À l’approche de l'édition 2026 de la Biennale de Venise, l’actualité internationale s’invite sur les bords de la lagune et pourrait y faire des vagues, dans un contexte de tensions géopolitiques générant des positions parfois divergentes entre gouvernements et artistes.
Yto Barrada, invitée à présenter son projet Comme Saturne dans le Pavillon français, compte ainsi parmi les nombreux signataires – artistes, commissaires et personnes participant ou non à la Biennale – d’une lettre adressée par le collectif Art Not Genocide Alliance (ANGA) à son président, Pietrangelo Buttafuoco, ainsi qu’à son conseil d’administration. Dénonçant la situation à Gaza, ses auteurs réclament l’exclusion d’Israël de cette édition.
« Cette signature de la pétition rappelle l’engagement [d’Yto Barrada]. C’est un choix personnel de l’artiste, et cela ne saurait être confondu avec la position du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, a tenu à nuancer, le 25 mars, Sabine Sciortino, directrice de la diplomatie culturelle, éducative, universitaire et scientifique au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. [...] Il s’agit d’une programmation artistique qui s’inscrit, selon nous, dans les principes de liberté de création, et de pluralisme. »
Choisie à l’unanimité par un comité indépendant pour représenter l’Afrique du Sud, Gabrielle Goliath avait quant à elle prévu de proposer une version actualisée de son projet Elegy, commencé en 2015, rendant pour l’occasion hommage à la poétesse palestinienne Hiba Abu Nada, décédée lors d’une frappe aérienne israélienne en octobre 2023.
Le refus du ministre des Sports, des Arts et de la Culture, Gayton McKenzie – ancien gangster, leader xénophobe et populiste du parti l'Alliance patriotique (PA), qui a rejoint en 2024 le gouvernement de coalition dirigé par le président Cyril Ramaphosa à la suite de la perte de la majorité absolue par le Congrès national africain (ANC) – a suscité un tollé. Argument avancé : la présence d’éléments faisant référence à la mort de femmes et d’enfants à Gaza. Le comité de sélection ayant passé la commande à Gabrielle Goliath pour le pavillon a qualifié cette décision d’« abus du pouvoir exécutif et de violation grave des principes consacrés dans la Constitution sud-africaine ». L’artiste et sa commissaire, Ingrid Masondo, ont fait appel de cette annulation devant les tribunaux, mais leur recours a été rejeté.
Le projet sera finalement bel et bien visible, mais à la Chiesa di Sant’Antonin, dans le quartier du Castello à Venise, à proximité de l’exposition principale de la Biennale. « Elegy est une œuvre qui incarne la mémoire, la bienveillance et le lien face au deuil. Il me semble aujourd’hui à la fois urgent et nécessaire de la faire connaître », a déclaré Lina Lazaar, fondatrice et directrice de l'espace d'art londonien Ibraaz qui la soutient, aux côtés de la Fondation Bertha. Le Pavillon sud-africain restera vide pendant toute la durée de la 61e Exposition internationale d’art.
« Cette exposition est un lieu de rassemblement, un espace sacré où résonne une œuvre réparatrice faite d’amour et de nostalgie, a déclaré l’artiste dans un communiqué. Nous tenons une note – un chœur de femmes noires – et, face à la censure, aux menaces et à des pertes incommensurables, nous osons imaginer et rêver un monde différent. »




