Doter Casablanca d’un musée de la Photographie est un projet qui remonte à une quinzaine d’années. Le photographe Touhami Ennadre, originaire de la ville, ambitionne d’offrir aux enfants de la médina un lieu pédagogique dédié à ce médium. Le terrain de l’ancien fondouk (caravansérail) Labbadi datant du XIXe siècle est alors choisi et confié pour sa rénovation à l’architecte japonais Tadao Andō. Absent lors de l’inauguration, celui-ci précisait ses intentions dans une note mentionnée à l’entrée du musée : « Le mur vieilli existant le long de la rue principale sera protégé derrière un mur de verre tourné vers l’avenir. Tout en restaurant et en préservant les vestiges du passé, un espace multimédia avec un grand puits de lumière coulissant sera nouvellement créé dans la cour centrale, tout en maintenant les caractéristiques architecturales inaugurales. »
Dynamiser la médina
Cette rénovation s’insère plus largement dans un vaste programme de réhabilitation du quartier lancé par l’État marocain, comme le confie Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées : « L’ancienne médina occupe une place centrale dans la dynamique de la ville, à la fois par sa richesse culturelle, son importance historique et son rôle économique. Elle constitue un espace vivant, porteur d’histoire et de continuité urbaine. Ce musée s’inscrit donc parmi les grands projets architecturaux du Royaume. » Si, par réseaux sociaux interposés, le photographe Touhami Ennadre – dont l’exposition « Qasida noire » fut présentée en 2022 à Rabat, au musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain – en revendique la paternité, ce sont bien les pouvoirs publics qui ont financé ce site s’élevant sur trois étages et une superficie d’environ 900 m². « Les principaux bailleurs de fonds sont les ministères de l’Intérieur et de la Culture, la wilaya [collectivité territoriale] de la région Casablanca-Settat et l’agence urbaine de Casablanca, rappelle Mehdi Qotbi. La Fondation nationale des musées, en tant qu’institution publique, est intervenue dans la phase finale du projet afin d’assurer la gestion et l’animation de ce lieu d’exception.»

Vue de l’exposition «Casa», musée de la Photographie et des Art visuels, Casablanca, 2026. © Fondation nationale des musées
Casablanca au centre
Pour sa constitution, l’institution s’est appuyée sur un comité scientifique composé des photographes Khalil Nemmaoui et Daoud Aoulad-Syad, du conservateur du musée de la Photographie de Rabat Soufiane Er-Rahoui, de la galeriste Nathalie Locatelli et du chef du département des Musées nationaux Abdelaziz El Idrissi. Non encore doté d’une équipe de direction pérenne, l’espace ambitionne de présenter, aux côtés d’un parcours permanent, des expositions temporaires et différentes activités à destination du public local. « L’infrastructure du bâtiment et ses possibilités en feraient un musée-école idéal, mais aussi un laboratoire de recherche et mieux encore un laboratoire professionnel, un lieu de formation aux métiers techniques (photographe, tireur, encadreur, graphiste), répondant aux besoins des chercheurs », précise Nathalie Locatelli, commissaire, avec Soufiane Er-Rahoui, de l’exposition inaugurale intitulée « Casa ». « Je pense qu’une institution de ce calibre, c’est également un espace qui transmet, renchérit Khalil Nemmaoui. Il est donc essentiel d’y intégrer un volet dédié à la formation des jeunes sous forme d’ateliers, de rencontres avec des photographes, d’initiation au regard et aux pratiques contemporaines de l’image. »
Pour cette première exposition, les commissaires ont choisi de réunir aussi bien des photographes, marocains qu’étrangers, ayant un lien avec la ville, toutes générations confondues. Sont ainsi présentées les premières vues réalisées par Gabriel Veyre, ancien opérateur des frères Lumière, qui initia, au début du XXe siècle, le sultan Moulay Abdelaziz à ce médium, considéré dès lors comme le premier photographe marocain. Les travaux des premiers studios du pays (le studio Jauson et le studio impérial d’El Almi) sont confrontés à des portraits plus contemporains de Mehdy Mariouch ou de Karim Chater. Plusieurs sections – « Casablanca, ville des passages », « Casablanca, territoires de récits » ou « Casablanca, scènes urbaines » – racontent une histoire somme toute récente, liée à l’expérience du protectorat français, et faite de transformations successives et d’une course effrénée vers les signes extérieurs de la modernité, dont témoigne l’essor d’une photographie urbaine incarnée par Yoriyas.
Mais sans doute est-ce la partie « Émancipation du regard de l’autre et affirmation de soi » qui retient le plus l’attention. Proposant un œil exclusivement féminin, cette section expose la série Bousbir (2018) de Fatima Mazmouz, consacrée aux archives coloniales d’un quartier de prostitution situé dans un ancien camp militaire. L’artiste revisite ces cartes postales en y insérant une trame constituée d’images presque pixellisées d’utérus malades et de vulves. Une façon pour elle de « cimenter un corps mémoire à la ville de Casablanca ouvrant la voie à la résilience».
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« Casa », depuis le 23 juin 2026 (date de fin indéterminée), musée de la Photographie et des Arts visuels, 68, rue de Larache, ancienne médina, Casablanca 20250.




