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Opinion

Le cas Hilma af Klint ou les arcanes de la naissance de l'abstraction

À Paris, le Grand Palais offre une vaste exposition à l’artiste suédoise. Elle permet de découvrir une œuvre peu vue en France qui bouleverse le récit de l’art moderne.

Béatrice Gross
21 mai 2026
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Hilma af Klint, Éros, n°1, 1907, huile sur toile. Courtesy de la Hilma af Klint Foundation. Photo The Moderna Museet, Stockholm

Hilma af Klint, Éros, n°1, 1907, huile sur toile. Courtesy de la Hilma af Klint Foundation. Photo The Moderna Museet, Stockholm

C’est presque devenu un adage. L’histoire de l’art s’écrit et se réécrit constamment, au fil des apparitions, interprétations et parfois réhabilitations de formes dont le sens et la valeur sont tout sauf figés dans le temps.

« La peinture hautement symboliste de Hilma af Klint incarne par excellence l’impureté originelle de l’abstraction moderne. »

Peu d’exemples récents de renouvellement de la compréhension d’un moment majeur de la modernité semblent aussi spectaculaires que celui qui s’est emparé depuis une vingtaine d’années de l’œuvre radicale de l’artiste suédoise Hilma af Klint (1862-1944). À Paris,le Grand Palais, en collaboration avec le Centre Pompidou, lui consacre une rétrospective, inédite en France, qui, espérons-le, contribuera à enrichir un récit de l’abstraction longtemps cantonné à une lecture purement formaliste.

UNE PIONNIÈRE DE L’ART ABSTRAIT

Près de quatre-vingts ans après sa réalisation, l’art révolutionnaire de Hilma af Klint est présenté au grand jour pour la première fois dans l’exposition « The Spiritual in Art. Abstract Painting 1890-1985 », organisée par le Los Angeles County Museum of Art en 1986 puis accueillie en 1987 au Museum of Contemporary Art de Chicago et au Gemeentemuseum, à La Haye. Soulignant le lien fondamental entre abstraction moderne et diverses croyances religieuses, spirituelles, voire ésotériques, le projet rappelle comment Vassily Kandinsky, Kasimir Malevitch et František Kupka, pour ne citer qu’eux, partagent un vif intérêt pour les théories théosophiques de Helena Blavatsky. Chrétienne mystique adepte de spiritisme et anthroposophe convaincue dans le sillage de Rudolf Steiner, Hilma af Klint, quant à elle, se fait prophétesse. En dialogue avec des esprits de l’au-delà, sa peinture est le fruit d’une pratique médiumnique. Mais pas seulement, comme nous l’écrivions déjà dans ces colonnes en 2018 à l’occasion de la magistrale et probablement indépassable monographie de l’artiste au Solomon R. Guggenheim Museum, à New York, temple s’il en est de l’art moderne. Synthèse de multiples réflexions et sources artistiques, vernaculaires et scientifiques, la peinture hautement symboliste de Hilma af Klint incarne par excellence l’impureté originelle de l’abstraction moderne.

Si elle est encore largement méconnue du grand public, l’artiste suédoise est désormais reconnue par l’historiographie comme l’une des grandes pionnières de l’art abstrait. Plus encore, avec des dessins et peintures abstraits exécutés dès 1906 – inaugurant un cycle monumental de plus de 200 toiles –, Peintures du Temple (1906-1915) bouscule la chronologie officielle en devançant de plus de cinq ans la date de naissance de l’abstraction moderne jusque-là fixée à 1912-1913 avec la légendaire épiphanie de Vassily Kandinsky et ses premières Compositions non objectives. Mieux encore, peut-être – la question au fond très insuffisante de « la première fois » désormais traitée –, l’art de Hilma af Klint renvoie à la mission première de l’histoire de l’art, celle de reconnaître l’œuvre dans son entière complexité, aussi déroutante soit-elle.

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« Hilma af Klint », 6 mai-30 août 2026, Grand Palais, 17, avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris.

ExpositionsHilma af KlintGrand PalaisAbstractionArt abstraitChronique
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