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Critique

Isabelle et Jean-Conrad Lemaître choisissent le Museo de Arte Abstracto Español, à Cuenca

Le couple révèle, à travers sa découverte de ce musée, le début de sa passion pour l’art de son temps, en particulier la vidéo dont il vient de donner l’intégralité de sa collection au macLYON.

Propos recueillis par Marc Donnadieu
30 avril 2026
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Jean-Conrad et Isabelle Lemaître. © macLYON

Jean-Conrad et Isabelle Lemaître. © macLYON

L'objet de...

Chaque mois, dans le mensuel The Art Newspaper édition française, des personnalités nous présentent un objet qui leur est cher et nous dévoilent leur relation intime et particulière à cette œuvre d'art.

Conversation à une seule voix avec Isabelle et Jean-Conrad Lemaître, couple de collectionneurs incontournables de la scène parisienne de l’art contemporain, au sein duquel la première a le rôle de communicante, et le second, celui d’œil, d’instinct et d’audace. Pour autant, tout démarre en Espagne, où ils ont déménagé en 1982 : « Nous avons commencé, après notre mariage en 1970, par acquérir des gravures et des livres illustrés des années 1930. Mais c’est au Museo de arte abstracto español, à Cuenca, en Espagne, que Jean-Conrad a eu “sa” révélation, précise Isabelle Lemaître. Et de se dire : “Je peux acheter des œuvres comme celles qui sont montrées ici !” »

« Nous n’avons pas décidé d’être collectionneurs de vidéos, nous avons simplement arrêté de nous intéresser à d’autres choses, parce que nous n’avions pas les moyens de tout acheter. »

Vers l’image en mouvement

« Petit, sa grand-mère l’emmenait au musée du Louvre [à Paris] contempler des chefs-d’œuvre inatteignables ; à Cuenca, Jean-Conrad a donc eu ce choc qui a déclenché ses premiers achats, se remémore la collectionneuse. Y étaient exposés des tableaux de José Guerrero et Gerardo Rueda, que nous avons ensuite bien connus et qui sont cofondateurs de ce musée d’art abstrait avec Fernando Zóbel et Gustavo Torner. Nous avons dès lors fréquenté, à Madrid, les galeries Theo, Fernando Vijande, Elvira González et Manolo Montenegro, lesquelles représentaient justement ces artistes exposés à Cuenca. » Sur le mur de leur maison nichée dans une impasse du 16e arrondissement de Paris, parmi de nombreuses œuvres qui vont de Richard Long à Sophie Calle, est toujours bien en place l’un de leurs premiers achats, figuratif celui-ci : une toute petite toile de l’artiste nicaraguayen Armando Morales, découverte sur le stand de la galerie Claude Bernard à la Fiac (Foire internationale d’art contemporain), à Paris, laquelle témoigne encore de leur début dans l’art contemporain. Elle ne représente que deux tubes de peinture posés sur un coin de table, évoquant irrésistiblement L’Asperge (1880) d’Édouard Manet.

« Nous venons tous les deux de familles protestantes très classiques, souligne Isabelle. Ma mère m’a beaucoup ouverte à la culture. J’ai naturellement suivi des études d’histoire de l’art. » Jean-Conrad poursuit : « Ma grand-mère, Solange Lemaître (1889-1979), était une intellectuelle importante, amie de Francis Poulenc, de Félix Fénéon et de la famille Debré. Elle a surtout écrit une demi-douzaine d’ouvrages sur les religions asiatiques. » Aujourd’hui, en droite ligne de son aïeule, Jean-Conrad apprend, après le français, le latin, l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’arabe, le chinois et l’hébreu, une neuvième langue : l’italien. Il est vrai qu’ils ont vécu près de trente-deux ans à l’étranger au fil des postes de Jean-Conrad Lemaître dans différentes banques d’affaires à New York, Londres, Madrid, Bruxelles et Paris.

Dès lors que la photographie a été acceptée dans le champ de l’art contemporain, ils opèrent, au milieu des années 1990, un changement radical, en se tournant vers l’image fixe puis animée, favorisé par la fréquentation assidue des galeries londoniennes et l’avènement de la génération des Young British Artists ; Boytime (1996) de Gillian Wearing est ainsi leur première acquisition vidéo, et la première de l’artiste à être vendue à une collection privée – de même pour Mark Wallinger et Steve McQueen.

« Nous avons toujours été très cinéphiles, “movies freaks”, comme on dit à New York, reprend Isabelle. Lorsque les jeunes artistes, avec les petites caméras vidéo Portapak de Sony, se sont lancés dans l’image en mouvement, nous avons suivi. » « Au début, nous n’avons pas décidé d’être collectionneurs de vidéos, nous avons simplement arrêté de nous intéresser à d’autres choses, parce que nous n’avions pas les moyens de tout acheter », admet-elle. Et d’avouer : « À l’époque, Jean-Conrad a même sollicité un prêt de 10 000 livres sterling à la banque où il travaillait, en précisant que c’était pour acquérir un meuble de style, alors que, en réalité, c’était pour se procurer un film de Tacita Dean ! »

Museo de Arte Abstracto Español, Cuenca, avec des œuvres de Gerardo Rueda, Fernando Zóbel, Luis Feito et Pablo Serrano. Courtesy du Museo de Arte Abstracto Español

« Tout tient dedans un placard »

Mais l’œuvre séminale de cette collection consacrée à l’image animée demeure un étrange film en 16 mm de Patrick Corillon datant de 1992-1993 et intitulé Les Visions d’Oskar Serti. On y voit des flashs colorés sur un paysage urbain coïncidant avec les moments où un homme qui ne distingue plus bien les couleurs ressent une douleur. Son médecin lui conseille alors de mettre dans sa chaussure des clous, lesquels le blessent au talon chaque fois qu’il marche. Les couleurs correspondent ainsi aux stimulations des clous sur le talon ! « Après notre découverte à Cuenca, au début des années 1980, du Museo de arte abstracto español, c’est au début de la décennie suivante, à Bruxelles, grâce à Dirk Snauwaert, que s’est fait notre passage inaugural du film de cinéma au film d’artiste, précise la collectionneuse. Deux “illuminations dans le désert” à dix ans d’intervalle ! »

« Néanmoins, indique-t-elle, habitant à l’étranger, nous étions plutôt anonymes en France, jusqu’en 2006, date à laquelle a été organisée l’exposition [“Une vision du monde. La collection vidéo d’Isabelle et Jean-Conrad Lemaître”] à La maison rouge, par la Fondation Antoine de Galbert, à Paris, placée sous le commissariat de Christine Van Assche. » Elle poursuit : « Ensuite, nous avons été plus actifs : en 2007, nous avons créé le prix StudioCollector pour récompenser une ou un artiste du Fresnoy [Studio national des arts contemporains, à Tourcoing] puis, en 2010, le festival Vidéo Vidéo, en Bourgogne, où nous possédons une maison. Nous soutenons également Loop Barcelona depuis un certain temps. Enfin, Jean-Conrad a longtemps tenu la présidence des Amis du Jeu de Paume… Pour autant, commente-t-elle, nous n’avons jamais suivi le marché. Jean-Conrad a toujours été guidé par son cœur et sa sensibilité, par l’humain, y compris dans ses choix sociaux et géopolitiques, en acquérant par exemple des œuvres de Sigalit Landau, The Atlas Group/Walid Raad ou encore Hayoun Kwon. »

Et Isabelle de conclure : « Une collection vidéo est très intellectuelle. À l’instar d’une collection de gravures, ce par quoi nous avons démarré, tout tient dans un placard. Mais toutes leurs images sont imprimées à jamais dans notre tête. Après 20 souvenirs pour 20 ans de collection, je compte écrire un nouveau livre de souvenirs qui devrait avoir pour titre Le Regard en marche. » Il aurait pu tout autant s’intituler « L’œil en mouvement » tant, au-delà de leur donation récente de 170 œuvres vidéo au musée d’Art contemporain de Lyon (MacLYON), leur cœur, comme leur esprit curieux, reste sans cesse aux aguets ! En d’autres termes : poursuivre autrement cette route de la vie que les artistes n’ont cessé d’éclairer.

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« Regards sensibles. Œuvres vidéo de la collection Lemaître », 6 mars – 12 juillet 2026, musée d’Art contemporain, cité internationale, 81, quai Charles-de-Gaulle, 69006 Lyon.

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