« Pendant sa fermeture, le Palais de Tokyo bénéficiera, paradoxalement, d’une extrême visibilité », a résumé Guillaume Désanges lors de la présentation in situ de la programmation de la nouvelle saison du centre d’art, ce 3 septembre. Le président de l’institution a confirmé à cette occasion que le chantier programmé avant son arrivée en février 2022, figurant sur sa lettre de mission, sera lancé en novembre 2027, pour une durée de dix-huit mois.
Construit pour l’Exposition internationale des arts et des techniques dans la vie moderne de 1937, le bâtiment de style Art déco a, par le passé, hébergé le Centre national de la photographie (CNP) ou l’école du cinéma la FÉMIS.
Inauguré il y a tout juste 90 ans, l’édifice rouvert en janvier 2002 lors de sa conversion en centre d’art par les architectes Lacaton et Vassal, qui ont aussi réaménagé une décennie plus tard les espaces agrandis, nécessite des mises aux normes, notamment en matière d’isolation. Le Palais de Tokyo, très exposé à la canicule en raison de ses verrières et baies vitrées, a dû fermer vingt-trois jours cet été pour préserver ses visiteurs. La rénovation du bâtiment, touché par des fuites et confronté à des risques de chute d’éléments architecturaux, concerne également les couvertures en zinc d’origine sur la toiture ou l’électricité. Le montant des travaux s’élève à 44 millions d’euros, pris en charge par l’État. Pendant la fermeture, l’établissement prendra ses quartiers dans la mairie annexe du 14e arrondissement.
Cette installation provisoire, coïncidant avec le départ du site du collectif d’artistes La Générale, dont le bail prend fin en décembre prochain, suscite la polémique. L’espace autogéré, créé en 2005 à Belleville, est installé depuis 2019 dans l’ancien conservatoire du 14e. Une pétition de soutien en ligne appelle à la mobilisation. « La Générale n’a reçu aucune garantie de la part de la Direction des Affaires culturelles et de la mairie du 14e d’être relogée, précise l’association. Existant depuis plus de 20 ans, elle devrait donc interrompre toutes ses activités et ainsi, mettre en péril la situation de ses salariées et des artistes résident·es. » « Nous ne partirons pas tant que nous n’aurons pas obtenu la garantie d’un nouveau lieu ! », poursuit le collectif, qui revendique de « pouvoir poursuivre, avec ses partenaires locaux, culturels, sociaux et éducatifs, sa mission vitale de lieu ouvert et exigeant, et remplir, auprès des artistes et des expérimentateur·ses, son rôle de laboratoire artistique, politique et social ». La Direction des Affaires culturelles assure étudier plusieurs pistes ; le Palais de Tokyo s’est dit « ouvert au dialogue ».
Cette délocalisation annoncée du centre d’art s’accompagnera d’une riche programmation hors les murs, sur le modèle du programme Constellation du Centre Pompidou. Le musée, lui aussi actuellement en travaux, est le partenaire, avec le Centre national des arts plastiques (CNAP), du Palais de Tokyo dans l’organisation de la Quinquennale, dévoilée lors de la semaine de pré-ouverture de la Biennale de Venise.
Ce « projet laboratoire hors les murs pour montrer la scène française », selon Guillaume Désanges, rayonnera dans une vingtaine de lieux du Grand Paris et en région, de novembre 2027 à février 2028, et réunira une centaine d’artistes. Placé sous l’égide des commissaires du Palais de Tokyo, qui en assureront la direction artistique, l’événement mettra en lumière la création hexagonale. « Ce sera un moment de célébration et d’affirmation de la force et de la puissance d’évocation de nos artistes », s’est félicité Christopher Miles, directeur général de la création artistique au ministère de la Culture, lors de l’inauguration du Pavillon français à la Biennale de Venise, le 7 mai dernier.
« Nous sommes dans un moment qui attire beaucoup d’attention à l’international, mais de nombreux aspects ne sont pas encore assez connus », constate Guillaume Désanges, pour qui « dans une période mouvementée et inquiète où les concepts deviennent des slogans ou des armes, où les termes sont remaniés, contestés, précisés, manipulés ou proscrits, se réapproprier l’universalisme de notre position de l’art, c’est-à-dire de formes données à des idées et de subjectivités qui s’opposent aux récits dominants, paraît à la fois passionnant et contradictoire, nécessaire et audacieux. »




