La Foire reçoit, pour sa 19e édition, la jeune génération. « Nous sommes une plateforme ouverte pour de nouvelles propositions françaises ou des scènes étrangères », rappelle Carine Tissot, sa directrice. Dans un contexte géopolitique troublé, elle insiste sur l’importance de maintenir la présence artistique française à l’international. « Cette volonté se traduit notamment par la création du secteur Inception, dédié aux avant-gardes, lequel accueille des galeries plus récentes sur le marché, des jeunes, des scènes nouvelles », poursuit-elle. Pour la directrice, l’équilibre est essentiel : « Nous sommes un marché, donc il faut de tout. »
UNE VOLONTÉ D’OUVERTURE
« Entre transmission et émergence, redécouverte de figures historiques et expérimentations radicales, le dessin se révèle dans toute sa diversité », confie de son côté Joana P. R. Neves, la directrice artistique. La Foire se renouvelle fortement en 2026 avec 41 % de nouveaux exposants ainsi que le retour de Semiose ou d’Anne-Sarah Bénichou (Paris), tandis que restent toujours fidèles Nathalie Obadia (Paris, Bruxelles), Templon (Paris, Bruxelles, New York), Papillon (Paris), Richard Saltoun (Londres, Rome, New York) ou encore Catherine Issert (Saint-Paul-de-Vence). « L’ouverture géographique constitue l’une des nouveautés majeures », ajoute Joana P. R. Neves. Le Canada fait ainsi son entrée avec Chiguer Art Contemporain (Québec, Montréal), qui expose des artistes inuits tels que Shuvinai Ashoona et Pitseolak Qimirpik, aux côtés de François Morelli – dont la performance À bout portant conjugue improvisation, contraintes physiques et expérimentations psychologiques. La Belgique consolide sa présence avec Archiraar Gallery (Bruxelles) qui défend Roman Moriceau, nommé au prix Drawing Now. L’Italie se manifeste à travers la CAR Gallery (Bologne), laquelle propose un solo show de Trevor Gould.
L’architecture de la manifestation se structure autour de quatre secteurs. Au rez-de-chaussée, le secteur Général regroupe les galeries établies : Antoine Dupin (Saint-Méloir-des-Ondes) avec les dessins inspirés du monde marin d’Elsa Guillaume ; Oniris.art (Rennes) offrant un duo Philippe Cognée et Jean-Pierre Pincemin ; ou Templon qui réunit Abdelkader Benchamma, Hervé Di Rosa, Jitish Kallat et Nazanin Pouyandeh dans une immersion entre apparition, disparition et mémoire. Anne-Sarah Bénichou présente Maxime Verdier, dont les feuilles au crayon de couleur incarnent un panel de souvenirs, d’émotions et d’événements, convoquant réel et onirisme.
Au sous-sol, le secteur Inception rassemble galeries émergentes et nouveaux projets. By Lara Sedbon (Paris) y déploie les œuvres de Tudi Deligne, Christophe Person (Paris, Bruxelles) celles de Tiffanie Delune, dont l’univers métissé mêle influences multiples et symboles de féminité. Le secteur Process accueille les propositions spécifiques conçus entre galeristes et artistes, comme le dialogue entamé par la galerie Binome (Paris) entre Guénaëlle de Carbonnières et Amélie Royer, conjuguant ruine et minéral. Le nouveau secteur Digital, installé au cœur de Process, reçoit les recherches à l’intersection entre technologies innovantes et tracé ancestral. « Le niveau –1 devient ainsi l’espace de l’avant-garde, où se déroulent également performances et débats, prolongeant sur place les gestes de la création », résume Carine Tissot.

Elsa Guillaume, Traversée mariusienne XI, 2024, pliage, collage, encre, crayon et corde. © Elsa Guillaume. Courtesy de la galerie Antoine Dupin
DES PROPOSITIONS AFFIRMÉES
Cette édition marque le coup d’envoi du parcours Art faber, développé avec le collectif Art faber International, lequel met en lumière les représentations des mondes économiques. Le comité a retenu des artistes comme Gabriel Folli (La Ferronnerie, Paris), Jean-David Nkot (AFIKARIS, Paris) ou Guy Vording (dudokde-groot, Amsterdam). Le parcours Parallaxe se concentre sur les « Femmes du dessin ». Laura Sillars et Bérénice Saliou, aux côtés de Joana P. R. Neves, ont choisi des artistes pour lesquelles le dessin constitue une pratique centrale. « La sélection s’est faite avec un esprit ouvert, en cohérence avec le projet de Drawing Now. Elle réunit des pionnières comme Rebecca Salter et des figures contemporaines telles que Jeanne Susplugas ou Pauline Guerrier », précise la directrice artistique.
En outre, le programme Curare, développé avec l’Association française des commissaires d’exposition, confie à Domitille Bertrand et Lucie Ménard la tâche de jeter un regard sur les secteurs expérimentaux. L’exposition « Numérique lyrique », mise en place par Joana P. R. Neves en partenariat avec le Centre national des arts plastiques et le Frac Picardie, propose un panorama du rôle du médium dans les nouvelles technologies, de Henri Michaux à Pascal Convert.
La matérialité du dessin trace un autre axe fort. Patrick Heide Contemporary Art (Londres) invite Jonathan Callan, dont le travail inspecte les limites du langage. Nosbaum Reding (Luxembourg, Bruxelles) met à l’honneur David Schmitz et sa série Autonomie de la ligne, dans laquelle le trait devient un sujet pensant. Nathalie Obadia invite Sophie Kuijken, Nú Barreto et Jérôme Zonder dans un accrochage collectif. Richard Saltoun Gallery montre Samira Abbassy, dont le vocabulaire visuel fusionne les traditions européennes et iranopersanes. Semiose dévoile une série inédite de Pieter Jennes, entre peinture et collages composites. Claire Gastaud (Paris, Clermont-Ferrand) convie Delphine Gigoux-Martin, dont les créations, du papier à la tapisserie d’Aubusson, traitent des frontières entre beauté et menace.
Par ailleurs, Joana P. R. Neves attire l’attention sur des propositions en particulier. L’enseigne zurichoise annex14, primoparticipante, met en avant l’Égypto-Allemande Susan Hefuna, qui s’imprègne des mouvements dans la ville et superpose expressions culturelles et expériences personnelles à travers encre et papiers translucides. Tandis que 12 La Galerie, venant de Saint-Denis, à la Réunion, propose un portrait singulier de l’île : Juliette Dennemont et Emma Di Orio revisitent ses paysages et sa nature luxuriante, Kid Kréol & Boogie interrogent ses mythes, Stéphanie Hoareau ses histoires familiales, tandis que Chloé Robert s’intéresse à la place du vivant.
« La Foire affirme une conviction : le dessin n’est pas un territoire défini, il est un espace qui se déploie, se réinvente et se partage avec énergie », conclut Joana P. R. Neves.
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Drawing Now Paris, 26-29 mars 2026, Carreau du Temple, 4, rue Eugène-Spuller, 75003 Paris.




