Si les Frac et centres d’art français montrent l’exemple depuis plusieurs années en matière de parité femmes-hommes dans leurs acquisitions et expositions, les musées nationaux, malgré de lents progrès, restent quant à eux à la traîne. Quelques monographies de qualité se distinguent, mais peinent à compenser la relative pénurie d’œuvres d’artistes femmes dans la plupart des grands récits historiques pro-posés par les institutions françaises majeures.
Pour ne citer qu’un exemple, la rétrospective consacrée à Hilma af Klint, inédite en France, permet un rééquilibrage indispensable du récit de l’histoire de l’abstraction picturale, quand, quelques mois plus tôt, au même endroit, « Dessins sans limite » offrait une liste massivement masculine : sur près de 400 œuvres, seule une vingtaine était du fait d’artistes femmes, tout juste au nombre de 15 sur les 120 représentés.
DES NOMS D’OISEAUX
Le sujet n’est pas nouveau, il sonne même comme une rengaine dont nous préférerions pouvoir nous passer. Ironie du sort, c’est avec plaisir que nous devons y revenir à l’occasion de l’exposition « Louise Lawler. Speechless », à la librairie Good Books, et grâce à sa pièce maîtresse Birdcalls*1 (1972-1981). Unique dans le corpus d’une artiste connue pour sa production photographique, l’œuvre sonore singulière de Louise Lawler est diffusée non pas dans la compacte et belle librairie-galerie du 6e arrondissement parisien inaugurée en octobre 2025, mais dans l’espace public du petit square Honoré-Champion situé non loin de là. Avec humour et dérision l’artiste s’attaque à la question de la domination des « boys’ clubs » : 7 minutes durant, elle chante, crie, voire éructe, à la manière d’autant d’oiseaux, les noms de 28 artistes hommes renommés.
Comme sa double datation l’indique, Birdcalls est née pour ainsi dire deux fois : d’abord en 1972, à la suite d’une plaisanterie entre collègues un an plus tôt, alors que Louise Lawler, avec d’autres consœurs, contribue non pas en tant qu’artiste, mais assistante d’artistes – tous des hommes – à l’exposition désormais légendaire « Projects : Pier 18 » organisée par le Museum of Modern Art, à New York. Puis, presque vingt ans plus tard, elle décide d’enregistrer sa performance sonore, dont le déchaînement parodique se place à la croisée de l’art conceptuel versant slapstick et du mouvement punk. Et ce qu’elle tourne en ridicule, c’est non seulement le privilège patriarcal, mais également l’idolâtrie des grands noms et l’autorité toute puissante de l’auteur. Figure de la Picture Generation, Louise Lawler démontre avec cette œuvre critique et drôle qu’art et contestation peuvent aussi se décliner sur le mode dit « mineur », ici féroce, de l’humour.
*1 Birdcalls est audible sur le site Internet ubu.com
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« Louise Lawler. Speechless », 6 mai-27 juin 2026, Good Books, 21, quai Malaquais et square Honoré-Champion, 75006 Paris.



