Comment est née votre collection ?
Je suis né dans un milieu où l’art n’était pas présent. En terminale, je me suis lié
d’amitié avec un camarade, Frank, qui est resté un ami. Ses parents étaient viticulteurs négociants, dans le Beaujolais. Chez eux, dans leur grande maison, on croisait des artistes dont certains faisaient des étiquettes pour les nouvelles cuvées, à la façon de Mouton Rothschild. Il y avait des tableaux et des sculptures partout. Je me suis alors aperçu que j’avais une attirance pour ces objets, pour ce monde-là. En week-end ou en balade, on allait toujours voir une galerie, une exposition. Et un jour, vers 22-23 ans, j’ai eu envie d’acheter quelque chose. J’ai commencé timidement, car je n’avais pas beaucoup de repères ni de moyens, par des dessins et ensuite des peintures. Et puis je me suis intéressé à la photo. À chaque fois, c’était un pas. Avec la sculpture, j’ai mis du temps à trouver mes marques mais c’est maintenant un domaine que j’aime beaucoup. Petit à petit, on se fait un œil et on se familiarise avec le milieu artistique. On comprend que c’est aussi un marché. C’est très intéressant.
Est-ce qu’il y a des axes prédéfinis dans votre collection ?
Non, j’ai des œuvres très diverses. Et je serais bien incapable de dire, même avec le recul, quel est leur point commun. Je n’ai jamais rien revendu, je ne suis pas intéressé par l’idée de placement financier. Je regarde mes premières acquisitions, qui me plaisent encore, avec émotion. Je suis guidé dans mes choix par la spontanéité, même si je m’accorde aujourd’hui davantage de temps de réflexion, pour éviter l’achat compulsif ! Et comme je suis en quelque sorte un collectionneur autodidacte, je n’ai pas de barrière. J’écoute les uns et les autres puis je me fais une opinion.
Quel est votre dernier coup de cœur ?
C’est un tableau de George Rouy [représenté depuis 2024 par Hauser & Wirth, en collaboration avec Hannah Barry Gallery, NDLR]. Il est Anglais et est âgé de 32 ans. Je l’ai découvert il y a quelques années à la foire ARCOmadrid. J’avais repéré l’une de ses toiles d’assez loin, sur un stand de la foire – il peint des grands formats. Mais elle était déjà vendue. Il m’a fallu du temps pour acquérir d’autres œuvres. La toile que je viens d’acheter n’est pas la première que j’ai de lui. J’ai tendance à réunir des ensembles d’un même artiste, ce qui n’est pas toujours facile d’ailleurs. C’est par exemple le cas de Guillaume Bresson, que j’aime beaucoup, ou d’Andres Serrano, qui a une belle évolution.
Quels sont vos projets autour de cette collection ?
J’ai créé un espace d’exposition, entièrement souterrain et en béton, dans ma propriété à Lyon. J’ai imaginé un parcours, une déambulation autour de pièces de ma collection. Le lieu va être agrandi pour élargir ce parcours. Il pourra être ouvert au public, à certaines occasions et de manière ponctuelle. Il est aussi fait pour accueillir d’autres œuvres que les miennes. Par exemple, en septembre, pendant la Biennale de Lyon, six galeries invitées par Manifesta* y ont exposé. J’ai un autre projet, avec Jacquet Metals, la société que je possède et que je dirige. J’envisage de créer un prix parce que je trouve intéressant de permettre à des artistes émergents d’exister – puisqu’un prix, c’est de la visibilité et de l’argent. Je réfléchis à rassembler un jury.
Qu’attendez-vous de cette nouvelle édition d’Art Basel Paris ?
Il y a encore de belles œuvres prévues cette année. C’est très excitant d’arriver dans une foire, en ayant déjà repéré des pièces, et de les découvrir en vrai. Depuis plusieurs éditions, il y a une montée en puissance d’Art Basel Paris. C’est un événement d’une qualité exceptionnelle. Et c’est très bien que l’organisation déploie sur plusieurs jours les previews, cela permet d’être un peu plus détendu !
Comment définiriez-vous le rôle joué aujourd’hui par Paris sur la scène artistique internationale ?
Paris avait un peu perdu pied. Mais je pense qu’elle a retrouvé, non seulement avec les foires, mais aussi avec les fondations, les musées, les centres d’art, une très belle place. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de collectionneurs étrangers qui achètent à Paris. Mais, je ne sais pas s’il y a autant de Français, ce qui est dommage pour les collections françaises. Pour moi, Art Basel Paris est devenue LA foire. Elle réunit tant de galeries de qualité, dont de nombreuses enseignes françaises qui rayonnent aussi à l’étranger !




