« Nous sommes tous·tes des assisté·es et des assistant·es. Tout le monde, toute puissance ou impuissance », déclare Florian Fouché, engagé depuis une dizaine d’années dans un cycle de création consacré à ce qu’il appelle la « vie assistée ». Au cœur de son enquête faite de recherches, de rencontres et d’expérimentations se situe une réalité personnelle quotidienne, celle de l’aide et du soutien que l’artiste apporte à son père, Philippe Fouché, devenu hémiplégique à la suite d’un accident vasculaire cérébral. Celui-ci vit désormais en fauteuil roulant électrique, au sein d’une institution d’accueil spécialisée.
Mais une autre réalité quotidienne existe, d’ordre professionnel cette fois, résidant dans l’aide et le soutien qu’apporte Philippe Fouché à son fils, car il est devenu l’assistant et interprète majeur des chorégraphies et autres actions filmées de Florian. Non pas un simple renversement d’un rapport asymétrique, mais une profonde réciprocité d’une relation double et centrale dans la vie et dans l’œuvre de l’artiste. En bousculant la notion même d’assistance, ce dernier esquisse par extension une contre-histoire de l’assistance publique, ouvrant la voie à une redéfinition radicale des dynamiques qui lient individu et institution, quelle qu’elle soit.
LE MODULE URBAIN, UN MATÉRIAU-SIGNATURE
Fondé sur une réflexion richement documentée, dont les sources et récits sont présentés dans des « vitrines-assistantes », le travail de Florian Fouché arpente hôpitaux et musées, leur histoire et leur structure, mais aussi très concrètement leurs couloirs et les rues qui y mènent. L’urbanisme et la voirie n’échappent pas à son analyse critique, et l’espace public constitue sans doute le premier terrain de ses mises en scène ou «actions proches» (en écho aux « présences proches » imaginées par l’éducateur Fernand Deligny à la place de la figure d’autorité des soignants traditionnels).
Florian Fouché s’empare du potelet métallique, omniprésent sur nos trottoirs, qui, s’il a été conçu pour prévenir le stationnement sauvage et assurer la sécurité des piétons, empêche trop souvent leur libre circulation et, plus encore, celle des personnes à mobilité réduite. La pièce de mobilier urbain devient chez l’artiste un matériau-signature, à la fois instrument, arme et emblème, incorporé dans bon nombre de ses sculptures et installations.
Le module urbain se retrouve dans la statuaire biomécanique et les images en mouvement présentées actuellement au Musée Transitoire – institution-œuvre de l’artiste suisse Romina Shama –, accueilli en 2026 dans le beffroi de la place du Louvre, dans le 1er arrondissement de Paris. Nouveau chapitre du corpus au long cours Sécurité Sociale Prélude de Florian Fouché, les œuvres rassemblées sous le titre Assassins dressent le portrait d’un système de santé à l’agonie. Entre virulence et humour noir, l’ensemble occupe sans vaciller l’imposant édifice, symbolique s’il en est, situé aux abords d’une ancienne mairie, d’un lieu de culte et d’un musée encyclopédique.
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« Florian Fouché. Sécurité Sociale Prélude. Assassins », 20 mars-2 mai 2026, beffroi, 2, place du Louvre, 75001 Paris.


