Près de 200 artistes, commissaires d’exposition et professionnels du monde de l’art participant à l’édition de cette année de la Biennale de Venise (9 mai-22 novembre) ont signé une lettre appelant à l’exclusion d’Israël de l’événement. Le collectif Art Not Genocide Alliance (ANGA), à l’origine de cette initiative, indique que la lettre a été remise aujourd’hui, 17 mars 2026, au président et au conseil d’administration de la Biennale.
Les signataires écrivent : « Nous, soussignés, nous unissons en tant qu’artistes, commissaires et travailleurs de l’art dans un refus collectif de vous laisser offrir une tribune à l’État d’Israël alors qu’il commet un génocide. » Ils ajoutent agir « en soutien à nos collègues artistes et travailleurs culturels en Palestine, en solidarité avec la Palestine, et dans l’espoir profond de mettre fin au génocide sioniste et à l’apartheid en cours, et de voir renaître une Palestine libre ».
La lettre affirme que les interventions israéliennes ont dévasté la vie culturelle palestinienne, soutenant que « la violence israélienne vise également l’art et la culture que la Biennale prétend tenir pour sacrés ». Les signataires ajoutent que « la complicité de la Biennale de Venise dans la tentative de destruction de la vie palestinienne doit cesser » et que « nul artiste ni travailleur culturel ne devrait être invité à partager une plateforme avec cet État génocidaire ».
Parmi les signataires figurent des artistes de renommée internationale, tels qu’Alfredo Jaar, Yto Barrada – qui occupe cette année le pavillon français dans les Giardini –, Rosana Paulino, Meriem Bennani et Cauleen Smith, ainsi que des commissaires d’exposition comme Binna Choi et Carles Guerra.
Depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, qui a fait plus de 1 200 morts en Israël et entraîné la prise en otage de plus de 250 personnes, au moins 72 000 Palestiniens auraient été tués à Gaza, selon le ministère palestinien de la Santé. Celui-ci indique que plus de 550 de ces décès sont survenus depuis l’annonce d’un cessez-le-feu en octobre 2025.
La lettre fait suite à un premier appel adressé par ANGA aux organisateurs de la Biennale le 2 octobre 2025, qui demandait déjà l’exclusion d’Israël de l’édition 2026 et serait, selon le collectif, resté sans réponse. L’alliance se présente comme un réseau international d’artistes, de commissaires, d’écrivains et de professionnels de la culture réunis pour réclamer l’exclusion d’Israël de la Biennale de Venise.
Dans sa lettre adressée à la Biennale de Venise en octobre, le groupe avertissait que le refus d’exclure Israël pourrait entraîner un boycott élargi de la manifestation par les artistes et les professionnels de la culture. « Si la Biennale ne répond pas à cette exigence fondamentale, ANGA lancera une campagne visant à obtenir un boycott total de la 61e Biennale de Venise, tant de la part des artistes que du public », y est-il indiqué. La lettre précise également que « si le pavillon israélien n’est pas exclu, l’ANGA tirera parti de ce mouvement pour s’assurer que la Biennale en subisse les plus graves conséquences possibles, tant sur le plan de sa réputation que sur le plan économique ».
Une source proche d’ANGA indique à The Art Newspaper qu’en collaboration avec de grandes organisations syndicales, des actions collectives pourraient également être organisées en Italie à l’approche de l’ouverture de la Biennale.
Un appel similaire lancé par ANGA en 2024 avait recueilli des dizaines de milliers de soutiens. La Biennale n’avait pas exclu Israël lors de cette édition, mais le pavillon israélien n’avait finalement jamais ouvert : son artiste, Ruth Patir, avait annoncé qu’elle le maintiendrait fermé jusqu’à la conclusion d’un accord de cessez-le-feu et une libération des otages.
Cette année, le gouvernement israélien aurait introduit une clause contractuelle obligeant l’artiste choisi à garantir l’ouverture de l’exposition, quelles que soient les protestations.
Israël sera représenté par le sculpteur d’origine roumaine Belu-Simion Fainaru, basé à Haïfa. Dans un entretien accordé à ARTnews en janvier, il a indiqué ne pas partager l’approche d’ANGA ni, plus largement, le recours aux boycotts. Fainaru n’a pas répondu à nos sollicitations.
Un autre sujet de tension concerne l’emplacement du pavillon israélien cette année. Plutôt que d’occuper son site permanent dans les Giardini – actuellement fermé pour rénovation –, Israël exposera à l’Arsenale. « Nous contestons également le fait que la direction de la Biennale ait explicitement proposé "d’accueillir" Israël cette année à l’Arsenale, déclare un porte-parole d’ANGA à The Art Newspaper. Ces espaces temporaires de l’Arsenale sont directement gérés par la Biennale, et rien ne justifie une telle proposition… Il aurait été possible de demander à Israël de louer un espace sur le secteur privé, comme cela se fait habituellement. »
La lettre d’ANGA est dévoilée à un moment où la Biennale de Venise est déjà sous pression après sa décision d’autoriser la Russie à rouvrir son pavillon pour la première fois depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. L’Union européenne a menacé de retirer son financement, tandis que, le 12 mars, le ministre italien de la Culture, Alessandro Giuli, a appelé à la démission de Tamara Gregoretti, représentante du ministère au conseil d’administration de la Biennale, en raison de cette décision.
En 2024, le ministre italien de la Culture de l’époque, Gennaro Sangiuliano, avait rejeté les appels d’ANGA à exclure Israël, qualifiant cette demande d’« inacceptable » et de « honteuse ». Il avait ajouté que la Biennale « restera toujours un espace de liberté, de rencontre et de dialogue, et non un lieu de censure et d’intolérance ».
Un porte-parole d’ANGA affirme que si la Russie était exclue tandis qu’Israël demeurait présente à la Biennale, cela traduirait « une politique de deux poids, deux mesures évidente » à l’égard d’Israël.
Dans une déclaration publiée sur son site, la Biennale de Venise indique que, « en réponse aux communications et aux demandes de participation des pays, la Biennale de Venise rejette toute forme d’exclusion ou de censure de la culture et de l’art ». Le texte poursuit : « La Biennale, à l’image de la ville de Venise, demeure un lieu de dialogue, d’ouverture et de liberté artistique, encourageant les liens entre les peuples et les cultures, avec l’espoir durable de la cessation des conflits et des souffrances. »
Le pavillon sud-africain a également été affecté cette année par la question palestinienne. Le pays a annulé sa participation après que l’artiste Gabrielle Goliath a refusé de modifier son projet, qui faisait référence aux violences faites aux femmes à Gaza.
Au total, 99 nations vont participer à la Biennale de Venise 2026. Les organisateurs ont précédemment indiqué ne pas avoir la compétence pour exclure un pays reconnu par l’Italie. La Palestine, que l’Italie ne reconnaît pas comme un État, n’a jamais disposé d’un pavillon national officiel.




