Du 16 au 25 octobre 2026, avec une prolongation au 3 janvier 2027 pour certaines propositions, le programme public – autrement dit le hors-les-murs d’Art Basel Paris – se déroule dans huit lieux patrimoniaux à travers la ville. Au-delà du Grand Palais, la Foire d’art moderne et contemporain irrigue ainsi la capitale de multiples voix créatrices.
DES PÉRÉGRINATIONS D’UNE RIVE À L’AUTRE
Grande nouveauté de cette édition, le hors-les-murs s’étend jusqu’au Trocadéro (16e arrondissement). À la Cité de l’architecture et du patrimoine, l’Américaine Kennedy Yanko, sous le commissariat de Matthieu Poirier, place ses assemblages de métal récupéré et de peaux de peinture aux entrées des édifices religieux reconstitués de la galerie Carlu. En dialoguant avec les moulages de la sculpture monumentale française, elle révèle ainsi ce que celle-ci dissimule d’ordinaire : l’armature, l’envers du chef-d’œuvre. C’est aussi sur le parvis des Droits-de-l’Homme que trois imposantes sculptures de Tracey Emin, prennent place, grâce au concours de sa galerie White Cube, avec un panorama imprenable sur la tour Eiffel.
Dans le cadre d’une cinquième collaboration de la Foire avec les Beaux-Arts de Paris, la chapelle des Petits-Augustins (6e arr.) accueille Küba (2004) de Kutluğ Ataman (représenté par Niru Ratnam, Londres) : quarante téléviseurs à tube cathodique, quarante fauteuils dépareillés, quarante voix d’un quartier périphérique d’Istanbul. Sans hiérarchie, l’installation transforme l’édifice en espace où la mémoire collective se dépose sans se figer. Troisième rendez-vous au Petit Palais (8e arr.) : l’institution reçoit The Beaux (2026) de Cosima von Bonin (Petzel Gallery, New York ; House of Gaga, Mexico ; Galerie Neu, Berlin). Conçue pour un défilé automne-hiver, cette ménagerie de peluches géantes en velours et mohair perturbe, avec un humour sec, les codes du musée. La même institution accueille de plus une grande exposition de Prune Nourry, intitulée « Visionnaires » (20 octobre 2026-24 janvier 2027), mettant l’accent sur les femmes sculptrices des collections.
Devant ce bâtiment, l’avenue Winston-Churchill est transformée en galerie à ciel ouvert. Marcello Maloberti (Galleria Raffaella Cortese, Milan) y hisse à 20 mètres un néon inversé composant le mot « ciel », antimonument que seul le zénith peut lire. Yinka Shonibare (Mennour, Paris) y décline ses Abstract Bronzes en étoffes légères peintes de motifs wax. Carmen Herrera (Lisson Gallery, Londres, New York…) montre sa première Estructura conçue en trente ans. Manfred Pernice (Anton Kern Gallery, New York) aligne quatre bancs de béton, entre mobilier urbain et vestiges de chantier. Alicja Kwade (Mennour) empile des sphères de pierres du monde entier en écho fragile à la tour de Babel. Keita Miyazaki (Rosenfeld, Londres ; Maho Kubota Gallery, Tokyo ; Piero Atchugarry Gallery, Garzón, Miami, Manantiales) fond sculpture et architecture en une forme organique. De son côté, Simone Fattal (Karma International, Zurich) y installe Door (2024), porte de bronze fracturée, en résonance avec sa rétrospective au musée d’Art moderne de Paris (« Des villes au fond d’un lac », 18 septembre 2026-24 janvier 2027). Niki de Saint Phalle referme la promenade avec Cat Head Totem (2000 ; galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, Paris).
Miu Miu installe une politique culturelle continue, où le vêtement s’efface derrière l’image et la voix données aux artistes.
Aux abords immédiats du Grand Palais – une autre nouveauté de cette édition en l’absence d’événement aux Tuileries –, le jardin de la Nouvelle-France accueille les paratonnerres de Boz Deseo Garden (Petrine, Paris, Düsseldorf), véritables contre-monuments face aux bustes de Jacques Cartier et Samuel Champlain. Ceux-ci ont été coulés dans un paratonnerre récupéré dans le canal de Bristol, ancien site de la traite négrière. Place Clemenceau, le LOVE Wall (1966-1968) de Robert Indiana (Almine Rech, Paris, Bruxelles, Londres, New York) ramène le mot de l’art américain contemporain sans doute le plus reproduit au cœur de Paris. Square Jean-Perrin, enfin, les bronzes de Lionel Sabatté (Ceysson & Bénétière, Saint-Étienne, Tokyo, Genève…) accompagnent l’ouverture d’une nouvelle entrée de la Foire.
MIU MIU INVITE ALICE DIOP
Non loin de là, c’est au palais d’Iéna (16e arr.), siège du Conseil économique, social et environnemental et scène des défilés Miu Miu, que se joue un événement attendu. Pour la troisième année, la griffe italienne est partenaire oficiel du programme public. Après Tales and Tellers de Goshka Macuga en 2024 et 30 Blizzards d’Helen Marten en 2025. Miuccia Prada a invité la cinéaste Alice Diop – césarisée pour Saint Omer (2022), primée à Berlin et Venise – pour sa première incursion dans le médium exposition : Geste de consolation. Prolongeant Fragments for Venus (2025), son film pour Miu Miu Women’s Tales, Alice Diop y interroge le regard fétichisant porté sur les femmes noires et les gestes de réparation que des artistes leur opposent.
Le parcours s’ouvre sur une photographie de Zanele Muholi et se poursuit avec une installation vidéo d’Alice Diop mêlant archives et images violentes. Vient « Chambre à soi », salon-bibliothèque tapissé d’un motif de Mary Lee Bendolph, où les livres ayant formé la cinéaste dessinent le portrait d’une pensée noire contemporaine. La bibliothèque cède la place à une arène où des textes de Zora Neale Hurston, Audre Lorde ou Zadie Smith sont dits par Penda Diouf ou Latifa Laabissi, avant les chorégraphies de Nadia Beugré et les concerts d’Angel Bat Dawid. Le parcours s’achève devant Sentinel (Mami Wata) (2020-2021), bronze de 5 mètres signé Simone Leigh, gardienne silencieuse d’un espace pensé comme un long travelling entre les corps.
Pour Art Basel Paris, c’est la garantie d’un geste fort, au moment où la Foire cherche à ancrer sa présence dans la ville, chaque automne, au-delà de la seule verrière du Grand Palais.



