Frieze Seoul et la Seoul Art Week ont ouvert le 2 septembre leur 5e édition, dans un climat marqué par la volatilité des marchés boursiers et le prochain changement de site pour Frieze.
Les premières ventes indiquent que les galeries de Frieze (jusqu’au 5 septembre 2026) et de la Korea International Art Fair (Kiaf, jusqu’au 6 septembre 2026), qui existe depuis plus longtemps, jouent davantage la prudence sur les prix, tout en accordant une place accrue aux jeunes artistes et aux œuvres plus abordables. Si quelques enseignes annoncent toujours des transactions importantes, le marché semble désormais avoir atteint une certaine maturité, au prix d’une moindre effervescence. « La situation s’améliore. Je pense que si vous interrogez la plupart des galeries, elles vous diront que le marché est resté stable », observe Patrick Lee, directeur de Frieze Seoul. Le retour à Séoul de galeries internationales constitue selon lui « un signe positif », de même que « la qualité, sur le long terme, des expositions que l’on peut voir et le public présent cette année aussi… En ce qui concerne le marché, je pense qu’il existe encore un potentiel considérable ici ».
Selon Patrick Lee, la récente forte volatilité de la Bourse coréenne pourrait avoir des répercussions sur le marché du luxe, mais « les collectionneurs avec lesquels nous travaillons ne sont pas aussi sensibles aux fluctuations boursières à court terme. Les jeunes qui achètent dans les ventes aux enchères pourraient être davantage affectés ». Pour les galeries, les récentes fluctuations des devises ont eu des conséquences plus directes. « Elles sont bien réelles, surtout pour ceux qui paient en dollars. À l’inverse, venir ici coûte désormais moins cher à beaucoup de gens », ajoute-t-il.
Ce climat de prudence contraste avec la forte activité enregistrée dans le haut de gamme du marché sud-coréen des enchères au premier semestre 2026. Selon un rapport du Korea Art Authentication and Appraisal Institute, le montant des ventes aux enchères dans le pays a presque doublé en un an, notamment sous l’effet d’un petit nombre de transactions exceptionnellement élevées. Dans les foires, les acheteurs se sont montrés plus sélectifs pour les œuvres les plus chères, sans pour autant faire disparaître les transactions au sommet du marché. Parmi les ventes les plus remarquées figure une peinture de 1971 de Yoo Youngkuk, présentée par la Kukje Gallery, l’une des principales enseignes sud-coréennes, cédée entre 2,2 milliards et 2,5 milliards de wons (environ 1,38 million à 1,55 million d’euros). Il s’agit à ce jour de la transaction la plus élevée annoncée à Frieze Seoul 2026, mais aussi du prix le plus important atteint par une œuvre d’un artiste coréen à la foire depuis sa création en 2022. Une œuvre de plus petit format du même artiste a été vendue à Kiaf entre 600 millions et 720 millions de wons (environ 375 000 à 450 000 euros). Au deuxième jour des deux foires, Kukje avait vendu plus de 30 œuvres sur ses stands de Frieze Seoul et de Kiaf.
Thaddaeus Ropac a cédé deux pièces d’Adrian Ghenie : l’huile sur toile Figure with Funerary Stele pour 1,1 million d’euros et Study for "The Roman Road" 2, un fusain sur papier, pour 110 000 euros. La galerie a également cédé HOLD(2024), une sculpture en fonte d’Antony Gormley, pour 750 000 livres sterling (environ 871 000 euros).
La Gallery Hyundai a vendu plusieurs œuvres de Kim Tschang-yeul et de Seung-taek Lee, réunis dans une double présentation à Frieze. Celles du premier étaient proposées entre 180 000 et 1,1 million de dollars (environ 155 000 à 947 000 euros), celles du second entre 170 000 et 700 000 dollars (environ 146 000 à 603 000 euros).

Stand de Gagosian à Frieze Seoul 2026. Photo DR
La présentation monographique de Damien Hirst par Gagosian a également retenu l’attention, après l’exposition consacrée à l’artiste au MMCA Seoul plus tôt cette année. Plusieurs œuvres importantes ont trouvé acquéreur, dont l’une auprès d’un grand musée asiatique.
Les marchands locaux se montrent cependant plus prudents. « Dans l’ensemble, les ventes semblent assez difficiles », constate Juyeon Lee, représentante de Hakgojae, galerie de Séoul fondée il y a 38 ans et présente à Kiaf depuis sa première édition. Le jour de l’ouverture, plusieurs petites œuvres de Chung Sooyoung et Kim Jaeyong ont été vendues sur son stand, principalement pour des prix compris entre 700 000 et 1 million de wons (environ 440 à 630 euros). Juyeon Lee relève néanmoins une évolution positive : « Nous voyons une jeune génération de collectionneurs devenir plus active. Naturellement, ces jeunes collectionneurs disposent généralement de budgets plus limités, ce qui influe sur les types d’œuvres qui suscitent leur intérêt et sur les gammes de prix concernées. »
Kuho Jung, nouveau directeur artistique de Kiaf Seoul, souligne que les évolutions divergentes des premiers et seconds marchés s’expliquent en partie par les incertitudes économiques. Celles-ci ont incité de nombreux collectionneurs locaux à réorganiser leurs collections, en cédant certaines œuvres de grande valeur qu’ils détenaient depuis longtemps afin de dégager des liquidités, tout en réorientant une partie de leurs achats vers des artistes émergents.
« La culture coréenne est très dynamique et en perpétuelle évolution », ajoute-t-il. Pourtant, le marché de l’art n’a longtemps pas reflété cette vitalité, les dépenses se concentrant sur un petit nombre d’artistes établis. Kuho Jung espère qu’en faisant davantage de place à une nouvelle génération, le marché de l’art de Séoul gagnera en vitalité et en diversité, tout en donnant à la foire « davantage de caractère et de personnalité ».
Plusieurs galeries font le même constat. Parmi elles, la berlinoise Kornfeld, qui a vendu une œuvre de l’artiste coréen Wonhae Hwang à l’OCI Museum of Art de Séoul, ainsi que trois œuvres d’un artiste japonais lors de la preview, pour des prix compris entre 8 700 et 35 000 dollars (environ 7 500 à 30 100 euros), dont l’une à un collectionneur allemand. Les œuvres présentées sur son stand à Kiaf sont proposées entre environ 1 000 et 40 000 dollars (environ 860 à 34 400 euros). « Nous continuons de voir émerger une jeune génération de collectionneurs, au fait de la scène internationale, curieux et désireux de découvrir de nouveaux artistes. Dans le contexte actuel, nous constatons également une demande accrue pour des œuvres de plus petit format et plus accessibles », explique le galeriste Alfred Kornfeld, qui considère cette tendance comme « une évolution saine ».
Yang Jian, directeur du Hive Center for Contemporary Art, observe de son côté que « le marché est devenu plus prudent ». La galerie chinoise, qui présente les œuvres de 23 artistes, parmi lesquels Song Kun, Wang Xinyan et Zhu Xiaohe, a vendu près de 20 pièces en prévente avant le Salon et lors des deux premiers jours de la foire, à des prix allant d’environ 100 000 à 1 million de yuans (environ 12 800 à 128 100 euros). « L’essentiel de nos ventes ici continue de se faire lors de la prévente, en particulier auprès de collectionneurs de Chine continentale, de Hongkong et de Taïwan, explique Yang Jian. Nous avons quelques clients locaux en Corée, mais leur nombre n’a guère évolué cette année. »
Frieze connaît elle aussi un rajeunissement. Dans le même temps, plusieurs galeries occidentales affirment miser davantage sur le développement de relations avec les collectionneurs en Corée et, plus largement, en Asie. C’est notamment le cas de la galerie belge Axel Vervoordt. « Le grand changement cette année, c’est que nous voyons moins d’œuvres historiques et davantage de pièces contemporaines », observe Boris Vervoordt, fondateur de la galerie et membre du comité de Frieze Seoul, qui considère cette évolution comme positive pour la foire. La David Kordansky Gallery, basée à Los Angeles, indique quant à elle avoir vendu à des collectionneurs privés coréens la plupart des œuvres apportées à Frieze. Elle présente la première exposition personnelle en Asie de l’artiste américain Chase Hall. Dans un contexte de plus grande prudence dans les flux de capitaux, certaines galeries locales privilégient désormais les démarches curatoriales plutôt que la recherche de résultats commerciaux immédiats.
« Les Biennales de Busan et de Gwangju ayant lieu cette année, de nombreux représentants de musées et commissaires d’exposition internationaux se rendent en Corée, explique Sojung Kang, directrice exécutive de l’Arario Gallery. Pour nous, l’un des enjeux importants consiste à profiter de la foire pour leur présenter une vision plus diverse de l’Asie. » La galerie, basée à Séoul et également implantée à Shanghai et Cheonan, participe aux deux foires. À Frieze, elle présente des artistes de toute la région, parmi lesquels Nawa Kohei, Aokizy et Leslie de Chavez. À la fin de la journée de preview, plus d’un tiers des œuvres avaient été vendues, pour des prix allant d’environ 20 000 à plus de 50 000 dollars (environ 17 200 à plus de 43 000 euros).

Stand de Linseed Projects à Frieze Seoul 2026. Photo DR
« Les visiteurs coréens restent très intéressés par l’art », mais leur attention semble « un peu dispersée, si bien qu’ils prennent davantage de temps avant de se décider à acheter », constate Zhuang Lingzhi, fondatrice de Linseed Projects, galerie basée à Shanghai. Celle-ci consacre son stand à Frieze à une exposition personnelle de Shumu. « Nous avons également vu quelques collectionneurs chinois établis à l’étranger, mais ceux venus de Pékin et de Shanghai semblent moins nombreux que l’an dernier », poursuit-elle. Selon Zhuang Lingzhi, la fréquentation des visiteurs internationaux est globalement plus faible que l’année dernière.




