L’artiste JR signe une œuvre spectaculaire de 120 mètres de long et près de 18 mètres de haut, en plein cœur de Paris, sur le Pont-Neuf. Avec ses allures de roches fragmentées, cette installation immersive attire déjà les passants, bien qu’elle ne soit pas encore accessible au public. D’immenses souffleries ont envoyé 20 000 m3 d’air pour gonfler les 19 000 m2 de toile, créant dès ce jeudi 21 mai une gigantesque caverne au-dessus de la Seine.
Cette nouvelle œuvre créée pour le Pont qui relie l’île de la Cité à la rive droite de Paris est un hommage à l’œuvre de Christo et Jeanne-Claude réalisée il y a 41 ans. Du 22 septembre au 5 octobre 1985, grâce à l’expertise de douze ingénieurs et de 300 ouvriers spécialisés, le plus vieux pont de Paris avait alors été enveloppé par les deux artistes dans 41 800 mètres carrés de tissu, sécurisés par 13 kilomètres de cordes et 12 tonnes de câbles d’acier.
L’objectif de JR est ici de proposer une œuvre immersive. Du 6 au 28 juin 2026, le public pourra pénétrer dans la caverne gratuitement, sept jours sur sept et 24 heures sur 24. « C’est une opération très complexe, qui mobilise au total 800 personnes », explique l’artiste. L’univers sonore à l’intérieur de l’œuvre a été délégué à Thomas Bangalter, ex-membre du duo musical électro Daft Punk. La toile, légère et très résistante, a été conçue par les artisans de l’équipe d’Air Toiles Concept, entreprise bretonne installée à Plougoumelen, dans le Morbihan. « Ce sera une traversée symbolique, une avancée vers l’inconnu, un voyage en soi. J’ai conçu le franchissement de la Caverne comme une expérience où le plein et le vide vivront en équilibre », explique l’artiste.
Financée par des mécènes privés et la vente des œuvres de JR, l’installation ne bénéficie d’aucun financement public et sera accessible gratuitement. L’artiste s’est inspiré des carrières d’où proviennent les pierres du pont, dans l’optique de mettre en valeur les origines de l’architecture historique de Paris. Mis en service en 1607, le Pont-Neuf a été le premier pont de Paris construit uniquement en pierre, abandonnant de fait les structures en bois. Il a été réalisé en calcaire lutétien, surnommé la « pierre de Paris », issu des carrières de la région parisienne et largement employé dans l’édification des grands monuments de la capitale. « Ma vision pour ce projet s’inspire à la fois du passé et du présent de ce pont emblématique, explique encore JR. Je suis admiratif de l’héritage artistique de Christo et Jeanne-Claude et je partage leur idée que l’art a pour mission de nous faire réfléchir, de nous interroger, quant à ce qui nous est familier. »




