À deux, c’est mieux. Cette année, à Art Basel Paris, un nombre record de douze stands sont partagés entre deux enseignes. Soit un total non négligeable de vingt-quatre galeries qui ont uni leurs forces pour participer à l’événement. Trois stands partagés se trouvent dans la nef (Take Ninagawa/Tina Kim; Franco Noero/Meyer Riegger ; et Jeffrey Deitch/ Michael Rosenfeld) mais la plupart font partie des exposants du secteur principal installés dans les salles à l’étage.
« Certaines rejoignent la foire notamment en s’associant à des exposants existants. Je citerais Kraupa-Tuskany Zeidler, excellente galerie berlinoise qui partage son stand cette année avec la galerie Layr de Vienne. C’est le fruit d’une candidature commune », explique Karim Crippa, le nouveau directeur d’Art Basel Paris. Et de poursuivre : « De façon similaire, la galerie ChertLüdde de Berlin s’associe à Ellen de Bruijne Projects d’Amsterdam pour représenter notamment de nouveaux travaux de Pauline Curnier Jardin », une artiste française qui vient d’avoir une importante exposition au Palais de Tokyo, à Paris. Et de mentionner aussi, chez Jeffrey Deitch et Michael Rosenfeld, « le dialogue intergénérationnel extraordinaire entre Beauford Delaney, peintre américain qui a fui le racisme et l’homophobie ambiante de l’après-guerre pour venir travailler à Paris, et Alteronce Gumby ».
Du côté de la foire, ces stands en commun permettent d’afficher un plus grand nombre d’exposants, alors que la surface, au Grand Palais, reste limitée comparée aux autres itérations d’Art Basel dans le monde. Si les avantages financiers de partager les frais semblent évidents pour des galeries de petite ou de moyenne taille, surtout dans cette période de rééquilibrage du marché, plus tendue pour nombre d’enseignes, bien d’autres raisons motivent ces associations. « Notre participation commune est le fruit d’une très solide amitié entre les responsables des deux galeries qui tous ont siégé au comité de sélection d’Art Basel à Bâle, sans oublier plusieurs artistes que nous co-représentons », explique Zheng Zhang, l’un des directeurs de Meyer Riegger (Berlin, Karlsruhe, Bâle et Séoul), associé ici à Franco Noero (Turin). Sur les cimaises figurent ainsi un citron peint par Miriam Cahn, ou un diptyque arc-en-ciel de la Suissesse Caroline Bachmann, affiché à 85000 francs suisses [91 700 euros].

Stand partagé des galeries Franco Noero et Meyer Riegger. Photo: A.C.
À l’étage, Isabella Ritter avait déjà collaboré avec la galerie Misako & Rosen (Tokyo) quand elle faisait elle-même partie de lambdalambdalambda, dissoute en 2025. La jeune femme a ouvert dans la foulée un bureau à Paris, près de la place de la Bourse. Pourquoi unir ainsi leurs forces ? « Nous croyons dans les mêmes valeurs d’équité, confie Jeffrey Ian Rosen. Ainsi, nous partageons les frais, mais également les profits des ventes. En tant que galeriste, vous pouvez avoir deux attitudes envers vos confrères: être un requin, ou être une personne bien. Nous avons choisi de nous épauler ». Les deux enseignes, qui montrent ici, entre autres, les travaux récents de Hana Miletić et de Reina Sugihara, s’aident aussi mutuellement lors des foires en fonction de leur ancrage géographique, notamment pour la logistique. Pour les galeries « pauvres en moyens », ce schéma collaboratif est également « une façon de réussir à fonctionner », souligne Jeffrey Ian Rosen.
Sur le stand d’à côté, Chapter NY expose avec Soft Opening de Londres. « Nous partageons les stratégies », résume Antonia Marsh, directrice de l’enseigne britannique. Cette dernière présente un solo show d’Ebun Sodipo, une vidéo et des œuvres murales autour du féminisme noir et des genres. D’autres rapprochements semblent en partie liés à une appartenance géographique. Ainsi, les galeries d’origine allemande Lars Friedrich et Petrine (qui a ouvert un espace à Paris en octobre 2025) sont toutes deux passées par le secteur Emergence de la foire, mais séparément, avant de participer cette année au plateau principal, Galeries. Une initiative commune guidée en partie, comme le reconnaît l’équipe sur le stand, par « la situation du marché ». Le tandem montre des pièces de Boz Deseo Garden, Sophie Kovel et Sena Sasaki.
Si elle n’est pas nouvelle, travailler en duo s’avère une option particulièrement intéressante non seulement dans le contexte actuel, mais aussi pour redéfinir le fonctionnement d’un marché de l’art trop souvent individualiste. Pour certains, à force de se serrer les coudes et de mieux se connaître, le rapprochement peut même parfois déboucher sur un mariage. Après avoir participé l’an dernier à la foire via un stand partagé, Madragoa de Lisbonne et Dawid Radziszewski de Varsovie et Vienne se sont unis pour former la galerie Consonni Radziszewski. Pour le pire, et surtout le meilleur ?




