Réagissant aux fermetures, menaces budgétaires ou suppressions de postes, le CIPAC – Fédération des professionnels de l’art contemporain pointe dans un communiqué daté du 9 juin « un démantèlement silencieux du réseau culturel sur le territoire ».
Ces derniers mois, plusieurs structures ont été directement impactées. Le Hangar à bananes, le site nantais du FRAC des Pays de la Loire sur l’île de Nantes, a fermé, victime de coupes budgétaires. Le centre d’art contemporain le Grand Café à Saint-Nazaire va lui aussi tourner la page pour se muer en un lieu dédié à la photographie, médium jugé plus grand public par la municipalité. Le site de Dunkerque de l’École supérieure d’art Dunkerque-Tourcoing est menacé, venant « s’ajouter à une liste déjà préoccupante de situations qui témoignent d’un recul inquiétant des politiques publiques en faveur des arts visuels » : l’absence prolongée de direction au musée d’Art contemporain de la Haute-Vienne – Château de Rochechouart, le licenciement économique de la direction du centre d’art Le Carré à Château-Gontier (Mayenne), l’arrêt des activités de l’Espace multimédia Gantner (Territoire de Belfort)…
« Alors que la France revendique à l’international l’excellence de son modèle culturel et entend exporter son ingénierie culturelle, de nombreuses structures dédiées à l’art contemporain sont aujourd’hui fragilisées, amputées ou tout simplement condamnées par des décisions politiques, le plus souvent locales, prises sans concertation et sans considération pour leurs conséquences, s’inquiète le CIPAC. […] Au-delà de chaque cas particulier, c’est une tendance de fond qui se dessine : celle d’un détricotage progressif du maillage territorial des arts visuels et du travail mené depuis des décennies par les professionnels au service des publics, des artistes et des territoires. Cette évolution est particulièrement préoccupante car elle touche en priorité des territoires où l’accès aux arts visuels demeure essentiel. Fer de lance de la décentralisation, ces structures jouent un rôle irremplaçable dans la diffusion de la création, l’éducation artistique, l’accompagnement des artistes, la recherche, la transmission des savoirs et le développement de la vie culturelle locale, en lien direct avec les droits culturels. »
Le CIPAC dénonce des « choix politiques ignorant les investissements considérables qui ont été consentis pendant des années par l’État, les collectivités territoriales et l’ensemble des partenaires publics et privés ». « Ils effacent non seulement des financements importants, mais aussi un patrimoine immatériel précieux : des réseaux, des compétences, des savoir-faire, des relations avec les publics, une mémoire collective et une production intellectuelle qui constituent une richesse commune, ajoute-t-il. […] Se séparer de cet héritage et le relayer au titre d’archives, c’est compromettre durablement les conditions mêmes de la création, de sa transmission et de son partage. Ces constats et conséquences délétères se ressentent dans tous les secteurs professionnels de la création contemporaine. »
La Fédération des professionnels de l’art contemporain appelle les responsables politiques, les collectivités territoriales et les pouvoirs publics à engager une réflexion sur l’avenir du réseau des arts visuels en France. « Aucune fermeture ne devrait être décidée sans étude d’impact, sans dialogue avec les équipes concernées, sans prise en compte des artistes, des publics et des territoires, plaide-t-elle. Il n’est plus possible de considérer de façon décomplexée la fermeture d’un lieu comme un simple changement administratif. Toute fermeture constitue un recul durable de l’accès à la culture, de la liberté de création, de l’ambition culturelle des territoires. »
Vent debout, le CIPAC prévient qu’il « restera solidaire des actrices et acteurs de la culture et soutiendra toute action en faveur du maintien du maillage culturel présent sur nos territoires. »
À moins d’un an de l’élection présidentielle, alors que la culture s’annonce comme la grande absente des programmes des candidats, les professionnels de l’art contemporain alertent opportunément sur le rôle de la création pour faire société et contribuer au vivre ensemble. Un propos d’autant plus crucial en ces temps de restrictions budgétaires, face à des décisions émanant d’élus de tous bords politiques.




