Dès sa fondation en 1999, Art Paris a souhaité s’adresser, par une gamme d’œuvres distincte, à un segment de marché plus large que l’ancienne Fiac (Foire internationale d’art contemporain), affirmant par ailleurs son orientation propre par une attention particulière portée à la scène française, ses galeries (plus de la moitié de celles qui y participent sont basées sur le territoire) comme ses artistes, sans pour autant négliger d’élargir le champ avec des éclairages sur la création de différentes régions du monde – la Suisse pour l’édition 2026.
Outre une section consacrée à des expositions monographiques et une autre, à la mise en avant des jeunes enseignes et de la création émergente, le comité organisateur a doté la foire d’une nouvelle spécificité en confiant, à partir de 2018, à des commissaires extérieurs la conception de parcours thématiques : une façon d’y faire apparaître des tendances certes, mais aussi d’y faire résonner certaines questions du moment.
Un accent sur la création hexagonale
Réaffirmant l’orientation de départ, le premier de ces parcours, élaboré par François Piron, avait proposé à l’époque « Un regard sur la création française », une réécriture de l’histoire portée à partir des marges ; Camille Morineau, Gaël Charbau, Hervé Mikaeloff, Alfred Pacquement, Marc Donnadieu, Éric de Chassey, Nicolas Tremblay, Numa Hambursin et Amélie Adamo ou encore Simon Lamunière lui ont succédé, et, pour cette édition, c'est au tour d’Alexia Fabre et de Loïc Le Gall de faire leur sélection, la première sur le thème de « La Réparation », le second pour le parcours « Babel – Art et langage en France ».
Seize des artistes que Loïc Le Gall, le directeur de Passerelle, le centre d’art contemporain de Brest, a choisis sont nommés au prix BNP Paribas Banque Privée – Un regard sur la scène française, qui est remis le 8 avril 2026 lors du vernissage d’Art Paris, parmi d’autres événements organisés par la banque, laquelle est, depuis 2022, la partenaire privilégiée de la manifestation. Il s’agit de la troisième édition de ce prix récompensant, d’une somme de 40 000 euros, le « parcours d’un artiste vivant de la scène hexagonale, sans distinction d’âge ni de notoriété ». Le ou la récipiendaire est désigné(e) par un jury composé de personnalités aux profils variés, mêlant des carrières menées dans le secteur privé et dans les institutions publiques. En 2026, en font partie, outre Loïc Le Gall, le commissaire invité, et Guillaume Piens, le commissaire général d’Art Paris : Floriane de Saint-Pierre (présidente des Amis du Centre Pompidou), Vera Michalski (présidente du groupe d’édition Libella et de la Fondation Jan Michalski), Christine Macel (conservatrice générale du patrimoine), Valérie Duponchelle (journaliste et critique d’art), Alfred Pacquement (commissaire indépendant) et Fabrice Bagne (directeur de BNP Paribas Banque Privée). Ce dernier y porte la voix des clients de la banque, appelés à voter sur la base de présentations des artistes faites à la fois par Loïc Le Gall et par Thomas Lévy-Lasne, lauréat du prix en 2025. Avec sa chaîne « Les Apparences », sur Twitch et YouTube, celui-ci explore les ressources d’autres circuits médiatiques pour la diffusion et la promotion de l’art contemporain.
Une sélection éclectique
Si Thomas Lévy-Lasne est un représentant notable de la peinture figurative qui rencontre à l’heure actuelle en France un engouement renouvelé, Nathalie du Pasquier, lauréate en 2024, œuvre, depuis la fondation du Groupe Memphis en 1981, à la croisée de la peinture et du design, dans une veine postmoderne, une abstraction passée au filtre du pop et des usages quotidiens Tant l’esthétique qu’ils déploient et leurs moyens d’expression que la génération à laquelle ils appartiennent les distinguent – elle est née en 1957, lui en 1980 –, ce qui témoigne de la volonté d’ouverture présidant à l’attribution du prix.

Joël Andrianomearisoa, The spring hope, the summer fires, the autumn of nostalgia and the winter of despair, 2024, encre et textile. © Studio Joël Andrianomearisoa. Courtesy d’Almine Rech
La sélection de cette édition la confirme encore, qui regroupe des artistes ayant pour la moitié d’entre eux plus de 50 ans, ce qui constitue un cap parfois difficile à négocier – Fabrice Hyber, Mireille Kassar, Tania Mouraud, MC Mitout, Julie Navarro, Anne-Marie Schneider, Ernest T., Fabienne Verdier –, et faisant partie pour le reste de générations plus jeunes : Juliette Agnel, Joël Andrianomearisoa, Léo Fourdrinier, Elias Kurdy, Sara Ouhaddou, Laure Prouvost, Luca Resta, Camille Tsvétoukhine. Tous sont présentés avec leur galerie – installée de longue date ou plus récemment créée –, l’idée du prix étant de promouvoir l’écosystème artistique dans son ensemble et de saluer, non seulement les artistes et leurs réalisations, mais aussi celles et ceux qui les accompagnent au long de leur parcours.
Indépendamment de leur âge, ils ne bénéficient pas tous de la même notoriété, voire visibilité, et la sélection dessine ainsi un échantillon varié des types de carrières possibles à l’heure actuelle, entre constance et longévité, ascension rapide et reconnaissance internationale, singularité affirmée et inscription dans des tendances déjà bien repérées. Lire les biographies respectives des nommés, c’est circuler à travers le maillage qui sous-tend et soutient la création en France, c’est en mesurer l’extension, la diversité et la vitalité : les différents lieux, établissements, systèmes et réseaux de formation ; les prix, les bourses, les résidences et autres distinctions qui favorisent les démarrages de carrière ; les galeries, les critiques, les commissaires qui assurent les fonctions de repérage ; les institutions de toute nature qui donnent à voir et mettent en récit ; les collections, privées et publiques, qui accueillent les œuvres dans la durée ; la participation aux grandes manifestations internationales qui assoient une réputation hors de nos frontières.
Autant de facteurs ayant contribué à mener les artistes jusqu’à cette participation à Art Paris et à la sélection pour le prix BNP Paribas Banque Privée – Un regard sur la scène française. Et ce, quelles que soient leurs formes d’expression – le dessin, la peinture figurative ou abstraite, la photographie, la sculpture, l’assemblage ou l’installation, le vitrail même – quel que soit aussi leur registre de prédilection, conceptuel, autobiographique ou gestuel, humoristique, narratif ou mythologisant. Le spectre est des plus larges, de même que sont plurielles les origines des artistes : d’où qu’ils viennent et résident sur le territoire, d’où qu’ils proviennent plus lointainement, de Madagascar au Liban, en passant par le Maroc, l’Italie ou la Syrie, qu’ils revisitent des formes culturellement situées ou souscrivent à un vocabulaire contemporain commun, leur réunion milite pour l’ouverture et les circulations en tous sens.
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Art Paris, 9-12 avril 2026, Grand Palais, 7, avenue Winston Churchill, 75008 Paris




