Monet en majesté
« Si la collection Schlumberger est telle qu’elle est aujourd’hui, c’est notamment grâce à la rencontre entre Jeanne Schlumberger et la galeriste Katia Granoff, explique Thomas Bompard. Dans les années 1950, c’était visionnaire d’acheter des Monet tardifs, considérés en France comme les délires d’un artiste devenu presque aveugle. À cette époque, c’était surtout les États-Unis qui comprenaient leur importance, l’aboutissement d’un processus, à l’instar d’Alfred Barr, le directeur du MoMA, qui en a acheté en 1957 à Katia Granoff ». Estimé de 22 à 30 millions d’euros, ce tableau presque carré est en très bon état, il n’a jamais été verni ni restauré. Il devrait « susciter l’intérêt des collectionneurs du monde entier », selon le spécialiste.

Gustave Moreau, Rêve d'Orient, 1881. © Louis Blancard, Blok Design Group & Art Digital. Courtesy Sotheby's
Une pépite signée Gustave Moreau
Jeanne Schlumberger avait une passion pour Gustave Moreau comme en témoignent les trois œuvres de l’artiste dans la vente. Estimé de 600 000 à 800 000 euros, cette peinture immerge le regardeur dans un mystérieux monde nocturne inspiré par le Moyen-Orient, l’Inde et la Perse. « Ici, il dépeint un motif persan, celui d’une Péri, créature qui descendait sur terre la nuit pour se nourrir des rêves des humains », résume Thomas Bompard, qui espère que la vente de ce bijou redonnera de l’élan au marché de l’artiste.

Claude Monet, Saule pleureur ou L'Arbre de feu, 1918-19. © Eléa Lefèvre, Blok Design Group & Art Digital. Courtesy Sotheby's
Un saule de Monet presque abstrait
Avec ce tableau estimé de 8 à 12 millions d’euros, « on est à la lisière de l’abstraction, commente Thomas Bompard. Ce qui intéresse Monet n’est plus du tout l’impression laissée par le motif, mais plutôt la recherche de la couleur pure. Surtout, la couleur n’est pas mélangée. Monet, qui a vu les Van Gogh qu’Ambroise Vollard avait exposés en 1905, qui évidemment a entendu parler des Fauves, de Matisse, de Braque, sait que la couleur pure, non mélangée, qui sort directement du tube et qui est appliquée sur le tableau sans être totalement aplanie, fait partie des nouvelles manières de peindre. ».

Camille Claudel, La Valse, petit modèle, conçu en 1895 et fondu en 1905 par Eugène Blot, épreuve n. 1/4. © Damien Perronnet, Blok Design Group & Art Digital. Courtesy Sotheby's
Une Valse de Camille Claudel
Sensuelle et délicate, La Valse est assurément l’une des créations les plus emblématiques de Camille Claudel. Il s’agit ici « du numéro 1 de la réduction du modèle créé par l’artiste, formé de deux sculptures, une pour chaque personnage, que le fondeur a ensuite agencées. Il s’agit d’une des plus fines sculptures de l’artiste sur le marché, avec une très belle patine ». L’estimation est de 400 000 à 600 000 euros.

Paul Cézanne, La Ferme, 1862-64. © Louis Blancard, Blok Design Group & Art Digital. Courtesy Sotheby's
Cezanne avant Cezanne
Cezanne réalise entre 1862 et 1864 des peintures murales au Jas de Bouffan, la maison de sa famille à Aix-en-Provence. Y figurent des scènes et des paysages inspirés des maîtres du passé. En 1899, ces peintures sont détachées et transférées sur toile en huit parties, dont trois figurent ici dans la vente de Sotheby’s. Telle La ferme, évaluée de 600 000 à 800 000 euros. Toutes trois ont été classées trésors nationaux par la France.
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« Le temps retrouvé : collection Schlumberger », Sotheby’s, 22 octobre 2026, Paris.




