Le parquet de Clermont-Ferrand a fait savoir qu’une couverture de grande valeur d’un livre, créée par Salvador Dalí, a été dérobée. Le Livre de l’Apocalypse était exposé au centre d’art contemporain C. Karoutzos, à Issoire (Puy-de-Dôme), où le vol s'est produit dans la nuit du 4 au 5 octobre.
Réalisée entre 1958 et 1961 par l’artiste surréaliste à la demande de l’éditeur d’art Joseph Forêt, cette couverture sculptée en bronze ornée d’or, de pierres précieuses, de perles et de coquillages constituait l’écrin de parchemins où le texte de saint Jean, écrit en 97 sur l’île de Patmos, en Grèce, est illustré par sept peintres et autant d'écrivains, parmi lesquels Jean Cocteau, Jean Giono, Ersnt Jünger, Léonard Tsuguharu Foujita, Leonor Fini, Georges Mathieu ou Bernard Buffet. À elle seule, cette pièce d’art réalisée à la cire perdue pèse 150 kg.
L’ouvrage exceptionnel, exposé dans le monde entier, est passé par la Suisse, puis par le Japon, avant d’être acquis en 2003 par son actuel propriétaire, Christian Karoutzos. Sculpteur, peintre, éditeur, compositeur et poète, ce dernier dirige une société de restauration d’œuvres d’art à Issoire, où il a ouvert un centre d’art contemporain en 2010.
Évaluée lors de sa création à 2 millions de francs (près de 305 000 euros), cette édition originale de L'Apocalypse était alors considérée comme le livre le plus cher du monde. « C’est une œuvre cathédrale, magistrale, unique, a confié Christian Karoutzos à ICI Pays d’Auvergne. On a assassiné le patrimoine français. » L’enquête a été confiée à la brigade de recherches de la gendarmerie de Clermont-Ferrand.
Ce vol est le dernier épisode en date d’une série noire qui touche les musées français depuis le cambriolage spectaculaire des joyaux de la Couronne au Louvre le 19 octobre 2025. Le musée national Adrien-Dubouché à Limoges (Haute-Vienne), le muséum national d’histoire naturelle et le musée Cognacq-Jay à Paris, le musée du président Jacques-Chirac à Sarran (Corrèze), et le musée Lalique à Wingen-sur-Moder (Bas-Rhin) ont aussi été ciblés.
Plus récemment, plusieurs autres établissements ont été victimes d’effractions. Au musée du Pays châtillonnais, à Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or), un torque en or de la princesse de Vix, chef-d’œuvre de l’orfèvrerie celte vieux de 2 500 ans, a été subtilisé en plein jour, le 24 juillet. À Cagnes-sur-mer (Alpes-Maritimes), le 8 septembre, quatre tableaux d’Auguste Renoir ont été dérobés dans son musée – dont deux, abandonnés par les malfaiteurs dans leur fuite. Le butin est estimé à 9 millions d’euros. Le 4 octobre, le musée Nissim de Camondo, à Paris, a échappé de peu à une tentative de vol. Le cambrioleur a été mis en échec par le système d’alarme.
Alors que le casse du Louvre a jeté une lumière crue sur la vulnérabilité des musées et des lieux conservant des collections patrimoniales face à de nouveaux modes opératoires, le ministère de la Culture a proposé un plan d’action de 33 mesures pour une culture renforcée du risque, prenant notamment en compte les conclusions de commissions d’enquête à l’Assemblée nationale et au Sénat.




