Près de 180 ans après sa première présentation au public, Un enterrement à Ornans de Gustave Courbet retrouve son éclat. Commencée en mai 2025 au musée d’Orsay, la restauration de cette œuvre monumentale vient de s’achever. Il s’agit selon le musée de la première intervention d’une telle ampleur sur ce tableau réalisé entre 1849 et 1850 et entré dans les collections nationales en 1881.
Considéré comme l’un des chefs-d’œuvre les plus emblématiques du musée d’Orsay, le tableau avait été fragilisé par son histoire mouvementée. Courbet l’avait présenté dans de nombreuses expositions, entraînant plusieurs montages et démontages de la toile. En seulement trois décennies, l’œuvre avait été déplacée plus d’une vingtaine de fois. Dès 1864, Gustave Courbet, lui-même, témoignait déjà de l’état préoccupant de son œuvre. L’artiste déplorait alors que « le cadre est démoli, le châssis a servi, la toile est roulée et en mauvais état ». Si le tableau avait conservé sa toile d’origine, son support s’était progressivement détendu et la couche picturale s’était assombrie consécutivement à des anciennes interventions sur le vernis. Offert au Louvre en 1881 par Juliette Courbet, sœur de l’artiste, le tableau a été retendu dès 1884 sur un nouveau châssis, qu’il conservera jusqu’en 2025. Il n’a cependant jamais été rentoilé et a jusqu’ici gardé sa toile d’origine.
Cette restauration a été lancée par feu Sylvain Amic (1967-2025), ancien président des musées d’Orsay et de l’Orangerie et pilotée par le musée d’Orsay, avec la collaboration scientifique du C2RM. Elle a été réalisée par la société Arcanes et a permis de traiter à la fois le support et la peinture. Les restaurateurs ont notamment aminci progressivement les couches de vernis jaunies et opaques afin de retrouver la richesse de la palette de Courbet. La toile, toujours originale, a ensuite été déposée de son ancien châssis, consolidée puis installée sur un nouveau châssis autotenseur en aluminium équipé de ressorts réglables. Autre particularité : les restaurateurs ont choisi de ne pas retoucher certains repentirs de Courbet, notamment des visages recouverts par l’artiste puis réapparus avec le vieillissement naturel des matériaux. L’objectif étant de préserver les traces de son processus de création.
Enfin, le chantier a aussi été pensé comme un projet ouvert au public. Réalisé au cœur du musée, derrière des baies vitrées, il a permis aux visiteurs d’observer directement le travail des restaurateurs. Plus de 1 120 personnes ont participé aux visites de chantier organisées chaque jeudi matin. Son raccrochage au musée d’Orsay est prévu pour la fin d’année 2026. À cette occasion, le musée prépare un environnement inédit autour de l’œuvre, réunissant une sélection d’objets et d’ornements liturgiques représentés par Courbet dans sa peinture.




