Le musée départemental d’art contemporain de la Haute-Vienne, ouvert en 1985 au sein du château de Rochechouart, peut s’enorgueillir d’avoir constitué au fil des ans une collection remarquable qui compte aujourd’hui plus de 1 300 pièces, parmi lesquelles des commandes d’œuvres permanentes passées à des artistes internationaux, de Giuseppe Penone à Richard Long.
Après le premier directeur, Guy Tosatto (ancien directeur du musée de Grenoble, 2002-2023) de 1985 à 1991, l’institution a été dirigée par Jean-Marc Prévost [1992-2001], aujourd’hui directeur du Carré d’Art – musée d’art contemporain de Nîmes ; Arielle Pélenc [2002-2006], commissaire d’exposition ; Olivier Michelon [2006-2012], actuel conservateur en chef à la Fondation Louis Vuitton ; Annabelle Ténèze [2012-2016], directrice du Louvre-Lens ; et Sébastien Faucon [2017-2024], maintenant directeur du LaM – Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut.
Le contrat de son dernier directeur en date, Jean-Baptiste Delorme, détaché du musée d’Art moderne de Paris, n’a pas été renouvelé en octobre 2025. Depuis, le musée est sans direction. Il vient de rouvrir ce 1er mars, après la fermeture hivernale habituelle, avec l’exposition « Le musée en mouvement », laquelle puise dans la collection des œuvres emblématiques mais aussi des pièces rarement, voire jamais présentées, dans le prolongement de la célébration des 40 ans du musée l’an dernier. Soit plus d’une trentaine d’artistes, dont Raoul Hausmann, Christian Boltanski, Richard Deacon, Bruce Nauman, Gabriel Orozco, Michelangelo Pistoletto, Gerhard Richter…
« Une feuille de route a été remise à M. Delorme et discutée avec lui lors sa prise de poste, explique Frédérique Bergeron, directrice du pôle Éducation Culture Vie associative du Département de la Haute-Vienne, contactée par The Art Newspaper. Il s’est avéré que les objectifs demandés par la collectivité, notamment en termes de réorganisation interne du musée, n’étaient pas atteints. Sur la partie artistique, il n’y a eu aucun problème. Cela concernait la direction du musée, sur laquelle nous n’avions pas les retours souhaités. Nous avons préféré ne pas poursuivre ensemble, son détachement d’un an n’a pas été renouvelé. »
Un recrutement est en cours, « plus long que ce que nous avions espéré sur ce type de poste spécialisé », poursuit-elle. Une nouvelle direction doit être nommée courant avril. La période d’intérim a été assurée depuis l’Hôtel du département à Limoges pour permettre la continuité des activités, le musée ayant rouvert comme prévu avec l’exposition qui court jusqu’au 13 décembre 2026.
Quant à la suite de la programmation, « il n’était pas question pour nous d’y travailler avant l’arrivée d’une nouvelle direction, qui va la piloter, et reprendre la main sur la partie artistique. Durant la vacance de direction, nous nous sommes attachés à produire cette exposition qui met en avant une sélection d’œuvres acquises par le musée depuis 40 ans. »
L’absence de direction au moment de la réouverture de cette institution culturelle emblématique en région, après un accident de santé de la directrice adjointe, Chantal Texier, en repos, n’en suscite pas moins des interrogations. Sollicité, Jean-Baptiste Delorme n’a pas souhaité répondre à nos questions.
« Notre souhait est de poursuivre l’activité du musée telle qu’on la connaît, assure Frédérique Bergeron. Le Conseil départemental ne remet absolument pas en cause ce musée, qui au contraire représente une plus-value en territoire rural. Il y a une volonté de poursuivre le travail au niveau local et international. Le musée de Rochechouart contribue à la visibilité de la Haute-Vienne. Son fonctionnement s’inscrira dans la continuité du projet scientifique et culturel depuis sa création, sur lequel chaque directeur a pu imposer sa marque de fabrique. »
Quant à son financement, aucune baisse majeure ne serait prévue « malgré un contexte budgétaire très contraint ». En 2025, le musée a perçu 243 000 euros pour son fonctionnement et plus de 100 000 euros au titre de l’investissement, représentant essentiellement des frais d’acquisition et de restauration, indique notre interlocutrice. Le budget sera voté le 2 avril.




