La controverse sur le retour de la Russie à la Biennale de Venise, dont le pays était exclu depuis l’invasion de l’Ukraine, connaît un énième rebondissement. En réaction à la déclaration du jury de cette 61e édition de ne pas prendre en considération les pays dont les dirigeants sont poursuivis pour crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale – excluant ainsi du palmarès la Russie mais aussi Israël –, le pavillon russe restera fermé au public pendant toute la durée de la Biennale 2026, du 9 mai au 22 novembre. L’exposition « The Tree is Rooted in the Sky » (« L’arbre a ses racines dans le ciel ») sera uniquement accessible aux médias et aux visiteurs professionnels lors de la semaine de pré-ouverture, du 5 au 8 mai.
Alessandro Giuli, le ministre italien de la Culture du gouvernement de Giorgia Meloni, ne sera pas présent lors de cette semaine de pré-ouverture, pas plus qu’à la cérémonie d’ouverture officielle de la Biennale à Venise le 9 mai, a par ailleurs fait savoir ce dernier dans un communiqué. Cette annonce a suscité de vives critiques dans le débat public comme au sein de la classe politique.
« La question de la Biennale de Venise devient chaque jour une farce qu’une institution aussi prestigieuse ne mérite pas, a commenté Luca Pirondini, chef de groupe du Mouvement 5 étoiles au Sénat. Qu’est-ce qu’Alessandro Giuli pense résoudre en désertant l’inauguration ? Quel message pense-t-il faire passer en laissant sa chaise vide ? Il est très simple : celui d’un ministre de la Culture qui, au lieu de défendre l’autonomie et l’indépendance de l’une des institutions culturelles les plus importantes au monde, le dos droit et la tête haute, se cache. »
La Biennale de Venise a réagi à l’annonce du ministère dans Il Giornale, le 27 avril, réaffirmant « son respect absolu des règles, ayant agi dans le strict respect des lois nationales et internationales en vigueur et dans les limites de ses compétences et responsabilités ». « Aucune interdiction ni sanction européenne n’ont été contournées, contrairement à ce qu’affirment certains articles de presse », se défend l’institution. Et de conclure : « Comme pour tous les pays reconnus par la République italienne qui possèdent un pavillon aux Giardini et qui annoncent leur participation aux expositions d’art et d’architecture, la Biennale précise que la faisabilité des projets et leur conformité aux normes en vigueur ont également fait l’objet d’une évaluation rigoureuse pour la Fédération de Russie. »
Opposée à la participation de la Russie à la Biennale, l’Union européenne a suspendu son financement prévu pour la prochaine édition en 2028. La Lettonie et la Finlande ont fait savoir qu’elles n’enverraient aucun représentant gouvernemental. Des lettres ouvertes, signées par de nombreux artistes et les commissaires de la Biennale « In Minor Keys » conçue par feu Koyo Kouoh, contestent elles aussi, depuis des semaines, le retour d’une exposition au sein du pavillon russe. Avant même son ouverture, la 61e Exposition internationale d’art s’annonce plus politique que jamais.




