La 61e Biennale de Venise restera dans les mémoires comme l’édition de toutes les polémiques, rattrapée par le chaos du monde. La semaine dernière, lors des journées de pré-ouverture aux professionnels et aux médias, les activistes des Pussy Riot et des FEMEN ont manifesté devant le Pavillon russe et dans la Sérénissime, tandis que de nombreux pavillons nationaux sont restés fermés le 8 mai, veille de l’ouverture au public, en solidarité avec la grève et une manifestation pro-Palestine à l'initiative du collectif Art Not Genocide Alliance (ANGA), violemment réprimée par la police à l’approche de l’entrée de l’Arsenale.
Endeuillée par la disparition prématurée de sa commissaire Koyo Kouoh, qui n’aura pas vu l’exposition qu’elle avait néanmoins eu le temps de concevoir avec son équipe curatoriale, la Biennale Arte 2026 est prise depuis des mois dans les tensions géopolitiques : appels au boycott d’Israël, accusé de génocide à Gaza ; lever de bouclier suscité par le retour dans les Giardini de la Russie, absente depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022… En représailles, l’Union européenne a suspendu son financement à la Biennale.
Opposé à la décision de son président, Pietrangelo Buttafuoco, de maintenir la participation de ces deux pays à l’événement, le jury a, dans un premier temps, décidé de leur exclusion du palmarès, avant de présenter sa démission à quelques jours de l'ouverture. Les organisateurs de la Biennale ont annoncé in extremis que des « Lions des visiteurs », distinguant un artiste de l'Exposition internationale et un pavillon national, seront remis à la clôture de cette édition, le 22 novembre, à l’issue d’un vote du public.
Dernier coup de théâtre, près d’une centaine d’artistes participant à l’exposition « In Minor Keys » et aux pavillons nationaux, soutenus par de nombreux commissaires, ont signé le 9 mai une déclaration dans laquelle ils annoncent leur retrait pur et simple de cette course inédite aux Lions décernés par les visiteurs de l’Exposition internationale d’art. Une décision « en signe de solidarité avec la démission du jury sélectionné par Koyo Kouoh », justifient-ils. Parmi les signataires figurent Yto Barrada, qui représente la France, Éric Baudelaire, Joana Hadjithomas & Khalil Joreige ou Alfredo Jaar, exposés à l’Arsenale.




