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Reportage

La Hamburger Bahnhof fête ses 30 ans

À l’occasion de l’anniversaire de l’institution berlinoise, ses codirecteurs Sam Bardaouil et Till Fellrath décrivent leur vision du musée comme un lieu de production, de dialogue et d’expérimentation. Ils évoquent également le gala international du 14 mars 2026, moment structurant pour l’avenir.

Propos recueillis par Philippe Régnier
17 février 2026
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Sam Bardaouil (à gauche) et Till Fellrath (à droite).

© Taipei Fine Arts Museum

Sam Bardaouil (à gauche) et Till Fellrath (à droite).

© Taipei Fine Arts Museum

Depuis votre arrivée comme codirecteurs de la Hamburger Bahnhof – Nationalgalerie der Gegenwart, à Berlin, en 2022, vous avez développé des programmes associant la collection à de nombreux projets temporaires. Comment les musées peuvent-ils aujourd’hui fonctionner comme des lieux d’expérimentation ?

Till Fellrath : Je pense qu’un changement est à l’œuvre. Les musées d’art contemporain ne se contentent plus d’interpréter l’histoire de l’art, ils participent désormais fortement à sa construction. Avec des artistes comme Klára Hosnedlová ou Saâdane Afif, nous produisons de nouvelles œuvres, lesquelles, autrement, n’auraient sans doute intégré les institutions muséales que beaucoup plus tard. Ces dernières devraient fonctionner davantage comme les théâtres, en produisant activement, en expérimentant et en offrant une plateforme aux voix artistiques. Dans une ville comme Berlin, il est essentiel de faire partie de ce tissu vivant et d’être un acteur engagé, en se demandant constamment où en est l’art contemporain aujourd’hui et où il se dirige.

Sam Bardaouil : Pour être un lieu d’expérimentation, il faut entretenir une relation étroite avec les artistes et leur permettre de remettre en ques- tion les structures institutionnelles. Des artistes comme Delcy Morelos ou Dan Lie introduisent des éléments organiques au sein du musée, ce qui soulève des questions lorsque ces œuvres sont présentées aux côtés de figures telles que Joseph Beuys. Cela nous oblige à repenser les pratiques de conservation, de médiation et d’exposition dans l’ensemble des départements. L’expérimentation n’est pas théorique. Elle implique de transformer les structures et de rester souple, en laissant les artistes influer réellement sur le fonctionnement de l’institution.

La Hamburger Bahnhof fêtera ses 30 ans en mars. Que représente cet anniversaire pour vous ?

T. F. : Avoir 30 ans constitue un véritable moment charnière pour une institution, presque un passage générationnel. C’est un temps de recul et de réflexion, l’occasion de se demander où nous allons désormais. Cette interrogation est d’ailleurs au cœur de la conférence internationale que nous organiserons en novembre 2026, consacrée à l’avenir du musée, aux pratiques de collection et à l’histoire de l’art dans un champ en constante évolution. Pour la Hamburger Bahnhof en particulier, cet anniversaire est profondément lié à ses origines, dans le contexte immédiat de la réunification allemande. L’institution est née de la réunion des galeries nationales de l’Est et de l’Ouest, la Hamburger Bahnhof ayant été pensée comme un lieu tourné vers l’avenir et le contemporain. Trente ans plus tard, cela s’apparente à un point de bascule. C’est le moment d’évaluer ce qui a été accompli, de retrouver un nouvel élan et de se réajuster pour l’avenir, d’autant que Berlin est aujourd’hui radicalement différente de la ville qu’elle était après la réunification.

S. B. : Il est essentiel de reconnaître le rôle que ce musée a joué, non seulement à Berlin, mais aussi dans le discours international sur l’art contemporain et dans le soutien apporté aux artistes. Parmi eux, de futurs grands noms y ont présenté leurs premières expositions d’envergure avant d’accéder à une reconnaissance internationale. Anne Imhof en est un exemple, tout comme Tomás Saraceno, dont les installations initiales ont été montrées dans la grande halle.

Parallèlement, nous devons nous poser des questions primordiales, face à l’état du monde et à la pression politique croissante s’exerçant sur les institutions culturelles. Que signifie être un espace public ? Comment accompagner des conversations difficiles ? Comment un musée peut-il réellement célébrer et protéger la pluralité, et envisager l’art et la culture comme des forces de rassemblement ? Ce sont là des interrogations cruciales si nous voulons repenser, de manière concrète, le modèle du musée pour les trente prochaines années.

Pour marquer ce 30e anniversaire, vous organiserez un dîner de gala international. Quel rôle donnez-vous à cet événement ?

T.F.: Il s’agit d’un gala de levée de fonds. Nous sommes convaincus que les musées devront, à l’avenir, s’appuyer sur des sources de financement diversifiées, car une dépendance exclusive au soutien public peut fragiliser leur indépendance. Comme dans tout modèle durable, il s’agit de partager les risques et de travailler avec différents partenaires et sources de revenus. Ces événements permettent également d’ouvrir l’institution à de nouveaux publics et à de nouveaux acteurs, susceptibles de devenir des soutiens sur le long terme et des ambassadeurs à l’échelle internationale. La Hamburger Bahnhof est unique en tant que plateforme reliant la scène artistique berlinoise et allemande à une communauté internationale. Nous voyons ce gala comme un moyen d’élargir cette communauté et d’accompagner le développement du musée. Le 30e anniversaire constitue un point de départ, et le gala s’inscrit dans une stratégie tournée vers l’avenir.

S. B. : Nous souhaitions créer un moment qui mette en valeur l’institution et permette de reconnaître l’histoire de la Hamburger Bahnhof à travers des projets et des artistes clés, ce que reflète le programme lui-même. Certains artistes étroitement liés au musée font partie du comité de coprésidence du gala, parmi lesquels Elmgreen & Dragset, Monica Bonvicini, Anne Imhof, Wolfgang Tillmans et Mark Bradford. D’autres apparaissent à travers des films, comme Anselm Kiefer, Katharina Grosse, Ayoung Kim, ainsi que Julian Rosefeldt avec Manifesto, présenté en 2016 et filmé à Berlin avec Cate Blanchett, laquelle sera présente et prendra la parole sur l’art, la culture et son lien avec le musée. Il s’agit d’un instantané multigénérationnel d’une histoire plus vaste. Placée sous le thème « A Night in Berlin », la soirée rassemblera différentes facettes de la vie culturelle de la ville, des musiciens du Berliner Philharmoniker et de la Staatsoper Unter den Linden à la DJ Ellen Allien, en passant par la Schaubühne, théâtre dirigé par Thomas Ostermeier, ainsi que des figures du cinéma, de la mode et de l’édition telles que Tricia Tuttle, Ottinger et 032c. L’objectif est de faire de la Hamburger Bahnhof le lieu où ces voix berlinoises se rencontrent, pour célébrer à la fois le musée et la ville.

Qui participera à ce dîner ?

T. F.: La soirée s’adresse en premier lieu aux mécènes de l’institution et se veut un remerciement à celles et ceux qui l’ont soutenue au cours de l’année écoulée. Nombre d’artistes seront présents, ainsi que des membres de la grande famille de la Hamburger Bahnhof, comme Cate Blanchett, et d’autres figures culturelles avec lesquelles nous avons collaboré. La liste des invités est très internationale et réunit des personnes profondément engagées en faveur des arts, de l’échange et du partage.

S. B. : Il s’agit aussi de défendre la liberté d’expression, la liberté de création et d’inspirer les jeunes générations. Parmi les invités figurent bien sûr des membres de notre comité de coprésidence, tels que Wim Wenders, Matt Dillon, Nina Hoss, Edward Berger et Carla Sozzani [créatrice de] 10 Corso Como [concept-store dédié à la mode et à la culture à Milan], aux côtés de nombreux autres participants. Des invités viendront de toute l’Europe, des États-Unis, du Moyen-Orient, d’Inde et de Corée du Sud. C’est véritablement un moment mondial pour rassembler celles et ceux qui croient à la valeur de l’art, et célébrer le 30e anniversaire de la Hamburger Bahnhof, toujours jeune et pleine d’élan.

Comment comptez-vous utiliser les fonds récoltés ?

T.F.: Très concrètement, les fonds seront affectés aux projets de la Hamburger Bahnhof. Cela inclut les acquisitions, les expositions et, dans une large mesure, les programmes éducatifs. Les objectifs sont multiples, mais l’ambition principale est de constituer des bases de financement solides pour les programmes du musée dans les années à venir. En ce sens, l’impact de ce type de levée de fonds se fera ressentir de manière très tangible dans l’ensemble de nos activités.

Au-delà de ce 30e anniversaire, comment voyez-vous la Hamburger Bahnhof évoluer dans les prochaines décennies ?

T. F.: Le musée doit pleinement refléter la société dans laquelle il s’inscrit, dans toute sa diversité, qu’elle soit générationnelle, culturelle, politique ou sociale. Cela suppose de s’ouvrir davantage, d’être à l’écoute et de s’éloigner d’un modèle didactique. Plutôt que d’énoncer ce qu’est l’art, l’institution doit créer les conditions du dialogue et laisser une place réelle à l’interprétation et à la participation. L’art doit être perçu comme étroitement lié à la vie et non comme un discours réservé à quelques-uns. Il peut inspirer les jeunes générations, ouvrir des perspectives nouvelles et permettre à chacun de se reconnaître comme membre d’une communauté élargie. En ce sens, le musée doit être un vecteur d’une société libre et démocratique, un organisme vivant qui contribue à façonner le monde plutôt qu’un lieu figé consacré aux objets.

S. B. : Sur le plan artistique, la Hamburger Bahnhof doit continuer à être le lieu qui s’impose lorsque l’on pense aux pratiques les plus innovantes de l’art contemporain, à des artistes repoussant les limites de leurs médiums, qu’il s’agisse de sculpture, de vidéo, de peinture ou d’intelligence artificielle. Tout aussi essentiel est notre rôle de médiateurs plutôt que d’auteurs. Nous souhaitons proposer des formes et observer la manière dont les publics s’en emparent, sans imposer de lecture unique. Un musée vivant est un musée qui ne se repose jamais, toujours en devenir. Le monde change en permanence, et l’institution muséale doit évoluer avec lui. Qu’elle soit un jour un lieu d’apprentissage, un autre soir, une salle de concert ou de débat, une garderie pour enfants ou un forum pour repenser l’histoire de l’art à venir, elle doit pouvoir accueillir toutes ces fonctions. C’est cette ouverture qui lui permet d’absorber et de refléter pleinement la diversité du monde dans lequel nous vivons.

« 30 Years Hamburger Bahnhof », Hamburger Bahnhof – Nationalgalerie der Gegenwart, Invalidenstraße 50, 10557 Berlin, Allemagne




Musées et institutionsEntretienHamburger Bahnhof - Museum für Gegenwart, BerlinSam BardaouilTill Fellrath
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