Droit dans ses bottes. Pietrangelo Buttafuoco, journaliste et écrivain nommé en 2023 à la présidence de la Fondation de la Biennale de Venise par le gouvernement de Giorgia Meloni, justifie dans le quotidien milanais le retour controversé du Pavillon de la Russie dans les Giardini, affichant une position inchangée depuis l’ouverture houleuse de la 61e édition en mai.
Des manifestations avaient ponctué la semaine de pré-ouverture professionnelle, organisées notamment par les Pussy Riot et les FEMEN devant le Pavillon russe. Des pétitions, signées par de nombreux artistes participants, les commissaires comme des employés de la Biennale, ont appelé au boycott, demandant son retrait. Le ministre italien de la Culture Alessandro Giuli en personne avait alors réagi : « C’est Poutine qui a gagné à la Biennale », désavouant publiquement Pietrangelo Buttafuoco.
La Commission européenne s’y est, elle aussi, opposée, suspendant depuis une subvention de 2 millions d’euros accordée à la Fondation pour la période 2025-2028. Le jury de l’Exposition internationale d’art, par fidélité à l’esprit de Koyo Kouoh, sa commissaire cette année, disparue avant l’ouverture de la manifestation, a quant à lui démissionné à quelques jours de l’ouverture, refusant d’intégrer au palmarès la Russie et Israël, dont les dirigeants font l’objet de mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale.
Face à cette levée de boucliers, les organisateurs de la Biennale ont annoncé que le Pavillon russe resterait fermé durant la durée de la manifestation et que des « Lions des visiteurs », distinguant un artiste de l’Exposition internationale et un pavillon national, seraient remis à la clôture de cette édition, le 22 novembre, à l’issue d’un vote du public. En retour, près d’une centaine d’artistes de l’exposition « In Minor Keys » et des pavillons nationaux, soutenus par de nombreux commissaires, ont exprimé leur refus de participer à cette course inédite aux Lions décernés par un vote populaire.
Alors que Vladimir Poutine intensifie depuis des mois sa guerre contre l’Ukraine, après l’invasion du pays par l’armée russe en 2022, Pietrangelo Buttafuoco a réaffirmé sa position. Dans un entretien accordé au quotidien italien Corriere della Sera le 1er septembre, à la question : « Referiez-vous tout cela, au risque de vous heurter au gouvernement et à la Commission européenne ? », il a répondu : « Tout. C’était plus que juste et nécessaire envers l’institution que je préside. Dans tous les actes formels et officiels, il n’y a pas la moindre virgule qui aille à l’encontre des lois et des règlements. »
S’agissant de la réaction du ministre de la Culture en mai, il a rétorqué : « Ce n’est pas Poutine qui a gagné, c’est l’art. La Biennale a gagné, non pas en ma personne, mais à travers l’histoire d’une institution tournée vers le monde et qui, au cours de ses 131 ans d’existence, même pendant de nombreux conflits, a toujours accueilli tout le monde. Il aurait été impie de suspendre un précepte ancestral de notre civilisation, celui de la trêve olympique. »
Sur le conflit avec la Commission européenne, il estime que « l’Union européenne mise à part, environ 87 % des pays présents à la Biennale d’art n’auraient pas rempli les conditions requises du code éthique européen, qui présuppose le respect des principes de démocratie et de liberté d’expression ». « Et j’aurais dû me priver de l’apport fondamental d’une monarchie absolue, bien qu’élective », ajoute-t-il, faisant référence au Vatican.
« La contradiction de l’UE réside dans le fait de nier la liberté d’expression au motif d’une nationalité précise, poursuit-il. C’est inouï au regard des principes consacrés dans toutes les chartes des droits. Quant à la Commission européenne, je constate que le commissaire italien [Raffaele Fitto, NDLR], n’a pas dit un seul mot pour défendre une institution culturelle de notre pays. Un choix anti-italien qui ne fait certainement pas de lui un défenseur de la République. »
Enfin, à la question : « Vous sentez-vous proche de cette droite aujourd’hui ? », le président de la Biennale, qui cultive volontiers l’ambiguïté, répond dans cet entretien : « J’ai une identité, pas une appartenance. Au sein de la Biennale, je suis au service de l’institution et non de mes convictions personnelles. »




