Un imposant bâtiment néoclassique surplombant la baie de Santander et les monts cantabriques, dans le nord-ouest de l’Espagne, devient le nouvel écrin d’une collection de 1 000 pièces comprenant notamment des œuvres de Lucas Cranach l’Ancien, Diego Velázquez, Titien, Pierre Paul Rubens, Francisco de Goya et Pablo Picasso.
Le nouveau musée Faro Santander a ouvert ses portes le 8 septembre 2026 pour présenter la collection de Banco Santander. Celle-ci comprend également des œuvres de Francisco de Zurbarán, El Greco, Joaquín Sorolla, Joan Miró, Eduardo Chillida et Antoon van Dyck, ainsi que des installations audiovisuelles contemporaines et une collection de monnaies.
Le musée s’installe dans l’imposant édifice Pereda, construit en 1795. Ancien siège de Banco Santander, il a été réaménagé par l’architecte britannique David Chipperfield, qui en a conservé la structure d’origine pour créer 10 000 m² d’espaces d’exposition. L’architecte a toutefois vitré l’arche centrale qui séparait jusqu’alors les deux parties de la façade et créé des passerelles permettant de circuler facilement de l’une à l’autre.
Nouvel équipement culturel majeur localement, le musée a été financé par la Fondation Santander. En 2018, la banque estimait le coût du projet à 40 millions d’euros. L’établissement financier et Daniel Vega Pérez, directeur de Faro Santander, n’ont pas souhaité communiquer de montant actualisé.
L’image de Santander a longtemps été réduite à un port d’arrivée pour les ferries. Mais depuis l’ouverture en 2017 du spectaculaire Centro Botín, centre d’art contemporain conçu par Renzo Piano, la capitale cantabrique a commencé à attirer les amateurs d’art. Cette transformation en destination culturelle devrait s’accélérer avec l’ouverture de Faro Santander, qui formera un « triangle de l’art » avec le Centro Botín et une nouvelle antenne du musée Reina Sofía de Madrid, attendue en 2027.
« Ce qui m’a frappé depuis mon arrivée en Cantabrie, c’est le nombre important de projets culturels et artistiques en développement, qu’ils soient publics ou privés, explique Daniel Vega Pérez. Il existe une très forte demande pour ce type de projets, ce qui est particulièrement remarquable dans une région relativement petite. Je pense que ce nouvel ensemble de grands musées répondra à une demande qui existe déjà au sein de notre communauté, tout en attirant des visiteurs venus de plus loin. »
Faro Santander se déploie sur dix niveaux, dont quatre consacrés aux expositions. Les deux étages supérieurs, avec leurs terrasses panoramiques, accueillent un café et un restaurant. Le sous-sol abrite un auditorium et les installations techniques. Le musée comprend également des salles destinées aux enfants et aux familles, une expérience en réalité virtuelle et un dispositif immersif consacré à l’histoire de la banque et du bâtiment, ainsi que des espaces dédiés à l’art contemporain cantabrique et à des installations audiovisuelles. Le cœur de la collection sera présenté au 4e étage.
Daniel Vega Pérez, auparavant directeur adjoint chargé des expositions et de la conservation au musée Guggenheim Bilbao, explique que l’objectif est de présenter la collection de manière « permanente mais dynamique », en renouvelant régulièrement l’accrochage et en mettant l’accent sur différents artistes.
« Auparavant, poursuit-il, la collection n’était visible qu’à Madrid, dans une galerie située dans les bureaux de Banco Santander, loin du centre-ville. Il n’existait donc pas de lieu spécifiquement consacré à sa présentation » au public.
L’exposition inaugurale, « Chefs-d’œuvre de la collection Banco Santander », organisée par l’historienne de l’art espagnole María Dolores Jiménez-Blanco, s’articule autour de quatre thèmes : le paysage, la nature morte, le portrait et les récits bibliques, avec des œuvres allant du XVIe au XXIe siècle.
Une première exposition temporaire présente une partie de la collection Gelman Santander, qui réunit des œuvres de Frida Kahlo, Diego Rivera, José Clemente Orozco et María Izquierdo. Intitulée « Le Mexique moderne dans la collection Gelman Santander » (jusqu’au 10 janvier 2027, avant de partir en itinérance), elle rassemble peintures, dessins et estampes de Frida Kahlo, dont certains de ses autoportraits les plus célèbres, notamment Diego en mi pensamiento (Diego dans mes pensées) et Autorretrato con monos (Autoportrait aux singes), tous deux réalisés en 1943, ainsi que le Portrait de Natasha Gelman (1943) de Rivera.
La collection Gelman Santander est cependant au cœur d’une controverse concernant un accord de prêt portant sur 160 œuvres conclu entre ses propriétaires, la famille Zambrano, Banco Santander et les autorités mexicaines. Nombre de ces œuvres sont classées au patrimoine artistique national mexicain et soumises à des dispositions interdisant leur exportation définitive. En juillet, un collectif citoyen, Defensa de la Colección Gelman, a engagé une action en justice afin d’obtenir l’annulation de cet accord. Interrogé sur l’avenir de la collection, Daniel Vega Pérez assure qu’elle « sera de retour au Mexique au plus tard en 2028 ». Un porte-parole de Faro Santander précise que sa présentation dans le nouveau musée se fait « dans le plein respect de la législation mexicaine ».
Le programme d’expositions temporaires de Faro Santander comprend également « Leonora Carrington : The Symptomatic Surreal », en provenance du Freud Museum de Londres. L’exposition revêt une résonance particulière à Santander : Leonora Carrington avait été internée dans un établissement psychiatrique de la région pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle présente notamment Villa Pilar (1940), une œuvre récemment découverte dans la maison du psychiatre de Santander qui avait soigné l’artiste.




