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Art Basel Hong Kong 2026 : in the mood for art

Visitée par un public nombreux et jeune, la foire d’art moderne et contemporain a démarré cette semaine avec de nombreuses transactions, rappelant que ce hub entre l’Asie et l’Occident redevient un grand rendez-vous, même sans la frénésie d’avant le la crise de Covid-19.

Alexandre Crochet
27 mars 2026
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Kongee, Price / Value / Taotie, 2026. Art Basel Hong Kong 2026, galerie gdm. Photo : A.C.

Kongee, Price / Value / Taotie, 2026. Art Basel Hong Kong 2026, galerie gdm. Photo : A.C.

Art Basel Hong Kong, dont l'édition 2026 se tient jusqu'au 29 mars, ne ressemble pas aux autres foires du groupe. Outre les avantages fiscaux duty free accordé à l’art de la place, les infrastructures liées au transport ou au stockage dans les ports francs, c’est l’une des plus importantes par sa taille (240 exposants dont 32 nouveaux répartis sur deux immenses étages). Mais surtout, elle diffère tant par son contenu, avec de nombreuses galeries asiatiques, qui n’exposent pas ailleurs, que par son public. Ce dernier est jeune, branché, looké, impatient de se prendre en photo devant ces œuvres d’art spectaculaires ou imposantes apportées par les galeristes, surtout au niveau principal, celui des grandes enseignes. Plus qu’ailleurs sans doute, l’activité des influenceurs et des réseaux sociaux bat son plein ici, les visites des stars régionales aussi. Une façon d’étendre le territoire de la création contemporaine en direction de générations pour qui l’art est hype, et qui fréquente de plus en plus aussi les musées, du quartier de West Kowloon (le M+, le Hong Kong Museum of Art et son exposition « LIVE » spécialement dédiée aux jeunes artistes régionaux pendant Art Basel Hong Kong) ou plus près de la foire (les centres d’art Oi ! ou Tai Kwun). Hong Kong reste un marché encore relativement jeune, dans tous les sens du terme, comparé à ceux, biberonnés à l’art, de la Vieille Europe et de l’ex « Nouveau Monde ».

Devant Jeune femme en brun de Modigliani, Pace Gallery, Art Basel Hong Kong 2026. Photo : A.C.

In the mood for art ?, serait-on tenté d’écrire pour détourner le titre du film hongkongais à succès de Wong Kar-Wai. Ces visiteurs avides d’images pour Instagram et Tik Tok s’arrêtaient à l’ouverture devant le petit portrait d’une Jeune femme brune de 1917-1918 par Amedeo Modigliani chez Pace, affichée à 11,5 millions d’euros. Ou devant Chat et crabe sur la plage, un Picasso tardif de 1965 pas bouleversant, mais sans doute amusant pour le public asiatique, présenté chez Hauser Wirth. Ou encore devant un grand Joan Mitchell chez David Zwirner, à 15 millions de dollars. L’après-midi de l’ouverture, mercredi 25 mars, les prix des plus grosses pièces étaient encore communiqués…

Mais l’envie d’acheter est-elle là, dans un contexte asiatique plus compliqué ? « Le niveau des collectionneurs est absolument incroyable, venus de Chine, de Taïwan, du Japon… C’est encore supérieur à l’année dernière. On peut vendre en Asie pas seulement les grands noms mais aussi d’autres, comme le prouve le succès de notre exposition de Nicole Eisenman à notre galerie de Hong Kong, cette semaine », confie Marc Payot, président de la galerie Hauser & Wirth. Celle-ci a apporté des œuvres entre 200 000 et 12 millions de dollars. Soit une confiance dans le marché asiatique malgré une certaine contraction.

Signe du potentiel, les enseignes françaises sont assez nombreuses cette année, surtout à Art Basel Hong Kong, moins sur les foires satellites Art Central et la plus discrète Pavilion (Bremond Capela avec des œuvres de Blake Daniels, Corinna Gosmaro ou Kai Yoda), conscientes que Hong Kong reste la plateforme pour rencontrer toute l’Asie. Ainsi, Christophe Gaillard a vendu plusieurs diptyques d’Hélène Delprat à 35 000 euros, dont une partie à de nouveaux clients. Ce « premier solo show de l’artiste à Hong Kong a été très bien reçu, et nous avons rencontré des Indiens, des Européens, des Américains, des Chinois, des Coréens, des Japonais », explique Yilin Chen, responsable de l’Asie à la galerie. Excellent démarrage aussi chez Mennour, qui expose entre autres un Mao bleu d’Andy Warhol, ou un George Condo à 2,9 millions de dollars. L’enseigne parisienne s’est délestée d’œuvres d’Eugène Carrière (artiste également exposé en parallèle chez Sotheby’s à Hong Kong !), acquises par un Américain, « six vendus entre 80 000 et 150 000 euros », précise Kamel Mennour, qui creuse plus encore le sillon du second marché sur le stand et à Paris. Par ailleurs, White Cube a cédé le jour de l’ouverture des œuvres importantes d’Anselm Kiefer, Antony Gormley, Etel Adnan ou encore une de Tracey Emin à 1,2 million de livres sterling, entre autres. Parmi les transactions officiellement annoncées, figurent une œuvre de Martha Jungwirth cédée à une institution chinoise pour 460 000 euros par Thaddaeus Ropac, des pièces de Takashi Murakami autour de 600 000 dollars chez Perrotin, un George Condo à 2,3 millions de dollars chez Hauser & Wirth… On notait toutefois une certaine lenteur à l’achat et un peu moins de visiteurs occidentaux que les grandes années – malgré la venue entre autres de la collectionneuse Maja Hoffmann, de Sam Keller, directeur de la Fondation Beyeler, et de nombreux représentants de musées dont le Centre Pompidou…, peut-être à cause de la situation dans le Golfe ?

Cici Wu, Lanterns from the Unreturned. Empty Gallery, Art Basel Hong Kong 2026. Photo : A.C.

Du côté des galeries et artistes asiatiques, un énorme diptyque en néons rouges de Kongkee (galerie gdm) invite à reconsidérer la quête de l’amour sur les réseaux en ligne, mais qui, au dos, affiche « Price » et « Value », tant un clin d’œil aux valeurs très en vogue à Hong Kong qu’au commerce de l’art… Le collectionneur peut seulement acquérir l’une des deux œuvres : l’autre sera détruite par l’artiste ! Dans un registre plus intimiste et poétique, Empty Gallery, également basée à Hong Kong, expose dans l’allée une série de livres-lanternes de Cici Wu retenant des fleurs et feuilles séchées. L’artiste vient de participer à l’exposition « Echo delay Reverb » au Palais de Tokyo à Paris à l’automne-hiver 2025-2026.

« J’ai trouvé qu’il y avait une bonne énergie le jour du vernissage, un monde fou pour une journée VIP, avec pas mal de transactions. Les galeries coréennes et japonaises sont plus nombreuses cette année », confie le spécialiste de l’art contemporain asiatique Jean-Marc Decrop. Ce dernier n’a guère été emballé par la toute nouvelle section (Zero 10) dédiée aux nouvelles technologies, au fond du 3e étage, mais s’est arrêté sur le stand de la galerie indonésienne Richard Koh Fine Art. Elle a presque fait sold out avec les œuvres de Natee Utarit, Thaïlandais très recherché dont les pièces affichées entre 140 000 et 280 000 dollars américains sont très vite parties.

Art Basel n’est pas près de lever l’ancre pour d’autres rivages en Asie. Le gouvernement de Hong Kong vient juste d’officialiser un nouvel accord passé avec le groupe, visant à entériner sa présence sur l’île et à bénéficier de la forte dynamique internationale que la foire apporte. « Il s’agit d’un mémorandum d’entente destiné à renforcer la collaboration entre le gouvernement de Hong Kong et Art Basel, nous confie Winnie Tse Wing-yee, secrétaire adjointe à la Culture de Hong Kong. L’un de nos objectifs est de nous assurer que Hong Kong restera la seule ville hôte d’Art Basel dans la région. Dans les cinq prochaines années, vous ne verrez donc pas d’autre ville asiatique accueillir une foire similaire ». En échange, Art Basel s’engage à développer encore davantage, sur place, la communauté et les événements artistiques. Cet accord « améliorera le statut de Hong Kong comme un hub premium pour les foires d’art. Notre objectif est d’en faire une place majeure pour Art Basel ainsi que pour le marché de l’art. En réalité, nous sommes déjà à la troisième place au niveau mondial. New York est premier, Londres deuxième. Nous ne pouvons pas avoir l’ambition de devenir les deuxièmes, mais au moins, nous voulons raccourcir notre écart et faire mieux », ajoute Winnie Tse Wing-yee.

Et ce, d’autant que Hong Kong, déjà une place financière et fiscale de premier plan, voit venir ou revenir vers elle des flux importants. Ces toutes dernières années, sous pression de la Chine, le gouvernement de Singapour a accepté de collaborer avec celui de Hong Kong, divulguant les grosses fortunes chinoises qui s’y étaient établies face au Covid et au contrôle accru de Pékin sur Hong Kong. « Ces grosses fortunes ont compris qu’elles n’étaient plus à l’abri à Singapour et ont rapatrié une partie de ces capitaux, d’autant qu’il existe peu de places financières défiscalisées aussi intéressantes dans le monde que Hong Kong », souligne un Européen installé sur place. S’y ajoute un phénomène très récent. « Dans le contexte actuel de guerre et de forte incertitude sur l’avenir, on assiste à un important transfert de capitaux du Moyen-Orient vers Hong Kong. Les banques, ici, sont en panique et doivent recruter en urgence plus de gestionnaires de fortune face à cet afflux ! », poursuit cette même source. Ironiquement, dans Hong Kong, se déroulaient cette semaine des symposiums sur… les family offices. Cette manne venue du Middle-East pourrait-elle se révéler un potentiel supplémentaire pour la foire Art Basel Hong Kong ces prochaines années ?

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