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Mohamed Fariji
Reportage

Un musée collectif pour Casablanca

Depuis dix ans, l’association L’Atelier de l’Observatoire, à Casablanca, œuvre pour la création d’un Musée collectif et citoyen. Une ambition semée d’embûches.

Olivier Rachet
27 octobre 2022
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Les containers du Musée collectif dans le parc de la Ligue arabe, Casablanca, 2022. Courtesy L’Atelier de l’Observatoire

Les containers du Musée collectif dans le parc de la Ligue arabe, Casablanca, 2022. Courtesy L’Atelier de l’Observatoire


Au premier semestre 2022, les Casablancais ont pu découvrir, dans un parc de la Ligue arabe entièrement rénové, deux containers exposant le projet de Musée collectif lancé par l’artiste activiste Mohamed Fariji et la chercheuse indépendante Léa Morin, cofondateurs de L’Atelier de l’Observatoire. Mis à disposition par la société Casa Patrimoine initialement jusqu’à la fin de l’année, les containers ont été brusquement confisqués en juillet, à l’issue d’un préavis non motivé d’un mois.

Un musée citoyen
Tout avait pourtant bien commencé. Une première exposition fin 2021, « Il était une fois le parc Yasmina », avait redonné une seconde vie à quelques pièces emblématiques du parc d’attractions, collectées in extremis par Mohamed Fariji lors de sa fermeture. Tout est là, dans ce geste habité par l’urgence de sauver des bribes d’un patrimoine menacé
de disparition. La première action ayant préfiguré ce projet concernait,
en 2014, la sauvegarde de l’aquarium de Casablanca, fermé depuis les années 1980. Situé aujourd’hui sous la mosquée Hassan-II, le bâtiment construit dans les années 1960 est devenu pour l’artiste militant le fer
de lance d’un combat collectif. « Le projet de l’aquarium était le début de la proposition de Musée collectif, explique-t-il. Projet qui consiste aussi à réactiver des lieux et des espaces abandonnés de la ville, à travers des collectes citoyennes. » Présentée à la galerie Fatma Jellal, l’exposition
« L’Aquarium imaginaire », mêlant des archives collectives et des installations fictives créées par l’artiste, en avait pérennisé l’aventure. « Le projet de Musée collectif, poursuit-il, est aussi une œuvre globale, qui nous conduit à réfléchir à la notion même d’œuvre d’art et à la possibilité de créer un musée hors les murs. »
Pour une ville qui compte plus de 4 millions d’habitants, le manque d’infrastructures muséales est des plus criants. En dehors du musée de la Fondation Abderrahman Slaoui, de Dar Al Ala consacré aux musiques andalouses, du musée du Judaïsme marocain et du musée de la Villa des arts, on peut déplorer, comme le fait Jamaâ Baida, directeur des Archives du Maroc, dans le livre Le Musée collectif récemment publié par les éditions de L’Atelier de l’Observatoire, que Casablanca ne soit pas dotée d’un musée « qui serait un espace de médiation culturelle et un lieu de valorisation de son patrimoine ».
« Il est important de démocratiser l’art, surenchérit Mohamed Fariji. La vision qui est la nôtre repose sur l’idée de rapprocher les artistes, les chercheurs et les citoyens. » Pour ce faire, l’artiste organise des actions
de collecte participative impliquant les citoyens de différents quartiers. Ces collectes donnent ensuite lieu à des expositions temporaires qui
prennent la forme de vitrines itinérantes présentées dans des espaces publics ou privés. Une expérience qui franchit les frontières, puisque L’Atelier de l’Observatoire a travaillé de concert avec les villes de Nouakchott, d’Alger, de Sharjah ou de Marseille pour mettre en pratique ce principe de vitrines mobiles.

Mohamed Fariji, Vélodrome, 2016, photographie sur bois, sérigraphie. Courtesy L’Atelier 21, Casablanca


En 2016, dans la capitale algérienne, Mohamed Fariji a exposé, à la résidence a.r.i.a fondée par l’artiste Zineb Sedira, une « Vitrine d’une possible Madrassa algéroise », relative aux objets ayant appartenu à l’école primaire Mohammadia (quartier de Lavigerie), celle-ci ayant été détruite au profit du chantier de la Grande Mosquée.

Une plateforme d'expérimentation
À ces actions citoyennes s’ajoute un programme de recherche et de création qui donne lieu à des appels à projets impliquant chercheurs et artistes. Depuis dix ans, une cinquantaine de projets ont ainsi vu le jour, dont le dernier en date, « Mémoire des cactus et mystère des cochenilles », a été exposé à l’été 2021 au musée de la Fondation Abderrahman Slaoui. Mohamed Fariji y montrait ses Codex de Laassilat, du nom du quartier où se trouve la plateforme d’expérimentation et de création La Serre (une construction mobile faite d’arceaux
et recouverte d’une toile verte). Ces codex réalisés à partir de fibre de
cactus broyée au moyen d’une pile hollandaise conçue par l’artiste perpétuent la mémoire d’une plante menacée de disparaître.


« Le projet de Musée collectif est aussi une œuvre globale, qui nous conduit à réfléchir à la notion même d’œuvre d’art et à la possibilité de créer un musée hors les murs. »


Une seconde exposition présentée dans les containers du parc de la Ligue arabe a permis de passer en revue les différents projets réalisés depuis 2018, dont celui du photographe Abderrahmane Doukkane et de l’artiste chercheur Matthieu Duperrex : « Un oued qui traversait ma ville » évoquait l’oued Bouskoura, qui a disparu en raison des opérations d’urbanisme menées pendant la période coloniale.
Quel avenir aujourd’hui pour le Musée collectif, qui n’a toujours pas trouvé de lieu pérenne où s’installer ?
« Nous sommes encore en négociation avec la Ville pour installer un centre d’art et de recherche à Casablanca », plaide Mohamed Fariji, qui a envisagé un temps d’occuper les locaux de l’ancienne bibliothèque municipale. « La négociation est un art, ironise-t-il, et l’art est toujours aussi un moyen de négocier. » Le dur apprentissage du chemin menant à
la démocratisation de l’art.

-

Association L’Atelier de l’Observatoire, boulevard Biranzarane, 20330 Casablanca.

Mohamed FarijiL’Atelier de l’ObservatoireMarocCasablancaPatrimoine
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