Il y a quelque chose de la chambre noire dans le geste du dessin : un trait posé sur la page avant que l’image ne se révèle entièrement. Paréidolie fait de ce suspens son terrain de jeu depuis 2014. Le Salon international du dessin contemporain revient au Château de Servières pour ce qui constitue, chaque fin d’été, le coup d’envoi de la rentrée artistique marseillaise, en parallèle de la Foire d’art contemporain Art-o-rama.
Né en 1988 dans une ancienne bastide, le centre d’art baptisé Château de Servières a déménagé dans un autre édifice, non loin du palais Longchamp, en 2007, où il loge aussi les ateliers d’artistes de la Ville. Trois décennies de fidélité au dessin, à la médiation, au soutien des artistes émergents, voici ce que Paréidolie continue d’arpenter, sous l’égide de l’association qui porte également, d’août à décembre, la Saison du dessin et sa trentaine de lieux partenaires sur le pourtour méditerranéen.
Trois temps forts et trois prix
Pour cette 13e édition, 17 enseignes françaises et européennes prennent possession des lieux : 5 sont implantées sur le territoire national, 4 viennent d’Europe (Anvers, Vienne, Liège, Genève) et 5 participent pour la première fois, dont la parisienne Binome. Paris domine la sélection, avec la présence de Galerie 8+4, Maxime Allain, Backslash, Anne-Sarah Bénichou, Eric Dupont, Bernard Jordan et la Galerie Papillon. Lyon, Arles, Saint-Rémy-de-Provence, Metz et Lille – avec Pauline Renard – complètent le tableau français. Reste un angle mort qui interroge : aucune galerie marseillaise n’apparaît sur la liste, alors même que la ville a vu fleurir ces dernières années un tissu de jeunes structures dynamiques. Côté artistes, le plateau mêle figures confirmées et découvertes : Pierre Buraglio et Philippe Cognée à la Galerie 8+4, Chourouk Hriech et Massinissa Selmani chez Anne-Sarah Bénichou, Keziah Jones et Roméo Mivekannin chez Eric Dupont, Jacques Lizène et Michèle Sylvander chez Nadja Vilenne (Liège).
La programmation s’articule autour de trois temps forts. L’invité d’honneur, Louis Soutter (1871-1942), dessinateur suisse visionnaire dont l’œuvre tourmentée fut longtemps tenue à la marge, fait l’objet d’un commissariat signé Julie Borgeaud. L’artiste Marguerite Maréchal (laquelle vit et travaille dans la cité phocéenne) occupe le second temps de cette mise en lumière. Enfin, une carte blanche rend hommage au Français Nicolas Rubinstein (1964-2025), sous la houlette d’Odile Redolfi. Les nouveautés ne manquent pas : un espace d’art interactif confié au dessinateur Strokevitch ; une librairie éphémère gérée par Histoire de l’œil ; et Le Passe-Parole, programme de rencontres et de dédicaces autour du dessin contemporain. S’y ajoutent trois prix – Pébéo, The Drawer et D.É.J.A. (Diplômés, étudiants et jeunes artistes du réseau L’École [s] du Sud), attribué par les Rendez-vous du design et de l’art contemporain –, un volet hors les murs avec l’ouverture des ateliers d’artistes municipaux sur trois sites (Boisson, Boulle et Lorette) et Vidéographiques, une plongée dans la collection de films du Frac Sud.
Comme la figure ambiguë qui donne son nom au Salon, par laquelle l’œil croit reconnaître une forme dans le hasard des contours, Paréidolie compose ainsi chaque année son image à partir de fragments dispersés, galeries, artistes, lieux, pour qu’émerge, l’espace d’un week-end, une silhouette commune du dessin contemporain.
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Paréidolie, 28-30 août 2026, Château de Servières, 19, boulevard Boisson, 13004 Marseille.




