Durant la campagne des municipales 2026 pour son troisième mandat, David Samzun, maire PS de la Ville de Saint-Nazaire, située à l’embouchure de l’estuaire de la Loire, connue pour ses chantiers navals et son pont à haubans – longtemps le plus long de France – avait annoncé vouloir « préparer un nouveau projet artistique pour le Grand Café », souhaitant en faire « un espace de création et d’exposition dont la programmation valorisera la diversité des regards et des expressions photographiques, professionnelles ou amateurs ». Confirmée officiellement le 2 juin, cette réorientation tourne la page de près de 30 ans de présence de l’art contemporain dans cette ville portuaire et industrielle du littoral atlantique, reconstruite après-guerre. Le Grand Café, ouvert en 1864 et fondé par le père d’Aristide Briand, est l’un des rares bâtiments à avoir survécu aux bombardements de 1943.
Inauguré en 1997, labellisé Centre d’art contemporain d’intérêt national depuis 2018, le Grand Café, dirigé par Sophie Legrandjacques, a gagné une réputation méritée pour la qualité de sa programmation, accueillant des expositions monographiques et contribuant à la production d’œuvres nouvelles. Céleste Boursier-Mougenot (2002), Hans Op de Beeck (2009), Bertille Bak (2013) ou Anne Le Troter & Charlotte Khouri (2018) figurent parmi les artistes y ayant bénéficié d’une résidence.
À raison de quatre expositions par an, le Grand Café a permis la production d’œuvres de Stéphane Thidet, Adrien Vescovi, Noémie Goudal, Edith Dekyndt, Aurélie Pétrel, Francisco Tropa, Enrique Ramírez, Raphaël Zarka, Guillaume Leblon, Abraham Cruzvillegas… Ces projets ont par la suite rejoint des collections privées ou publiques d’envergure nationale et internationale.
Le centre d’art s’est notamment intéressé aux scènes d’Amérique centrale et latine, avec un programme hors les murs dans l’espace public ou la présentation d’expositions régulières au LiFE, dans l’ancienne base sous-marine reconvertie en espace culturel. Il a aussi développé la médiation scolaire pour donner accès à la création actuelle aux plus jeunes.
Le projet de réorientation vers la photographie se déploiera autour de plusieurs axes : programmation d’expositions, résidences à destination de photographes professionnels, formation à la pratique et à l’analyse de l’image, soutien aux initiatives associatives et aux parcours éducatifs, et organisation de cycles de conférences et d’ateliers.
La Ville va lancer un appel à manifestation d’intérêt à la fin de l’année. Le lieu sera confié à un nouveau porteur de projet au printemps 2027, date de sa fermeture. Les équipes actuelles du Grand Café resteront en poste jusqu’à cette date. Deux ans de travaux de rénovation sont prévus, pour une ouverture en 2029.
L’ambition de faire du Grand Café un lieu trouvant sa place dans le réseau national des centres d’art dédiés à la photographie n’en dénote pas moins un choix assumé de la municipalité de tourner le dos à l’art contemporain. Ce virage vers un « art qui parle à l’histoire et aux valeurs de notre ville, tout en restant un médium familier, accessible à toutes et tous », selon Michel Ray, adjoint à la Culture et aux Patrimoines, s’inscrit dans une volonté de créer un lieu plus grand public, avec à la clé une fréquentation accrue. Cette décision, « subite et brutale », selon les salariés du centre d’art, intervient alors que la culture dans la région Pays de la Loire a pâti de coupes budgétaires drastiques.
L’artiste Benoît Pieron, qui a exposé au Grand Café en février 2025, témoigne sur son compte Instagram y avoir « rencontré une équipe formidable et un public fidèle au centre d’art ». « Cette fermeture suscite ma tristesse et mon incompréhension. Pourquoi fermer un des lieux les plus pertinents et efficaces de la scène de l’art contemporain ? », interroge-t-il. Plus largement, elle suscite la consternation dans le milieu culturel.




