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Christine Sun Kim, du signe au soupir

L’artiste californienne, qui explore les dimensions visuelles, sociales et politiques du son, présente dans « Deaf Material » ses archives sur l’imagerie sourde dans la culture dominante.

Béatrice Gross
21 octobre 2026
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Christine Sun Kim, Community Sigh, 2025, plateaux, enceintes, stabilisateurs de vinyles en céramique, vinyles pressés sur mesure et son. Courtesy de l’artiste et de la galerie François Ghebaly. Photo D.R.

Christine Sun Kim, Community Sigh, 2025, plateaux, enceintes, stabilisateurs de vinyles en céramique, vinyles pressés sur mesure et son. Courtesy de l’artiste et de la galerie François Ghebaly. Photo D.R.

Thomas Hopkins Gallaudet, initiateur de la diffusion de la langue des signes américaine (American Sign Language ou ASL) aux États-Unis, donne son nom au premier établissement d’enseignement supérieur au monde destiné aux personnes sourdes et malentendantes. Lieu d’apprentissage, la Gallaudet University (Washington, D.C.) est également un lieu unique de recherches, dépositaire de la plus grande archive jamais constituée dans le domaine. De ces collections exceptionnelles, mais aussi de choses vues glanées au fil des ans, dans la rue, en bibliothèque ou encore en ligne, Christine Sun Kim tire son premier livre d’artiste, Deaf Material. Avec plus de 600 images réparties en une vingtaine de sections (« celebrity ASL », « deaf/death », « call and wait », « deaf power »…), l’ouvrage de cette artiste sourde de naissance explore avec un humour incisif les multiples représentations d’une culture dont la singularité, voire l’existence même, est souvent ignorée.

Christine Sun Kim déploie sa réflexion critique sur les enjeux de la communication à travers une multiplicité de formes.

FAIRE COHABITER LES MODES D’EXPRESSION

Mieux connue pour ses dessins sur papier noir et blanc revisitant les codes de l’information graphique et de la notation musicale, Christine Sun Kim déploie sa réflexion critique sur les enjeux politiques et sociaux de la communication à travers une multiplicité de formes, dont les arts vivants et des réalisations à l’échelle architecturale. Pour sa première participation au Festival d’Automne*1, l’artiste californienne d’origine coréenne qui réside désormais à Berlin inscrit son langage visuel dans l’espace public parisien – notamment les couloirs du métro entre les stations Auber et Opéra – et poursuit ses explorations sonores sous la forme d’une adaptation pour cinq interprètes de son installation Community Sigh (2025). Célébration d’une collectivité autant que revendication d’un droit à l’ambiguïté, Christine Sun Kim y rassemble les soupirs – d’impatience, de soulagement, de frustration, de colère… – d’une soixantaine d’ami·es et connaissances sourd·es. Une manière sans doute aussi d’évoquer plus largement les questions de l’intelligibilité et de l’accessibilité, la composition sonore de l’artiste témoigne avec émotion et vulnérabilité d’une volonté de faire corps au-delà du sens.

Dans une autre intervention, cette fois au Pavillon du Mudam – musée d’Art moderne Grand-Duc Jean, à Luxembourg, Christine Sun Kim érige, avec FOR EVER (2026), une sorte de monument à la persévérance et la longévité de la communauté Sourde – la majuscule désignant une appartenance culturelle plutôt qu’une simple condition audiologique. Shaped canvas, vitrophanies et paysage sonore (fruit d’une collaboration avec l’artiste de musique électronique Matt Karmil) associent visualisation du signe et matérialisation du son pour mieux faire cohabiter, sans hiérarchie ni domination, différents modes d’expression.

*1 Du 11 septembre 2026 au 10 janvier 2027, Paris et Île-de-France.

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Christine Sun Kim, Deaf Material, New York, Primary Information, 2026, 392 pages, 30 euros.

« Christine Sun Kim. FOR EVER », 24 septembre 2026-10 janvier 2027, Mudam – musée d’Art moderne Grand-Duc Jean, 3, Park Dräi Eechelen, 1499 Luxembourg-Kirchberg.

« Christine Sun Kim. Community Sigh », 22-24 octobre 2026, Bourse de Commerce – Pinault Collection, 2, rue de Viarmes, 75001 Paris.

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