La Biennale de Venise 2026 s’annonce hautement politique, avant même son ouverture le 9 mai. Le chaos international, de la guerre en Ukraine au conflit au Moyen-Orient, est au cœur de tensions entre les participants et les organisateurs. Solidaires des artistes, les commissaires de cette édition eux-mêmes s’opposent à la direction de la Biennale. Du jamais vu.
Faisant suite à une première pétition largement soutenue – notamment par Yto Barrada, invitée à présenter son projet Comme Saturne dans le Pavillon français – demandant l’exclusion d’Israël, accusé de génocide à Gaza, la direction de la Biennale a proposé de relocaliser « exceptionnellement » le pavillon israélien à l’Arsenale.
En réaction à cette décision, une nouvelle lettre ouverte lui a été adressée le 1er avril, signée par plus de 70 artistes et commissaires, qui réclament cette fois l’exclusion non seulement d’Israël et de la Russie, mais aussi des États-Unis. Parmi eux figurent Alfredo Jaar, Walid Raad et plusieurs noms de la scène française, Florence Lazar, Tabita Rezaire, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige ou Éric Baudelaire.
« Le fait d’intégrer le pavillon israélien dans des espaces adjacents à l’exposition principale, “In Minor Keys”, conçue par Koyo Kouoh, porte atteinte à sa vision curatoriale et va à l’encontre des principes de “solidarité radicale” qu’elle a si clairement énoncés, stipule cette lettre ouverte. Cela introduira également un climat de violence et de peur en raison de la présence militaire et policière qui accompagnera le pavillon israélien. Cela nous concerne directement en tant qu’artistes participant à l’exposition. Le 13 mars 2026, nous avons demandé à la Biennale de revenir sur cette décision. »
« La Biennale a fait une déclaration de neutralité, mais nous rétorquons qu'autoriser la participation de gouvernements qui commettent activement des crimes de guerre, des atrocités et des génocides n'est pas neutre, poursuit le texte. Une communauté de nations ne peut exister que si les États sont sanctionnés lorsqu’ils violent de manière flagrante le droit international et les droits humains. En tant qu’événement artistique le plus important et le plus visible au monde, la position adoptée par la Biennale a un impact considérable. Même s’il dépasse peut-être le pouvoir d’une exposition de rendre justice à toutes nos préoccupations, il existe des limites éthiques à ne pas franchir et des actions qui ne peuvent être normalisées. »
Rappelant que la Biennale a exclu des pavillons nationaux par le passé – l’Afrique du Sud entre 1968 et 1993, en raison du régime d’apartheid ; la Russie entre 2022 et 2024, après l’invasion de l’Ukraine –, les signataires appellent « le président et la direction de la Biennale à se joindre à [eux] pour faire de la Biennale Arte 2026 un lieu où, comme l’a écrit Koyo Kouoh, “la dignité de tous les êtres vivants est préservée” ».
« Face aux communications et aux demandes de participation des pays, la Biennale de Venise exclut toute forme de fermeture ou de censure de la culture et de l’art », ont réaffirmé précédemment les organisateurs dans un communiqué présentant la liste des 99 participations nationales et 31 événements collatéraux. Avant de conclure : « La Biennale, tout comme la ville de Venise, reste un lieu de dialogue, d’ouverture et de liberté artistique, favorisant le rapprochement entre les peuples et les cultures et appelant sans cesse à la fin des conflits et des souffrances. »




