La neige est tombée sur les salles du Petit Palais, lequel poursuit son exploration des pays nordiques, lancée en 2014 par son ancien directeur Christophe Leribault, avec Carl Larsson, « L’imagier de la Suède ». C’est à présent le Finlandais Pekka Halonen (1865-1933) qui prend place dans les lieux, avec ses paysages floconneux, ses forêts de bouleaux émergeant de la neige rosissant sous le soleil hivernal et ses arbres immaculés devenus des formes abstraites cotonneuses. En finnois, à l’instar du japonais, il existe une infinité de mots pour désigner tous les états de la neige et de la glace, comme il est rappelé sur un mur de l’exposition.
La neige et l’hiver étaient familiers à Pekka Halonen, lequel vivait au cœur de la Finlande, en pleine nature. Il en avait fait un leitmotiv, passant maître dans sa représentation. Organisé en partenariat avec l’Ateneum Art Museum, à Helsinki, ce parcours chronothématique à la scénographie élégante ne se cantonne pas à ce seul aspect de la production de l’artiste. Tout comme ses compatriotes Albert Edelfelt (montré au Petit Palais en 2022) ou Akseli Gallen-Kallela (au musée Jacquemart-André, à Paris, la même année), Pekka Halonen fait partie de ce momentum de l’art finlandais où se croisent exaltation de la nature et du paysage et affirmation nationale. C’est cette double clé de lecture que livre la rétrospective, la première de l’artiste en France, à travers quelque 120 œuvres, de la fin des années 1880 aux années 1930.
Aux racines de la Finlande
Comme nombre de ses confrères des pays nordiques, Pekka Halonen part se former à Paris dans les années 1890. Il y étudie la peinture à l’huile dans plusieurs académies (Julian, Colarossi et Vitti). C’est là qu’il rencontre Paul Gauguin, revenu de Tahiti, et devient son élève. Faut-il parler d’influence directe ? Si l’exposition n’approfondit guère le sujet, proposant quelques tableaux du Français aux côtés de ceux du Finlandais, la spécialiste Ingrid Fersing, dans le catalogue (Paris Musées, 2025), souligne l’exemple de liberté artistique et d’affranchissement donné par Paul Gauguin ainsi que les visites dans l’atelier de ce dernier, où Pekka Halonen peut observer des œuvres de Paul Cezanne, de Vincent van Gogh ou encore des estampes japonaises. Marqué par le présymbolisme de Pierre Puvis de Chavanne et par le naturalisme de Jules Bastien-Lepage, le peintre finlandais navigue entre ces eaux multiples, évoluant dans les années 1900-1910 vers un certain synthétisme et une touche bien plus libre (Lessive sur la glace, 1900).
L’œuvre de Pekka Halonen, irriguée par son amour pour sa patrie et pour la vie familiale en retrait de la ville, chante l’âme finlandaise et une nature préservée. L’enfance, en particulier, y est décrite avec une grande finesse, traduisant l’intériorité des personnages, le cours d’eau à traverser sur des planches pour atteindre l’autre rive, les silences des parents et de leur fils adolescent d’Un dimanche à la ferme (1894)... Pekka Halonen se tourne aussi vers la musique, faisant les portraits de son jeune frère, violoniste réputé, ou de vénérables joueuses de kantele, un instrument à cordes pincées pratiqué en Carélie, région historique aujourd’hui partagée avec la Russie. Cette revendication des racines de la Finlande, alors grand-duché russe, s’affirme à travers le Pavillon finlandais de l’Exposition universelle de 1900, à Paris, où plusieurs toiles de Pekka Halonen sont accrochées. Faut-il dès lors percevoir dans ses nombreuses représentations de la fonte des neiges une allusion peut-être inconsciente à un futur printemps de la Finlande ?
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« Pekka Halonen. Un hymne à la Finlande », du 4 novembre 2025 au 22 février 2026, Petit Palais, avenue Winston-Churchill, 75008 Paris.




