Née en 1992, Josèfa Ntjam développe une pratique pluridisciplinaire où se croisent sculpture, photomontage, film, performance, écriture et création sonore. Puisant dans les archives photographiques, les sciences naturelles, Internet, les mythologies africaines ou la science-fiction, l’artiste française procède par assemblage pour déconstruire les récits dominants de l’histoire, de l’identité et des origines. À ces narrations imposées, elle oppose des mondes hybrides, peuplés de figures chimériques et d’espaces aquatiques ou cosmiques, où mémoire historique et spécu-lation se répondent. Une manière de réinvestir les zones lacunaires de l’histoire pour y faire émerger d’autres généalogies.
Pour le prix Marcel-Duchamp, Josèfa Ntjam déploie une installation immersive constituée d’un film d’animation de 26 minutes, MBindi, et d’un ensemble de six sculptures sonores intitulé Cœur ancestral. Les deux œuvres ont été pensées comme un même environnement : lorsque le film se tait, les sculptures prennent le relais, grâce à des transducteurs placés à l’intérieur de leurs corps creux qui les transforment en caisses de résonance. Inspirées entre autres de jarres rituelles du pays Bassa, au Cameroun, leurs formes composites combinent références végétales, animales et planctoniques, tandis que les sons qu’elles diffusent entremêlent chants polyphoniques africains et compositions de l’artiste.
Cette circulation du son répond à celle des récits qui traversent MBindi. Son personnage éponyme, être chimérique engagé dans une quête initiatique, cherche à transmettre des histoires enfouies et à rendre une mémoire à ceux qui en ont été privés. Le film convoque ainsi Drexciya, duo techno de Detroit (Michigan) qui imagina un royaume sous-marin peuplé des enfants à naître de femmes africaines enceintes jetées par-dessus bord durant la traite esclavagiste, mais aussi Mami Wata, divinité aquatique principalement associée à la guérison et à la protection. À ces mythologies s’entrelacent des épisodes de l’histoire coloniale et postcoloniale, notamment les luttes et violences liées à la guerre d’indépendance du Cameroun (1955-1971), déjà présentes dans l’œuvre de l’artiste. Archives, animation et fiction façonnent ainsi un paysage sous-marin mouvant, pensé comme un réservoir de récits fragmentaires. L’océan devient moins un décor qu’un espace de transmission, où les mémoires empêchées peuvent reprendre forme, circuler et se recomposer.
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Prix Marcel-Duchamp 2026, 2 octobre 2026-7 février 2027, musée d’Art moderne de Paris, 11, avenue du Président-Wilson, 75016 Paris.




