Ce jeudi 3 septembre 2026 marquait une rentrée particulière pour le monde de la photographie. Bravant la chaleur étouffante du grand salon de la rue de Valois, plusieurs centaines de professionnels se sont réunis pour fêter les deux cents ans de la naissance de la photographie.
À peine revenue de Londres, où elle inaugurait le prêt exceptionnel de la Tapisserie de Bayeux au British Museum, la ministre de la Culture Catherine Pégard a annoncé pour l’occasion un autre retour d’envergure : Point de vue du Gras de Nicéphore Niépce, considéré comme la plus ancienne photographie parvenue jusqu’à nous, sera présentée en France pour la première fois, deux siècles après sa création. Conservée au Harry Ransom Center d’Austin (États-Unis), la précieuse plaque d’étain rejoindra le musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône de fin avril à fin juin 2027.
C’est par cette nouvelle, accueillie par les applaudissements, que sont officiellement lancées les festivités. Pour ce Bicentenaire, le comité scientifique présidé par Dominique de Font-Réaulx a choisi de célébrer « l’idée de photographie » : celle qui, entre aspiration scientifique et goût du merveilleux, émerge dans le premier tiers du XIXe siècle en France, en Grande-Bretagne, au Brésil ou aux États-Unis. Une manière d’élargir d’emblée le récit au-delà d’un seul inventeur.
Cette ouverture se retrouve dans une programmation foisonnante. Plus de mille projets se déploieront jusqu’au 30 septembre 2027, dans toutes les régions françaises, outre-mer compris. Il suffira, selon Dominique de Font-Réaulx, de parcourir moins de 30 kilomètres pour croiser un événement consacré à la photographie. Expositions, publications, colloques, podcasts, résidences et projets éducatifs sont déjà réunis sur une carte interactive consultable en ligne. Et avec quarante pays mobilisés, le mouvement dépasse largement nos frontières.
Des primitifs du médium aux usages de l’IA, la photographie est envisagée dans toute l’étendue de ses pratiques : documentaire ou artistique, expérimentale ou conceptuelle, de ses grands noms aux anonymes, du tirage le plus raffiné aux images numériques, du livre pour enfants à la carte postale. Surtout, le Bicentenaire déborde largement le cercle des institutions spécialisées. Musées, bibliothèques, archives, établissements scientifiques ou encore l’Office national des forêts exhument leurs fonds, parfois montrés pour la première fois.
Pour porter la célébration au plus près des territoires, « Grand Angle », conçu par le GrandPalaisRmn et la Médiathèque du patrimoine et de la photographie, met à disposition onze expositions clés en main à partir des collections publiques. Willy Ronis, les studios Nadar, Harcourt et Lévin, les ruralités, la danse ou encore la photographie de guerre pourront être accueillies par les médiathèques, écoles, salles des fêtes ou espaces publics.
Le réseau LUX, qui fédère 33 festivals et foires en France, prendra lui aussi la route avec « 200 LUX », projet en trois volets comprenant une exposition de l’ensemble de ses membres à la Maison des Arts et de la Culture à Créteil, du 17 septembre au 19 décembre 2026, la publication de son dictionnaire de la photographie ainsi que l’itinérance d’un laboratoire argentique mobile.
La création contemporaine trouve sa place avec « Réinventer la photographie », commande nationale confiée au Cnap. Quinze artistes de différentes générations (Marie Bovo, Anne-Lise Broyer, Gaëlle Choisne, Sybil Coovi Handemagnon, Isabelle Giovacchini, Laurent Lafolie, Laurent Millet, Constance Nouvel…), travaillant avec des procédés anciens comme avec les technologies contemporaines, verront leurs œuvres rejoindre les collections du Cnap. Elles seront montrées à Bruxelles, au Centre photographique d’Île-de-France puis à Marseille.
Le ministère entend aussi inscrire l’anniversaire dans la durée. Côté édition, PHOTOgraphies, dirigé par le comité scientifique et publié par GrandPalaisRmn Éditions, rassemble seize auteurs dans une histoire incarnée, aussi sensible qu’érudite du médium. Un fonds exceptionnel créé avec le Centre national du livre soutient parallèlement 32 ouvrages, des publications scientifiques aux livres d’artistes ou encore l’édition jeunesse. Colloques et journées d’étude prolongeront ce chantier du côté de la recherche.
Il faudra par ailleurs répondre à un enjeu des plus urgents : apprendre à regarder. À l’heure des images générées par IA, des deepfakes et des flux visuels absorbés sans recul, le Bicentenaire fait de l’éducation à l’image l’un de ses piliers, en lien notamment avec l’Éducation nationale. « Nous entrons dans un temps différent : celui où il ne suffit plus de voir une image, mais où il faut désormais apprendre à la regarder », insiste Catherine Pégard. Alors qu’elle célèbre ses deux cents ans, la photographie reste plus que jamais un langage dont il faut apprendre à déchiffrer les transformations.




