Christie’s a ouvert la grande semaine des enchères d’octobre à Londres par un marathon de quatre heures dans ses salles de King Street. Mercredi 14 octobre au soir, la maison a enregistré des résultats solides, supérieurs aux attentes, tant pour sa vente d’art des XXe et XXIe siècles que pour la dispersion très attendue de la collection de Peter Simon, fondateur de l’enseigne britannique de prêt-à-porter Monsoon. Les deux vacations ont rapporté 178 millions de livres sterling (environ 210,6 millions d’euros) au marteau, soit 218,6 millions de livres (environ 258,6 millions d’euros) frais compris.
Organisée dans la foulée de l’ouverture de Frieze London et de Frieze Masters, la soirée a été dominée par les grandes signatures du XXe siècle. Das bunte Leben (1907) de Vassily Kandinsky, dont l’histoire est marquée par les spoliations nazies, a décroché le prix le plus élevé. Restituée en juin 2023 aux héritiers de la collectionneuse juive allemande Hedwig Lewenstein-Weyermann, la peinture a été adjugée 27 millions de livres sterling (environ 31,9 millions d’euros), soit 31,6 millions de livres (environ 37,4 millions d’euros) avec les frais. Elle dépassait ainsi son estimation haute de 25 millions de livres (environ 29,6 millions d’euros), les estimations s’entendant hors frais. Au terme de six minutes d’enchères prudentes, le tableau a été remporté par un acheteur au téléphone représenté par Maria Los, vice-présidente de Christie’s et responsable du conseil à la clientèle pour les Amériques. « Une vente régulière et solide, avec des enchères soutenues tout au long de la soirée, en grande partie grâce à la qualité et à la rareté des œuvres proposées, notamment parmi les lots les plus importants », analyse la conseillère en art Rebecca Wei, présente dans la salle. Elle cite en particulier le Kandinsky et le deuxième lot le plus cher de la soirée, Composition III (1920) de Piet Mondrian, également présenté dans la vente d’art des XXe et XXIe siècles. Inédit sur le marché, ce tableau appartient à un ensemble majeur de huit peintures, dont cinq figurent dans de prestigieuses collections muséales, notamment celles de la Tate à Londres et du Museum of Modern Art à New York. Estimé entre 20 et 30 millions de livres sterling (environ 23,7 et 35,5 millions d’euros), il a été adjugé 21,5 millions de livres (environ 25,4 millions d’euros), soit 25,2 millions de livres (environ 29,8 millions d’euros) frais compris. L’acquéreur enchérissait au téléphone par l’intermédiaire de Katharine Arnold, vice-présidente de Christie’s pour l’art des XXe et XXIe siècles. Le Kandinsky comme le Mondrian bénéficiaient de garanties apportées par des tiers.
La soirée avait débuté devant une salle comble avec la vente « Monsoon », consacrée à la collection réunie par Peter Simon. Présentée comme la vente d’une collection particulière de la plus haute estimation jamais organisée par Christie’s à Londres, elle a totalisé 86,9 millions de livres sterling (environ 102,8 millions d’euros) au marteau, soit 107,5 millions de livres (environ 127,2 millions d’euros) frais compris, conformément aux attentes.
Les 41 lots étaient garantis, dont 11 directement par Christie’s, les autres par des tiers. Tous ont trouvé preneur, à l’exception d’une peinture de Frank Auerbach de 1967, soit un taux de vente de 98 %. Par ailleurs, 43 % des œuvres ont dépassé leur estimation haute.
Le lot phare était Figure in Movement (1978), une peinture de Francis Bacon qui faisait sa première apparition aux enchères. Peter Simon l’avait acquise en 2006 auprès du marchand et collectionneur britannique Ivor Braka. L’œuvre a été adjugée à une acheteuse présente dans la salle, a annoncé le commissaire-priseur Adrien Meyer, pour 14,5 millions de livres sterling (environ 17,2 millions d’euros), soit 17,2 millions de livres (environ 20,3 millions d’euros) frais compris. Il s’agit du troisième prix le plus élevé de la soirée.
Ont suivi Composition A, with Double Line and Yellow (1935) de Mondrian, adjugé 8 millions de livres sterling (environ 9,5 millions d’euros), soit 9,7 millions de livres (environ 11,5 millions d’euros) frais compris, puis Peinture (Les amants – Adam et Ève)(1925) de Joan Miró, également inédit aux enchères, adjugé 7 millions de livres (environ 8,3 millions d’euros), soit 8,6 millions de livres (environ 10,2 millions d’euros) frais compris. Ces deux œuvres ont respectivement obtenu les quatrième et cinquième montants de la soirée.
Parmi les résultats les plus remarquables, Rebecca Wei retient Painterly Architectonic(1918) de l’artiste russe Lioubov Popova. Après huit minutes de bataille entre la salle et les enchérisseurs au téléphone, l’œuvre a été adjugée 6,2 millions de livres sterling (environ 7,3 millions d’euros), soit 7,6 millions de livres (environ 9 millions d’euros) frais compris. Un nouveau record pour l’artiste, plus de trois fois supérieur à l’estimation basse de 1,8 million de livres (environ 2,1 millions d’euros) et près de quatre fois supérieur à son précédent sommet, établi en 2007. « Ce n’est sans doute pas surprenant, tant ses œuvres sont rares », a observé Rebecca Wei.
D’autres records ont été établis pour Portia Zvavahera, à 307 200 livres sterling (environ 363 400 euros) frais compris, Bridget Riley, à 5,2 millions de livres (environ 6,2 millions d’euros), et David Bomberg, à 3,3 millions de livres (environ 3,9 millions d’euros). Une peinture de Barbara Hepworth a également atteint un prix record de 537 600 livres (environ 636 000 euros) frais compris.
Autre résultat à noter : Last House (2013) de Hurvin Anderson. Trois enchérisseurs au téléphone se sont âprement disputé l’œuvre, finalement adjugée 4,6 millions de livres sterling (environ 5,4 millions d’euros), soit 5,7 millions de livres (environ 6,7 millions d’euros) frais compris. Le prix au marteau dépasse ainsi de plus du double son estimation basse de 2 millions de livres (environ 2,4 millions d’euros). Selon Rebecca Wei, les peintures de l’artiste suscitent depuis plusieurs années un intérêt croissant chez les collectionneurs asiatiques.
Après une courte pause, les enchères ont repris avec la vente du soir d’art des XXe et XXIe siècles. Celle-ci a rapporté 90,5 millions de livres sterling (environ 107,1 millions d’euros) au marteau, soit 111,1 millions de livres (environ 131,4 millions d’euros) frais compris, pour une estimation globale révisée comprise entre 86 et 126 millions de livres (environ 101,7 et 149,1 millions d’euros).
Ce montant dépasse légèrement les 106,9 millions de livres sterling (environ 126,5 millions d’euros) obtenus lors de la vacation équivalente d’octobre 2025 et se rapproche des 114,2 millions de livres (environ 135,1 millions d’euros) enregistrés en mars dernier. Sur les 46 lots proposés, après le retrait de cinq œuvres, sept sont restés invendus, soit un taux de vente de 85 %.
La vacation a également permis à l’artiste sud-africain Igshaan Adams d’établir un nouveau record aux enchères avec The Certainty of Being a Rose (ii) (2026), vendu 96 000 livres sterling (environ 113 600 euros) au profit de l’initiative Artists for Climate Action.
« Les résultats cumulés de ce soir, soit 219 millions de livres sterling [environ 259,1 millions d’euros], et les prix atteints par Kandinsky, Mondrian et Bacon confortent encore la position de Londres comme place majeure du marché international pour les chefs-d’œuvre de qualité muséale, a déclaré Keith Gill, vice-président de Christie’s pour l’art des XXe et XXIe siècles. Nous comptons poursuivre sur cette dynamique, avec la même énergie et la même confiance, tout au long de la semaine de Frieze, puis à Paris et à New York. »




