À l’occasion d’une conférence de presse dans le jardin du musée national Picasso-Paris ce 11 septembre, Cécile Debray, sa présidente, et Paloma Picasso, fille de Pablo Picasso et de Françoise Gilot, et administratrice de la Succession Picasso, ont dévoilé les noms des cinq équipes finalistes retenues par le jury pour concevoir le projet architectural et paysager Picasso 2030, annoncé en septembre 2025 pour le 40e anniversaire du musée.
Les architectes et paysagistes en lice sont : Antoine Dufour Architectes et Wagon Landscaping ; Lina Ghotmeh – Architecture, Pierre-Antoine Gatier et Florence Mercier ; NEM / Niney et Marca Architectes, RCR et Jacqueline Osty ; Francesca Torzo, Dubrigny Architectes et Sarah Price Landscapes ; Stanton Williams, Atelier PNG et Vogt. Le lauréat du concours sera désigné en janvier 2027.
Le programme de Picasso 2030 répond à un triple enjeu : recréer le jardin de l’hôtel Salé jusqu’à la rue, en réunissant le square public Leonor Fini et le jardin du musée ; dessiner une aile contemporaine (d’environ 800 m2) afin d’y accueillir des expositions temporaires ; repenser le rez-de-chaussée et le sous-sol de l’hôtel particulier – les espaces conçus en 2010 par Jean-François Bodin seront réaménagés (accueil, billetterie, café, boutique-librairie…) et l’axe entre cour et jardin revu pour permettre un accès plus fluide.
Estimé à 55 millions d’euros, le projet est entièrement autofinancé grâce à des accords philanthropiques.
Pour la première fois, huit tirages posthumes en bronze de sculptures de Picasso vont être réalisés (par la fonderie d’art de Saint-Gall, en Suisse), autorisés exceptionnellement et en exclusivité par les héritiers Picasso. Femme au jardin (1930), Tête de femme (1931), Buste de femme (1931) et Petite fille sautant à la corde (1950) seront installées dans le futur jardin dans le Marais, à Paris, à côté d’autres grandes pièces conservées aujourd’hui à l’intérieur du musée. Les quatre autres tirages, dont la cession est destinée à financer les travaux, seront exposés dans les Pavillons et jardin Don Quixote du Rijksmuseum, à Amsterdam. La DQ Art Foundation, mécène du musée national néerlandais, s’est portée acquéreuse de ces œuvres, promises en don, pour 40 millions d’euros. Il s’agit de Tête de femme et Petite fille sautant à la corde (tirées en double), ainsi que La chèvre (1952) et La Guenon et son petit (1951).
Enfin, la Fondation du musée national Picasso-Paris, établie en 2023 à l’Académie des beaux-arts, a en charge la campagne de levée de fonds des 15 millions restants auprès de mécènes français et internationaux. Un appel aux dons sera également lancé l’année prochaine auprès du grand public.
« J’ai toujours trouvé que l’on ne parlait pas assez de Picasso sculpteur, confie Paloma Picasso. Mettre la lumière sur son œuvre sculptée est important, ici, dans son musée. Mon père voulait que ses sculptures soient proches des gens. Nous avons la plus belle collection de sculptures de Picasso, pouvoir la partager dans un jardin la rend plus vivante, plus accessible. La famille s’est rendu compte avec ce projet qu’elle pouvait devenir acteur de cette création. Étant la fille de deux artistes, j’ai grandi avec l’idée que la création était l’élément de la vie le plus important. Pouvoir créer quelque chose de nouveau, c’est pour la gloire de Picasso, mais aussi de Paris et de l’être humain, finalement. »
« Mon père a fait des agrandissements de sculptures pour les placer à l’extérieur, ce que nous ne nous permettons pas de faire, poursuit-elle. Il a toujours voulu cette confrontation au jardin et à la ville. Il avait d’ailleurs un projet d’allée de Baigneuses dans l’espace public à Cannes, qui ne s’est pas réalisé. Nous nous sentons complètement épaulés par lui, dans le sens où c’est vraiment quelque chose qu’il aurait voulu. » « Il a animé ses jardins de sculptures. Peupler le jardin de son musée de sculptures s’inscrit dans le respect de cet esprit picassien », acquiesce Cécile Debray.
« La maison entière était un atelier, se souvient sa fille. On finissait de déjeuner, il repoussait la vaisselle et se mettait à travailler. On le voit sur des photos, c’était la vie quotidienne. Son espace gagnait du terrain tous les jours, mais il était tout à fait prêt à le partager avec nous. Quand on arrivait à la maison, on savait qu’elle serait à chaque fois différente. S’il était en train de travailler sur des céramiques, il y en avait partout, sur tous les meubles, par terre… Pareil pour les gravures, il fallait sauter par-dessus. Et lorsqu’il y avait des grandes expositions quelque part dans le monde, on voyait apparaître des tableaux beaucoup plus anciens, d’habitude empilés les uns sur les autres. La maison était vivante, et vivait au gré de ses créations. »
Un espace dédié aux enfants est prévu dans ce premier jardin de sculptures de Picasso au monde, visible depuis la rue, dans une volonté d’ouverture sur la ville. Là aussi, une manière de faire écho à l’univers de l’artiste. « Mon père était certainement l’une des personnes qui avaient le plus grand respect pour les enfants, commente Paloma Picasso. En tant qu’enfant, on percevait que l’on avait une place. Pour lui, un enfant avait ce côté merveilleux, sans jugement. Lorsqu’il parlait de l’innocence des enfants, il faisait référence au fait de vivre les choses en direct. Il cherchait à retrouver ce regard d’enfant. Picasso avait un rapport direct avec les choses et les gens, il n’était jamais pompeux ni professoral, tout le contraire. Il ne nous a jamais dit qu’il fallait faire les choses d’une façon ou d’une autre. Il nous disait :"regardez-moi vivre et apprenez de ça". » Et de conclure : « Ce jardin de sculptures ouvert sur la ville est une manière de désanctuariser le musée. Le musée est à tout le monde, il vous attend et vous accueille. »




