Après la vieille Europe, les États-Unis au dynamisme économique inégalé et Hong Kong, porte d’entrée de la Chine et de l’Asie, Art Basel s’implante au pays de l’or noir. Deux journées de preview sont annoncées les 3 et 4 février 2026, puis la Foire ouvre au public jusqu’au 7 février, au M7, passerelle créative de Doha. Quelques semaines avant l’événement, certains s’inquiétaient de l’impact que pourraient avoir les menaces du président américain Donald Trump contre l’Iran après la très dure répression du gouver- nement contre les manifestants – le Qatar abritant des bases américaines. D’autres déclarent attendre la dernière minute pour confirmer leur voyage.
Quoi qu’il en soit, les responsables de la Foire ont tout fait pour assurer le succès de ce lancement, notamment grâce à un concept inédit pour Art Basel : une série de solo shows, à raison d’un artiste par galerie, sous le commissariat du plasticien Wael Shawky, lequel a représenté l’Égypte à la Biennale de Venise 2024. Le thème très vaste s’intitule « Becoming » (Devenir), en écho à l’histoire de cette région du globe en pleine métamorphose. Pour attirer un maximum d’exposants, alors que ni le marché de l’art ni la situation géopolitique ne se portent au mieux, les organisateurs leur ont accordé des conditions de participation « très favorables, qui n’ont rien à voir avec celle des autres foires d’Art Basel », confie le représentant d’une galerie de premier plan.
Espoirs et incertitudes
Au total, 87 galeries – soit un format de boutique fair loin des méga-foires de Bâle, Paris, Miami Beach ou Hong Kong – proposent les œuvres de 84 artistes (certaines présentations étant conjointes) le plus souvent de renommée internationale. Ainsi, pour ce qui concerne les grandes enseignes : White Cube montre un accrochage dédié à Georg Baselitz ; Gagosian consacre son stand à Christo ; Hauser & Wirth dédie le sien à Philip Guston ; Acquavella Galleries donne à voir des œuvres de Jean-Michel Basquiat ; Gladstone Gallery apporte des pièces d’Alex Katz ; tandis que David Zwirner expose Marlene Dumas. Les artistes originaires du Moyen-Orient ne sont pas en reste : Perrotin montre Ali Banisadr ; Almine Rech, Ali Cherri ; Karma International accroche des œuvres de Simone Fattal ; enfin, Anthony Meier et Waddington Custot partagent un stand consacré à Etel Adnan ; Chantal Crousel a quant à elle choisi Mona Hatoum.
« Nous allons observer comment ça se passe et ce que les visiteurs de la région achètent en art contemporain. C’est plutôt excitant ! » confie avec enthousiasme Mathieu Paris, global sales director (directeur des ventes mondiales) de White Cube. Seules quelques enseignes françaises participent à cette première édition qui servira de test. Certains sont en effet sceptiques, à l’instar du conseiller en art moderne Thomas Seydoux : « Il n’est pas sûr que cette région devienne une place importante. Trois ou quatre familles régnantes ne suffisent pas à faire un marché, d’autant que la situation actuelle est à la récession, ce qui laisse peu de place pour développer d’autres lieux. »
Un territoire dynamique sur le plan culturel
C’est sans compter sur une double inconnue : la capacité d’Art Basel, forte de sa marque établie, d’attirer un public de proximité et surtout prêt à se convertir à l’art contemporain... La région, justement, ne se limite pas au Qatar, aux Émirats arabes unis et à l’Arabie saoudite. « Il ne faut pas oublier entre autres le Barhein, Oman ou le Koweït, où il existe des traditions de collectionnisme », explique Ridha Moumni, président de Christie’s Middle East et Africa. Il mentionne de plus « un flux très important de grandes fortunes d’Asie, d’Europe ou d’Afrique qui s’installent dans la région ». En effet, souligne-t-il : « On assiste à une accélération, ces dernières années, d’un dynamisme exceptionnel, que ce soit à travers l’arrivée de foires comme Art Basel à Doha ou Frieze à Abou Dabi, ou de musées ». Rien que dans la capitale qatarienne ont émergé le Museum of Islamic Art, signé Ieoh Ming Pei (2008), la « Rose des sables », nouveau site du National Museum of Qatar (2019) conçue par Jean Nouvel, sans oublier le Mathaf, musée arabe d’Art moderne, aménagé par Jean-François Bodin (2010), en attendant le futur Art Mill Museum, consacré à l’art moderne et contemporain, dessiné par le studio chilien Elemental, dirigé par Alejandro Aravena, à l’horizon 2030, un projet ralenti... par les fluctuations du cours du pétrole.
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Art Basel Qatar, du 3 au 7 février 2026, M7, Abdulla Bin Thani Street, Doha, Qatar.




