La semaine dernière, la Commission européenne (CE) avait accusé la Biennale de Venise d’avoir enfreint les sanctions de l’UE contre la Russie et menacé de suspendre son financement – une subvention de 2 millions d’euros prévue pour 2028 –, à moins que les organisateurs ne reviennent sur leur décision d’inclure ce pays parmi les participants à la 61e Exposition internationale d’art, qui se tiendra du 9 mai au 22 novembre 2026.
Le bras de fer qui oppose depuis des mois la Commission européenne et la Biennale de Venise a franchi un nouveau cap avec la mise à exécution de cette mesure de rétorsion. Kaja Kallas, responsable de la politique étrangère de l’UE, a confirmé cette semaine lors d’une conférence de presse que la subvention ne sera pas versée. « Alors que la Russie bombarde des musées, détruit des églises et cherche à effacer la culture ukrainienne, elle ne devrait pas être autorisée à exposer la sienne. Le retour de la Russie à la Biennale de Venise est moralement inacceptable, et l’UE a l’intention de lui retirer son financement », a déclaré l’ancienne Première ministre de l’Estonie.
La Russie n’a pas été autorisée à participer à la Biennale depuis 2022, en raison de l’invasion de l’Ukraine lancée par Vladimir Poutine. Intitulée « The Tree is Rooted in the Sky » (« L’arbre a ses racines dans le ciel »), l’exposition proposée pour le pavillon russe dans les Giardini doit rassembler 38 artistes venus de Russie, mais aussi d’Argentine, du Brésil, du Mali et du Mexique, avec des performances axées sur le son et la musique expérimentale. « Le projet sera consacré aux zones et aux pratiques périphériques », ont déclaré ses organisateurs dans un communiqué.
La commissaire choisie pour le pavillon de la Russie, Anastasia Karneeva, est la fille d’un ancien général du FSB et a fondé la société Smart Art avec Ekaterina Vinokourova, elle-même fille de Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères.
La Lettonie et la Finlande ont fait savoir qu’elles n’enverraient aucun représentant gouvernemental si la Russie était présente. « Les responsables politiques finlandais ne participeront pas à la Biennale de Venise si la Russie figure parmi les exposants. Nous estimons toutefois qu’il est important de promouvoir l’art et l’expression culturelle finlandais, ainsi que de soutenir les artistes et les acteurs. C’est pourquoi la Finlande enverra des représentants officiels à la Biennale », a déclaré Mari-Leena Talvitie, ministre finlandaise des Sciences et de la Culture, dans un communiqué daté du 16 avril.
Au total, vingt-deux ministres européens de la Culture et des Affaires étrangères ont signé une lettre commune appelant le président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco, ainsi que son conseil d’administration, à reconsidérer la participation de la Fédération de Russie.
« Face aux communications et aux demandes de participation des pays, la Biennale de Venise exclut toute forme de fermeture ou de censure de la culture et de l’art », ont réaffirmé précédemment les organisateurs. Avant de préciser : « La Biennale, tout comme la ville de Venise, reste un lieu de dialogue, d’ouverture et de liberté artistique, favorisant le rapprochement entre les peuples et les cultures et appelant sans cesse à la fin des conflits et des souffrances. »
Si le gouvernement russe, par l’intermédiaire de ses artistes et conservateurs, « se livrait à de la propagande, nous serions les premiers à fermer le pavillon », a promis pour sa part Luigi Brugnaro, le maire de Venise, classé au centre-droit.




