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Palimpseste à Metz

La brillante programmation du Centre Pompidou-Metz place la question des relations hypertextuelles entre les œuvres au cœur de deux expositions complémentaires.

Chronique par Martin Bethenod
3 octobre 2025
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Vue de l’exposition « Dimanche sans fin », Centre Pompidou-Metz, 2025. De gauche à droite : Maurizio Cattelan, Shadow, 2023; Niki de Saint Phalle, Maman, 1971; Alberto Giacometti, La Mère de l’artiste, 1951; Julio González, La Mère de l’artiste, vers 1923-1926. Courtesy Maurizio Cattelan’s Archive; © 2025 Niki Charitable Art Foundation; © Succession Alberto Giacometti; © Centre Pompidou-Metz/Marc Domage

Vue de l’exposition « Dimanche sans fin », Centre Pompidou-Metz, 2025. De gauche à droite : Maurizio Cattelan, Shadow, 2023; Niki de Saint Phalle, Maman, 1971; Alberto Giacometti, La Mère de l’artiste, 1951; Julio González, La Mère de l’artiste, vers 1923-1926. Courtesy Maurizio Cattelan’s Archive; © 2025 Niki Charitable Art Foundation; © Succession Alberto Giacometti; © Centre Pompidou-Metz/Marc Domage

Un palimpseste est un parchemin où l’on observe « un texte se substituer à un autre qu’il ne dissimule pas tout à fait, mais qu’il laisse voir par transparence ». C’est aussi, depuis le livre fondateur du critique et théoricien de la littérature Gérard Genette*1, le symbole de la manière dont les œuvres se copient, se com-mentent, se contiennent les unes les autres.

« Copistes » s’inscrit dans la lignée des projets « génératifs » de l’art conceptuel américain des années 1960 et, plus directement, de ceux conçus à partir des années 1990 par Hans Ulrich Obrist, qui reposent sur le principe de l’invitation faite à un groupe d’artistes de réaliser une œuvre selon un même protocole. Il s’agit ici de copier une œuvre du musée du Louvre, et la liste des artistes sollicités dose subtilement l’incontournable et le paradoxal.

Nombre des « copistes » rassemblés par Chiara Parisi et Donatien Grau ont pris le parti de la fidélité – comme Laura Owens, Jill Mulleady, Lucas Arruda –, de la modestie – Gaëlle Choisne, Christine Safa, Nathalie du Pasquier, Rosa Barba – ou de l’affirmation du statut d’instrument de travail de leurs propositions, tels les carnets d’esquisses de Paul McCarthy. Cela leur permet d’éviter les écueils, moins bien négociés par d’autres, de l’embarras – dispositifs compliqués, cartels précautionneux – ou de la facilité du procédé signature – Carsten Höller et ses pilules, Jeff Koons et ses boules réfléchissantes, Claire Fontaine et ses briques… Bien plus que la qualité de chaque réalisation, qui semble obéir au principe de Robert Filliou selon lequel « il est équivalent qu’une œuvre soit bien faite, mal faite ou pas faite », ce qui compte, c’est la dynamique collective, l’énergie communicative, l’effet de soufle ; et le plaisir de l’essai, de l’expérimentation, du jeu sérieux.

« Une fonction nouvelle se superpose et s’enchevêtre à une structure ancienne, et la dissonance entre ces deux éléments coprésents donne sa saveur à l’ensemble. »

DES RÉSONANCES À L’INFINI

Avec « Dimanche sans fin », Maurizio Cattelan fait dialoguer ses pièces (privilégiant opportunément les plus radicales et les moins attendues) avec un très riche ensemble de la collection du musée national d’Art moderne. L’exposition se prête, elle aussi, à la « lecture palimpsestueuse », comme d’ailleurs l’intégralité de l’œuvre de l’artiste, lequel ne cesse depuis ses débuts de commenter l’histoire de l’art, notamment italien, à travers diverses pratiques, depuis la copie – la réplique miniature de la chapelle Sixtine en 2018 – jusqu’à la parodie, la citation, l’allusion… Ce jeu où « une fonction nouvelle se superpose et s’enchevêtre à une structure ancienne, et la dissonance entre ces deux éléments coprésents donne sa saveur à l’ensemble », pour citer à nouveau Gérard Genette, se poursuit à Metz. De manière explicite – Untitled (Zorro) parodiant Lucio Fontana –, semi-explicite – la banane de Comedian, écho de la laitue Sans titre (1968) de Giovanni Anselmo – ou allusive – Piero Manzoni (l’œuf), Gino De Dominicis (les squelettes), Luciano Fabro (la botte), Rudolf Stingel (les surfaces dorées)…

Et surtout, Maurizio Cattelan entre dans un jeu d’autocitation vertigineux : le clochard de 2025 répond à ceux de 1996, la dame dans le réfrigérateur de Shadow (2025) fait écho à celle de 1999. L’artiste rejoue ses œuvres à l’infini, en change le mode de présentation (Daddy, Daddy, 2008) et en reformule la configuration, le titre et le statut (Kaputt, 2013). Il les inscrit, enrichies à chaque itération de sens et de plaisirs nouveaux, dans une grande boucle, où le temps s’abolit. C’est le « dimanche de la vie ».

*1 Gérard Genette, Palimpsestes. La Littérature au second degré, Paris, Le Seuil, 1982.
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« Copistes », 14 juin 2025 - 2 février 2026, et « Dimanche sans fin », 8 mai 2025 - 2 février 2027, Centre Pompidou-Metz, 1, parvis des Droits-de-l’Homme, 57020 Metz.

ChroniqueExpositionsCentre Pompidou-MetzMaurizio CattelanGérard GenetteArt ContemporainChiara ParisiDonatien Grau
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