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Chronique
Opinion

Architecture souple et héritage précolombien

Deux expositions, l’une de Sheila Hicks, l’autre sur Anni Albers, rappellent l’importance des civilisations mésoaméricaines dans l’histoire des arts textiles.

Béatrice Gross
6 janvier 2026
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Anni Albers, Intersecting, 1962, coton et rayonne, Josef Albers Museum – Museumszentrum Quadrat, Bottrop, Allemagne. © The Josef and Anni Albers Foundation. Photo Philipp Ottendörfer

Anni Albers, Intersecting, 1962, coton et rayonne, Josef Albers Museum – Museumszentrum Quadrat, Bottrop, Allemagne. © The Josef and Anni Albers Foundation. Photo Philipp Ottendörfer

Dans une passionnante exposition que l’on aurait aimé voir déployée dans un espace un peu plus ample du musée du quai Branly – Jacques Chirac, à Paris, l’artiste franco-américaine Sheila Hicks précise l’influence toute particulière qu’eut sur sa création le patrimoine péruvien non seulement tissé mais aussi bâti : « J’ai découvert au Machu Picchu que je pouvais peindre dans l’espace, sortir du mur, jouer avec l’architecture » (le terme « peindre » renvoyant ici au tissage de « peintures de laine »). Sheila Hicks s’inscrit ainsi dans une riche lignée de tisserandes revendiquant cet héritage extraeuropéen ancien, à commencer par l’artiste américaine d’origine allemande Anni Albers (1899-1994), pionnière du fiber art à la période moderne.

DU TISSAGE

Dès le début des années 1920, en effet, Anni Albers s’intéresse aux artefacts mésoaméricains et andins exposés au Königliches Museum für Völkerkunde – actuel Musée ethnologique de Berlin–, et multiplie, à partir des années1930, les voyages au Pérou, au Mexique ou encore en Argentine et au Chili depuis les États-Unis où elle a émigré avec son époux Josef Albers. Dans les années 1960, à l’issue de plus de quarante ans de création textile, Anni Albers dédie son livre On Weaving (1965; Du tissage*1, publié pour la première fois en langue française en 2021) « à [ses] grands maîtres, les tisserands de l’ancien Pérou ».

Dans le dernier chapitre de cet ouvrage de référence intitulé « Le design comme organisation visuelle », Anni Albers analyse la conception d’un revêtement mural destiné à un musée, en écho à son fameux dispositif de cloisons suspendues créé pour l’exposition au Museum of Modern Art (MoMA), à New York, en 1949*2 – notons qu’elle est alors la première artiste textile à bénéficier d’une présentation monographique dans cette institution (la première rétrospective consacrée à l’œuvre d’une artiste, Georgia O’Keeffe, ayant eu lieu tout juste trois ans plus tôt*3). Concevant ses tissages comme des structures potentiellement ajustables à l’échelle et à la fonction d’un espace donné, Anni Albers multiplie au fil de sa production les interventions architecturales. Sept d’entre elles sont placées au cœur, de l’exposition « Anni Albers. Constructing Textiles » au Zentrum Paul Klee, à Berne, qui souligne habilement les liens intimes unissant «tissages picturaux » et « objets utilitaires » de l’artiste-designer.

À la croisée de l’art et du design – mais aussi du dessin, de la peinture, de la sculpture et de l’écriture –, Anni Albers continuera longtemps d’expérimenter et de se renouveler, fidèle à l’esprit de l’école du Bauhaus dont elle intègre l’atelier de tissage en 1922. Quatre décennies plus tard, alors que son livre-manifeste consacré à cette « méthode consistant à former un plan pliable par l’entrelacement de fils à angle droit » est sur le point d’être publié, les modulations de fils et de nœuds cesseront chez elle de se faire en trois dimensions; devenus motifs, ils se poursuivront désormais exclusivement à travers l’art de l’estampe, ouvrant dans la longue et prolifique carrière d’Anni Albers un nouveau pan fertile de création.

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*1 Anni Albers, Du tissage, édité par Ida Soulard, traduit par Armelle Chrétien, Dijon, Les presses du réel, 2021. Sur cette thématique : Ida Soulard, Les Abstractions concrètes d’Anni Albers (1899-1994). Une histoire textile de la modernité, Dijon, Les presses du réel, 2024.

*2 « Anni Albers Textiles », 14 septembre-6 novembre 1949, MoMA, New York, États-Unis.

*3 «Georgia O’Keeffe », 14 mai-25 août 1946, MoMA.

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« Le fil voyageur raconté par Sheila Hicks et Monique Lévi-Strauss », 30 septembre 2025 - 8 mars 2026, musée du quai Branly – Jacques Chirac, 37, quai Branly, 70007 Paris.

« Anni Albers. Constructing Textiles », 7 novembre 2025 - 22février 2026, Zentrum Paul Klee, Monument im Fruchtland 3, 3006 Berne, Suisse.

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