Alors que le Musée Reina Sofía à Madrid consacre une importante exposition à l’un des artistes majeurs de la fin du XXe siècle, Felix Gonzalez-Torres, l’institution offre aussi un moment rare en confrontant (jusqu’au 22 septembre 2026) le dessin monumental African Guernica (1967) de l’artiste sud-africain Dumile Feni et le Guernica de Pablo Picasso, œuvre dont la puissance ne se dément pas. Chema López propose d’ailleurs plusieurs déclinaisons contemporaines de la peinture de Pablo Picasso dans son exposition en duo avec Alain Urrutia chez 1 Mira Madrid, l’une des nombreuses manifestations s’inscrivant dans le cadre d’Apertura Madrid Gallery Weekend. Organisé en fin de semaine dernière, l’événement a proposé un programme particulièrement riche. Parmi les temps forts, figurait l’accrochage de Vivian Suter chez Travesía Cuatro, qui a suspendu nombre de ses toiles abstraites partout dans l’espace dans de stimulants chevauchements colorés. Dans le second lieu de la Villa Magdalena, ouvert à Madrid en 2025, Cy Schnabel a dévoilé un ensemble convaincant de pièces de Tommy Malekoff, à la fois des peintures représentant des chiens, mais aussi des architectures en trois dimensions inspirées de son Amérique natale, dont une accueillant un film. Dans ses salles en étage, Prats Nogueras Blanchard a réuni les trois artistes Agnieszka Kurant, Hito Steyerl et Haegue Yang sous le titre « Feral Agency » autour des formes d’intelligence et d’action qui échappent à l’auteur individuel et à l’intentionnalité humaine. Loin de ces considérations très actuelles, certaines galeries ont offert un programme plus historique, avec par exemple les œuvres surréalistes d’Óscar Domínguez chez Guillermo de Osma, ou, plus près de nous, les grandes compositions de Miguel Ángel Campano (1948-2018) chez Maisterra ou celles d’Alberto Datas (1935-2007) chez NF / Nieves Fernández.
Certains artistes bénéficient aussi d’une résonance au-delà de leur galerie. Ainsi, le Salvadorien Simón Vega intervient sur trois niveaux chez Albarrán Bourdais, avec ses grandes installations combinant sculptures en métal parées de marques telles Visa ou FIFA et plantes tropicales. Il expose aussi dans le jardin du trop méconnu Museo Lázaro Galdiano, dans un parcours titré « Entre la retícula y la vida » réunissant notamment des pièces de Dagoberto Rodríguez, Tamara Arroyo ou Nuno Nunes-Ferreira. L’enseigne, qui accueille aussi dans ses salles les portraits de Carlos Amorales, représente également Fernando Sánchez Castillo, qui dévoile au Palacio de Velázquez du Museo Reina Sofía, tout juste rouvert après rénovation, « La Perla Peregrina », un exceptionnel ensemble de quelque 200 œuvres, des peintures aux sculptures, allant jusqu’à installer temporairement son atelier au cœur du bâtiment. Au Matadero Madrid, Centro de Creación Contemporánea, Carlos Aires présente quant à lui une installation intense, associant plus d’une centaine d’étais à une vingtaine d’écrans où se succèdent des images de danseurs compulsifs issues des réseaux sociaux et des déambulations nocturnes anxiogènes dans un sanatorium en ruine évoquant le souvenir du Blair Witch Project. On retrouve les étais de Carlos Aires chez Sabrina Amrani, qui rythment son nouvel espace nommé Sabrina Amrani Editions. Dans son lieu d’exposition principal, la galeriste a invité Joël Andrianomearisoa à retracer en 66 œuvres trente ans de création, de 1996 à 2026. L’ensemble de son vocabulaire se déploie dans ce lieu spectaculaire aux allures de centre d’art, depuis ses dessins et créations textiles jusqu’à ses sculptures et installations. À l’entrée, le visiteur est accueilli par deux abécédaires distants de trois décennies. Peut-être des prémices au projet que cet artiste nommé au Prix Marcel-Duchamp 2026 dévoilera le 2 octobre au musée d’Art moderne de Paris…




