La Biennale de Venise est depuis longtemps considérée comme un lieu de consécration. Chaque pays invite dans son pavillon un artiste dont la présence constitue l’apothéose de la carrière ou un jeune talent prometteur pour qui l’exposition vénitienne fait figure de vrai tremplin pour sa reconnaissance internationale. À titre d’exemple, la France a ainsi été représentée lors des dernières décennies aussi bien par César (en 1995, alors âgé de 74 ans) que par Pierre Huyghe (en 2001, à 39 ans), ou même Julien Creuzet (en 2024, à 37 ans). Les choix opérés pour les pavillons de cette édition 2026 de la Biennale de Venise semblent moins répondre à ces critères, les artistes invités ayant rarement le potentiel pour s’imposer comme des figures majeures de la scène internationale… Il en est un peu de même dans la grande exposition internationale, qui se déploie depuis 1999 à la fois dans le pavillon central des Giardini et dans l’Arsenale. En 2007, Robert Storr, commissaire de la 52e Exposition internationale d’art de la Biennale de Venise, avait convié l’un des plus grands artistes vivants à l’époque, Sigmar Polke, à exposer dès l’entrée une série de peintures monumentales réalisée spécialement. Ce cycle de neuf tableaux intitulé « Axial Age », conservé aujourd’hui dans la Pinault Collection, est d’ailleurs présenté jusqu’au 24 août 2026 à la Bourse de Commerce à Paris dans l’exposition « Clair-obscur ». Si le parcours 2026 du pavillon international débute par La figure tutélaire de l’art contemporain, Marcel Duchamp, avec notamment un exemplaire de La Boîte-en-valise, l’ambition de feu la commissaire Koyo Kouoh était justement de donner la parole à des voix moins proéminentes, un parti pris reflété par le titre choisi, « In Minor Keys » (En tonalités mineures).
De fait, ce n’est donc pas au Giardini et à l’Arsenale que sont exposés les artistes sur le devant de la scène internationale, mais dans les différentes manifestations collatérales qui se déploient partout dans Venise, souvent avec le soutien de leurs puissantes galeries. Lee Ufan expose au SMAC Venice (San Marco Art Centre) – en même temps qu’Alighiero Boetti –, Georg Baselitz est à l’honneur à la Fondazione Giorgio Cini avec son ultime série sur fond d’or, Marina Abramović invite les visiteurs à l’introspection à la Galerie de l’Académie, quand Shirin Neshat se penche sur le destin tragique de l’Iranienne-Américaine Nasim Aghdam, qui a attaqué le siège de YouTube en Californie en 2018 avant de se donner la mort… Ces expositions, mais aussi celles de Michael Armitage au Palazzo Grassi ou d’Arthur Jafa et Richard Prince à la Fondazione Prada, font résonner Venise en mode majeur.





