David Brognon (né en 1978) et Stéphanie Rollin (née en 1980) forment Brognon Rollin, duo actif depuis la fin des années 2000. Le temps est le terme central de leur œuvre – le temps comme marchandise, le temps aliénant, la relativité du temps, le temps suspendu, l’attente, l’espace-temps, etc. –, recelant une multitude d’histoires réelles ou fantasmées, d’anecdotes, de faits et de symboles à explorer. Leur travail pluridisciplinaire se caractérise en outre par une esthétique minimaliste presque froide, reflet de l’inspiration à la fois conceptuelle et punk du duo.
Dans le cadre du prix Marcel-Duchamp, Brognon Rollin a conçu une exposition intitulée « 5 376 années, 1 892 mois, 1 110 jours, 1 201 heures ». Elle commence dans un couloir éclairé par trois lampes de faible intensité. Celles-ci sont connectées à une femme dont on ignore tout, si ce n’est, précisent les artistes, qu’elle s’appelle Kate et qu’elle est « sobre depuis huit ans ». Dès que Kate ressent une émotion, de manque ou de joie, liée à l’abstinence, elle actionne à distance les veilleuses dont la lumière palpite alors comme un battement de cœur, « comme un signal au monde ». L’émotion peut se matérialiser à tout instant et engager l’empathie des spectateurs.
Le public pénètre ensuite dans une salle obscure. Brognon Rollin y poursuit ses recherches sur le temps avec un objet d’apparence modeste, le jeton de sobriété. À travers le monde, dans les groupes de parole non seulement des Alcooliques anonymes, mais aussi des Joueurs anonymes, des Cocaïnomanes anonymes ou encore des Dépendants affectifs et sexuels anonymes, sont distribuées de petites médailles (certaines en plastique, d’autres en bois ou en métal émaillé) qui célèbrent selon les cas vingt-quatre heures, une semaine, un mois, un an, dix ans d’abstinence. Rachetés à leurs anciens propriétaires, parfois à leurs descendants, ou prêtés spécialement pour l’exposition, et donc toujours chargés de « leur pouvoir magique », ces jetons représentent les victoires intimes de personnes luttant contre leurs addictions. Ils rappellent également que, dans ce combat, chaque jour est un nouveau jour – « Each day at a time » (Un jour à la fois) peut-on souvent lire sur une de leurs faces. Ils forment, ainsi accumulés par Brognon Rollin, « une collection de temps », principe qui inspire son titre à la manifestation.
Pour exposer cette collection singulière, les artistes ont imaginé ce qu’ils appellent des « sculptures temporelles ». Ils empruntent le dispositif des machines pousse-pièces utilisées dans les fêtes foraines et les salles d’arcade pour créer quatre automates en inox, aux lignes cliniques. Chacun d’eux est programmé pour se mettre en mouvement pendant une durée spécifique, générant ainsi « une tension permanente ». L’ensemble de ces œuvres, enfin, est accompagné de cartels rédigés par les artistes : « Il est très important pour nous de donner le contexte, de manière simple et synthétique. Nous sommes très soucieux de l’idée de partage, nous ne voulons pas laisser des gens au bord du chemin. » Une approche aussi sensible que louable.
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Prix Marcel-Duchamp 2026, 2 octobre 2026-7 février 2027, musée d’Art moderne de Paris, 11, avenue du Président-Wilson, 75016 Paris.




