En trois éditions, le rendez-vous organisé par Miu Miu à l’occasion de la Semaine de l’art à Paris est devenu l’un des temps forts de l’événement, aussi bien pour les invités VIP que pour le public parisien. Mardi 20 octobre, l’inauguration de l’exposition a attiré une foule compacte, certains spectateurs allant jusqu’à monter sur des chaises pour apercevoir les performances au cœur du projet. Le public s’est mis à sauter et à danser pendant Prophétique, de Nadia Beugré, avant qu’Angel Bat Dawid et son ensemble Sistazz of the Nitty-Gritty n’entraînent dans leur élan ceux qui n’avaient pas encore quitté leur siège.
Contrairement aux précédentes collaborations, qui exploitaient la lumière naturelle et les volumes du Palais d’Iéna pour créer des espaces ouverts et interactifs – d’abord avec «Tales & Tellers» (2024), de Goshka Macuga, puis avec «30 Blizzards» (2025), d’Helen Marten –, « Geste de Consolation » plonge le visiteur dans un cocon de velours violet. Dans cet espace presque utérin, le parcours traverse une salle de projection, une bibliothèque et un auditorium avant de déboucher sur une sorte d’autel, dominé par la sculpture monumentale Sentinel (Mami Wata) de l’artiste américaine Simone Leigh, qui semble veiller sur les lieux telle une prêtresse.

Performance Ensemble sistazz of the Nitty-Gritty. Courtesy of Miu Miu
« Une fois mon engagement pris, je me suis dit que ce serait l’occasion de poursuivre les questionnements qui traversent toute mon œuvre de cinéaste, mais en les explorant autrement, explique Alice Diop lors d’une conversation avec Shumon Basar. Et aussi de réunir en un même lieu les femmes qui m’ont accompagnée, autour de cette notion de geste de consolation. »
L’exposition interroge les représentations des femmes noires et oppose à l’héritage douloureux de leur objectification une démarche fondée sur la solidarité et la réparation. Elle s’ouvre sur un autoportrait de Zanele Muholi, artiste originaire d’Afrique du Sud. Allongée sur un lit aux ornements raffinés, Muholi contemple son reflet dans un miroir. Une image qui donne d’emblée le ton de cette entreprise de réappropriation de sa propre représentation.
« J’ai compris que je ne pouvais pas me contenter d’être une commissaire invitant ces femmes : je devais moi aussi prendre part au projet, poursuit Alice Diop. C’est ainsi que j’en suis venue à réaliser, pour la première fois, une installation vidéo : une œuvre sur deux écrans composée d’images d’archives datant de la première moitié du XXe siècle, issues de prétendues expéditions scientifiques et de fonds privés. Des documents extrêmement violents de l’époque coloniale, dans lesquels les corps des femmes noires sont animalisés, fétichisés, essentialisés… Cette installation est une sorte d’archéologie de mon propre regard : elle interroge la manière dont celui-ci s’est forgé dans cette violence, à travers des représentations qui nous hantent et nous ont façonnés. »
Derrière un rideau, l’installation vidéo d’Alice Diop retrace l’histoire des représentations des femmes noires à l’écran, depuis les images anthropologiques jusqu’à des séquences plus libres, où les corps retrouvent leur présence et leur singularité. On y découvre des femmes, certaines manifestement en détresse, d’autres semblant simplement offertes aux regards, auxquelles succèdent des figures de plus en plus affirmées, maîtresses de leur image. La bande sonore accompagne cette évolution, oscillant elle aussi entre douleur et beauté. La cinéaste souhaitait créer un espace propice à la réparation. Le dispositif qu’elle a imaginé invite autant à la réflexion qu’à la transmission et au dialogue.
« Réparer signifie ici prendre soin de deux groupes de femmes à la fois : celles de l’histoire, qui apparaissent dans les archives et sont convoquées dans les œuvres, et celles qui viennent les regarder. Tout l’espace est construit autour de cette idée », explique-t-elle.
Le parcours se poursuit dans Chambre à soi, une bibliothèque et un espace de lecture qui invitent à la contemplation et à la conversation. On y trouve notamment des ouvrages de Frantz Fanon, Nancy Cunard, Otobong Nkanga, Marielle Macé et Ariella Azoulay.
Au cœur de l’installation, un auditorium accueille tout au long de la journée lectures et performances. Des textes d’autrices et d’auteurs, parmi lesquels Audre Lorde et Penda Diouf, sont interprétés par plusieurs invités, dont Penda Diouf elle-même, Alice Da Luz Gomes, Betty Tchomanga, Latifa Laâbissi, Séphora Pondi et Davide-Christelle Sanvee.
Récompensée par le Lion d’argent – Grand Prix du jury à la Mostra de Venise en 2022 et par le prix du meilleur documentaire à la Berlinale en 2021, Alice Diop est notamment connue pour ses films Saint Omer, Nous et Vers la tendresse. Elle avait déjà collaboré avec Miu Miu en réalisant Fragments for Venus (2025), dans le cadre de la série Women’s Tales.
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« Geste de Consolation », projet conçu par Alice Diop et présenté par Miu Miu dans le cadre du programme public d’Art Basel Paris, du 21 au 25 octobre 2026, Palais d’Iéna, 9 place d’Iéna, 75016 Paris.



