6,4 millions de dollars (5,9 millions d’euros) jeudi 5 février chez Sotheby’s. Titré Rothschild Vienna Mahzor, ce livre de prières pour les Grandes Fêtes juives avait été acquis en 1812 à Nuremberg par la célèbre famille de banquiers dont il porte le nom, avant d’être transmis de génération en génération.
Saisi par les nazis, le manuscrit fut transféré à la Bibliothèque nationale autrichienne, où, selon Sotheby’s, il ne fut pas reconnu comme un bien spolié. Le mahzor n’est réapparu publiquement qu’en 2021, lorsqu’il a été prêté à une exposition consacrée à la branche viennoise des Rothschild – la famille ignorait alors même que le manuscrit se trouvait dans les collections de la bibliothèque. À l’issue de recherches approfondies sur sa provenance, le gouvernement autrichien a procédé l’an dernier à la restitution du mahzor, ouvrant la voie à sa mise aux enchères.




